PALPITATIONS
Pour beaucoup d’auteurs, les palpitations sont caractérisées par une modilication dans la fréquence, le rythme et l’intensité des battements du cœur. Cette manière d’envisager la question me parait incomplète. La fréquence du pouls dans la fièvre dépasse ItlO pulsations par minute, sans qu’il y ail palpitations. L’intensité des battements du cœur est fort accrue dans certaines hypertrophies du ventricule gauche (néphrite interstitielle), sans qu’il y ait nécessairement palpitations (Potain). Les intermittences du cœur dans les lésions mitrales n’entraînent pas forcément des palpitations. Donc, les palpitations ne sont pas fatalement liées aux modifications de fréquence, de rythme et d'intensité; elles les accompagnent souvent, mais elles n’en sont pas la conséquence.
Les palpitations, dit M. Peter, sont des spasmes du cœur, j’ajouterai des spasmes incommodes, angoissants ou douloureux. Les fonctions des organes de la vie végétative sont inconscientes; quand elles deviennent conscientes, elles se trahissent par la gêne ou par la douleur. A l’état normal, l’estomac et l'intestin exécutent les mouvements digestifs à notre insu; ces mouvements
NÉVROSES DU CŒUR
changent-ils de nature (spasmes), ils deviennent pénibles et douloureux (gastralgie, entéralgie).
Le cœur suit la même loi. Dans les palpitations, les battements du cœur sont pénibles et douloureux à des degrés divers, depuis la simple gène avec oppression jusqu’à la douleur avec angoisse et tendance à la syncope.
Pathogénie. — Quelle que soit la cause initiale des palpitations, il faut en arriver finalement à un trouble du système nerveux du cœur. Tantôt ce trouble nerveux paraît isolé de toute altération matérielle de l’organe (palpitations idiopathiques), tantôt l’altération matérielle est flagrante (palpitations symptomatiques). Entre ces deux extrêmes se placent bien des cas intermédiaires dont la classification est impossible
Palpitations nerveuses. — On a voulu expliquer la pathogénie de ces palpitations en invoquant la physiologie de l’innervation du cœur, et l’on a dit : Le nerf pneumogastrique et le nerf grand sympathique sont antagonistes : la suppression du pneumogastrique ou l’excitation du sympathique produisent à peu près les mêmes effets, l’accélération des battements du cœur ; donc toutes les causes qui diminuent l’action du premier ou qui exagèrent l’action du second peuvent déterminer des palpitations. Ceci me paraît inexact, car l’accélération des battements cardiaques ne suffit pas pour produire des palpitations, et ensuite on ne voit pas comment les causes qui diminueraient l’action de l’un des nerfs antagonistes n’affaibliraient pas en même temps l’action de l’autre. L’irritabilité anormale du système nerveux, le nervosisme (Bouchut), la névropathie cérébro-cardiaque (Krishaber), le goitre exophthalmique, les excès de tous genres, l’abus des boissons, du café, du thé, du tabac, sont les causes les plus habituelles des palpitations nerveuses. Dans cette ciasse rentrent encore les palpitations dites de croissance et les palpitations d’origine réflexe
Palpitations avec lésions matérielles. — Ici se placent
MALADIES DE L’APPAREIL CIRCULATOIRE
les palpitations qui accompagnent les maladies du cœur, péricardite et endocardite, myocardite, hypertrophie et dilatations, lésions valvulaires. Les phlegmasies aiguës qui, au premier abord, sembleraient devoir irriter les ramifications nerveuses, sont rarement accompagnées de palpitations, tandis que les lésions valvulaires (insuffisance aortique, maladie mitrale) les provoquent volontiers ; reste à savoir par quel mécanisme. Tous les rétrécissements, dit Peter1, sont accompagnés de spasmes : les conduits pathologiquement rétrécis, l’urèthre, l’œsophage, et les conduits normalement rétrécis, la glotte, les canaux biliaires, sont sujets à des contractions spasmodiques, et les rétrécissements du cœur provoquent, eux aussi, des spasmes qu’on nomme palpitations. Tout cela est bien, mais comment expliquer les palpitations si fréquentes (Sée)2 de l’insuffisance aortique, qui est tout le contraire du rétrécissement?
Palpitations de cause mixte. — M. Marey a démontré que l’abaissement de pression dans le système vasculaire accélère les battements du cœur ; le cœur moins chargé marche plus vite. On a utilisé ce fait expérimental pour expliquer les palpitations qui sont consécutives aux hémorrhagies, aux températures très élevées, aux exercices violents, la pression vasculaire diminuant du fait de l’hémorrhagie ou du fait de la dilatation des vaisseaux périphériques (nerfs vaso-moteurs). Aux palpitations de l’anémie, de la chlorose, s’ajoute un élément nouveau, la qualité du sang, moins riche en globules rouges et en oxygène.
Description — Les palpitations sont isolées ou groupées par accès. Dans les accès de faible intensité, les battements du cœur, plus pénibles que douloureux, son! accompagnés d'oppression et d’anxiété précordiale. Dans les accès violents, le cœur « bat à rompre la poitrine #,