‹ Manuel de pathologie interne (volume 2)Chapitre 220 sur 292 · ORIFICE AORTIQUE, INSUFFISANCE ET RÉTRÉCISSEMENT · texte numérisé non relu

ORIFICE AORTIQUE, INSUFFISANCE ET RÉTRÉCISSEMENT

Il y a insuffisance aortique lorsque les valvules sigmoïdes qui, normalement, oblitèrent l’orifice afin de s’opposer à la marche rétrograde du sang, n’obturent plus suffisamment cet orifice, et permettent à l’ondée sanguine aortique de refluer dans le ventricule gauche. Il y a rétrécissement aortique lorsque la lumière de l’orifice n’a plus ses dimensions normales.

L’orifice aortique, par sa situation, participe aux lésions de l’artère aorte beaucoup plus qu’aux lésions du cœur : aussi les aortites et leurs causes les plus habituelles, sont-elles, plus souvent que l’endocardite rhumatismale, l’origine des lésions de l’orifice aortique. Suivant le cas, les lésions dominantes sont tantôt celles de l'aortite chronique, tantôt celles de l’endocardite chronique. L’insuffisance et le rétrécissement aortiques sont souvent combinés1; ces lésions sont dues aux adhérences, aux

1. Il y a un procédé fort simple pour constater l'insuffisance aortique sur le cadavre : on verse un filet d’eau dans l'aorte, et, au lieu d’étre arrêtée par la juxtaposition des valvules sigmoïdes, l’eau s’écoule par le ventricule qu’on a eu le soin d'ouvrir préalablement par sa pointe.

MALADIES DE L’ENDOCARDE.

déformations des valvules sigmoïdes, aux bourgeonnements, aux incrustations calcaires des valvules et des parois. L’insuffisance pure est fréquemment associée à l'ectasie de l’aorte, qui dans son mouvement de dilatation entraîne les parois de l’orifice.

Le rétrécissement ne siège pas toujours exactement au niveau de l’orifice : on a décrit (Vulpian, Peter) un rétrécissement sous-aortique provenant du resserrement de la partie qui précède l’ouverture de l’aorte.

Aux lésions de l’orifice aortique, à l’insuffisance principalement, appartient l’énorme hypertrophie du cœur, à laquelle le ventricule gauche prend une si large part (cœur de bœuf). Cette hypertrophie, que Beau nommait providentielle, tient à la suractivité musculaire du cœur; une partie de l’ondée sanguine refluant dans le ventricule gauche, celui-ci subit l’altération de tout muscle dont le travail est exagéré : il s’hypertrophie.

Examen du cœur et du pouls. — A. Insuffisance aortique. — Dans Y insuffisance aortique, la voussure et la matité précordiales sont plus étendues que dans les lésions mitrales ; le cœur a une impulsion parfois considérable, et sa pointe bat dans le sixième ou le septième espace intercostal. Le porils est caractéristique : il est régulier, bondissant (Corrigan) et défaillant (Stokes) : bondissant, parce que l’ondée sanguine est lancée violemment par le ventricule hypertrophié; défaillant, parce qu’aussitôt après la pulsation, le pouls fuit sous le doigt, l’ondée sanguine aortique se propageant de deux côtés à la fois, vers la périphérie et vers le ventricule. Ces caractères du pouls se retrouvent au tracé sphygmographique : la ligne d’ascension (diastole artérielle) y est brusque à cause de l’hypertrophie ventriculaire, et terminée par un crochet qui coïncide avec le retour d’une partie de l’ondée sanguine dans le ventricule. La violence de la systole se communique aux grosses artères, leurs pulsations sont exagérées (battements des carotides) et donnent souvent au toucher la sensation du frémissement cataire. C’est dans

Maladies de î, 'appareil circulatoire

l’insuffisance aortique qu’on observe le mieux les changements de coloration sous-unguéales, isochrones avec la systole cardiaque; ce qu’on a nommé le pouls capillaire1.

L’auscultation du cœur, pratiquée dans le deuxième espace intercostal droit, fait entendre un bruit de souffle diastolique, ou souffle de retour, qui est dû à la propagation d’une partie de l’ondée sanguine vers le ventricule gauche. Ce souffle diastolique se retrouve dans les gros vaisseaux, artères carotide et crurale : ainsi, quand on applique le stéthoscope sur l’artère crurale, on entend deux souffles ( double souffle crural)* au niveau du point comprimé par le stéthoscope : un souffle d’aller qui n’a rien de pathologique, et qui est dû à la vibration de l’ondée sanguine lancée par le cœur, et un souffle de retour beaucoup plus doux, qui est dû à la vibration de l’ondée sanguine qui aurait une tendance à revenir en arrière. Pour que le souffle de retour se produise, il faut que le stéthoscope comprime l’artère dans une juste mesure, assez, mais pas trop : c’est une affaire de tâtonnement. Ce second souffle ne se produit pas toujours, il est parfois remplacé par un ton (Skoda) qui a la même valeur.

La théorie du flux et du reflux dans les artères n’est plus guère admise aujourd’hui ; le reflux reste absolument vrai pour le retour de l’ondée sanguine de l’aorte dans le ventricule gauche, mais le retour en arrière de la colonne sanguine ne se continue pas dans les artères; on admet plutôt que les phénomènes décrits plus haut viennent de l’abaissement de la tension artérielle, qui entraîne une exagération des oscillations de l’artère et une rapidité des ondes. (Potain.)

Le souffle de retour et les caractères du pouls (pouls bondissant et défaillant), qui sont parfois si nets dans l’insuffisance pure, sont naturellement moins accusés si l’insuffisance aortique est accompagnée de rétrécisse-

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