‹ Manuel de pathologie interne (volume 2)Chapitre 279 sur 292 · Jaccoud. Clin. méd.. 1887, p · texte numérisé non relu

Jaccoud. Clin. méd.. 1887, p

MALADIES DES VAISSEAUX

et cinq chez le second. Ces petits anévrysmes, dont la dimension ne dépassait pas le volume d’un pois ou d’une petite noisette, étaient presque tous cupuliformes. Chez deux d’entre eux les parois de la poche étaient tellement amincies qu’elles paraissaient prêtes à se rompre. Dans une observation publiée par Jona, il existait huit ou neuf dilatations sacciformes du volume d’un petit pois à celui d’une aveline; ces dilatations étaient échelonnées sur une hauteur de 4 centimètres à partir des valvules aortiques1. Dans un cas relaté par Babès et Kalindéro, on avait constaté plusieurs petites cavités sphériques au voisinage de l’aorte; « la tendance à la perforation, disent ces auteurs, donne une gravité narticulière à cette forme d’anévrysme ».

L’anévrysme aortique n’est pas toujours, il s’en faut, associé à une athéromasie étendue ou à de l’artériosclérose ; la lésion vasculaire, l’athérome, peut ne siéger que sur l’aorte et nulle part ailleurs. C’est dire que l’aorte peut être malade pour son propre compte, indépendamment de toute autre lésion artérielle.

Le cœur que certains auteurs regardaient comme devant être toujours hypertrophié, au cas d’anévrysme aortique, le cœur conserve souvent sa texture normale et son volume normal, c’est encore un fait que j’ai plusieurs fois vérifié.

Au contact de l’anévrysme, les tissus et les organes voisins éprouvent des modifications importantes; les os (sternum, côtes, vertèbres, clavicule) présentent des excavations, des pertes de substance : il ne s’agit pas là d’usure mécanique due, comme on l’avait supposé d’abord, aux mouvements de l’anévrysme, mais bien d’un travail irritatif, d’une ostéite, qui amène la résorption du tissu osseux. D autres lois la poche de l’anévrysme se soude aux organes voisins, elle y propage le travail inflamma-

1. Cette observation et la suivante sont résumées dans la Revue de syphilographie, 1895, p. 506.

toire, et il en résulte un ramollissement, une ulcération, une perforation du tissu ou de l’organe envahi. Ainsi s’explique l 'ouverture de l’anévrysme dans la plèvre, le péricarde, l’œsophage, la trachée, l’artère pulmonaire1 2, la veine cave supérieure3, l’oreillette droite3.

La communication de l’anévrysme aortique avec les vaisseaux à sang noir donne naissance à l 'anévrysme artérioso-veineux.

Les malades atteints d’anévrysme de l’aorte sont fréquemment tuberculeux, le fait a été noté dix-huit fois sur quarante-six cas4. Cette phthisie secondaire a été diversement interprétée; on suppose qu’elle est préparée par la compression de l’artère pulmonaire et on la compare à la tuberculose qui accompagne le rétrécissement de ce vaisseau.

Chez un malade de mon service, atteint d’un énorme anévrysme de l’aorte, la mort survient à la suite de broncho-pneumonie tuberculeuse gauche, qui s’était développée consécutivement à la compression de la bronche et de l’artère pulmonaire gauche par la tumeur anévrysmale5.

Symptômes. — L’anévrysme de l’aorte thoracique évolue quelquefois à l’état latent, sans provoquer de troubles notables, et le sujet qui en est atteint peut être enlevé subitement presque sans avertissement antérieur. Je ne connais, sous ce rapport, aucune observation plus concluante que celle qui a été publiée par M. Roux6 et qui concerne un jeune soldat de vingt-deux ans enlevé subi-

1. Laveran. Anévr. de l'aort. ouv. dans l’art, pulm. ( Union méd., décembre 1877).

2. Goupil. Anévr. artir. vein. de l’aorte et de la veine c. sup. Th. de Paris, 1855.

3. Plaisant. Anévr. artér. vein. de V aorte et de Toreillette dr. Th. de Strasbourg, 1868.

4. Hanot. Tuberc. et anévr. de l’aorte ( Arcli . de méd., 1877). Kortf..

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