‹ Manuel de pathologie interne (volume 2)Chapitre 254 sur 292 · ANGINE DE POITRINE · texte numérisé non relu

ANGINE DE POITRINE

Description. — La névralgie cardiaque qu’on nomme angine de poitrine (Heberden), angor pectoris, est une affection douloureuse, paroxystique, survenant par accès. Tout à coup, sans cause appréciable, ou à l’occasion d’une émotion, d’une fatigue, d’un exercice insignifiant, après un repas un peu copieux, le malade est pris de son accès. Il éprouve à la région du cœur, le long du bord gauche du sternum, une douleur poignante, qui s’irradie en divers sens, au cou, à la nuque, à l’épigastre, au thorax : le plus souvent la douleur gagne le bras gauche, la main, les deux derniers doigts (sphère du nerf cubital), et la peau de la main devient pâle et exsangue. Quand l’accès est violent, la douleur est accompagnée d’une sensation épouvantable de constriction, d'angoisse, de dyspnée; le malade, pâle, atterré, couvert d’une sueur froide, est serré comme dans un étau, ou écrasé par un énorme poids; la suffocation et la syncope paraissent imminentes, et le malheureux, ne pouvant ni parler ni bouger, mais conservant sa connaissance tout entière, éprouve cette inexplicable sensation de la vie qui s'éteint. « C’est comme une pause de la vie. » (Elsner.) L’accès dure quelques secondes, quelques minutes, puis il disparaît, laissant après lui des traces de son passage, de l’engourdissement du bras gauche, un gonflement du testicule (Laënnec), un impérieux besoin d’uriner, des éructations gazeuses, des vomiturilions, une grande lassitude.

Toutefois l'accès n’a pas toujours, il s’en faut, la forme classique que je viens de lui décrire. La douleur partie du cœur suit les irradiations les plus diverses; elle n’est pas forcément localisée au côté gauche; elle peut envahir

NÉVROSES DU CŒUR

le bras et la main des deux côtés, elle remonte le long du cou jusqu’à l’articulation de la mâchoire, elle descend vers l’épigastre et contourne le tronc en forme de ceinture, ou se prolonge dans l’aine jusqu’au testicule. On a vu la douleur suivre une marche inverse, partir de la main et monter rapidement vers la poitrine à la façon d’une aura; ce qui faisait supposer à Trousseau* que Yangor pectoris est parfois une manifestation de l’épilepsie, une névralgie épileptiforme.

Pendant l’accès, et malgré l’imminence de la suffocation, l’auscultation de la poitrine ne fait entendre aucun bruit anormal ; les battements cardiaques sont normaux ou ralentis; ils peuvent être irréguliers, si l’angor pectoris est associé à des lésions cardio-aortiques; dans quelques cas ils sont précipités.

Chez certains malades ce n’est pas la douleur qui domine la scène, les manifestations de l’angine de poitrine changent de caractère, et l’accès douloureux est accompagné ou remplacé par des accès à' oppression avec ou sans palpitations. Parfois même la dyspnée est tellement dominante que l'élément douloureux est tout à fait relégué au second plan. Cette dyspnée angoissante, paroxystique, rappelle un peu les grandes dyspnées urémiques.

Dans bien des cas, l’angine de poitrine n’a pas l’acuité que je viens de lui décrire ; le malade éprouve à l’état presque constant, pendant plusieurs semaines, pendant plusieurs mois, d’une façon continue ou intermittente, une douleur du bras gauche, une sensation de gêne, de douleur, de constriction, d’oppression, dont le siège est a la région précordiale; état chronique, entrecoupé par intervalles de quelques symptômes aigus. Le perte d’appétit, la salivation, la constipation, le ballonnement du ventre, sont des symptômes qui s’obervent fréquemment pendant la durée des accès.

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