SPASMES DE LA GLOTTE
Définition. — Étiologie. — Les spasmes de la glotte résultent d’une contraction tonique des muscles constricteurs et tenseurs des cordes vocales; ils durent quelques secondes, quelques minutes, et déterminent des accès de suliocation capables d’entraîner la mort. Ces spasmes sont symptomatiques ou idiopathiques.
Les spasmes symptomatiques proviennent de l’excitation des nerfs récurrents par une tumeur de voisinage : anévrysme de la crosse de l’aorte, altérations tuberculeuses ou cancéreuses des ganglions lymphatiques, etc. Mais comment l’excitation d’un seul nerf récurrent peut-elle provoquer le spasme glotlique ? Krishaber a démontré expérimentalement qu’il suffit d’exciter l’un des nerfs récurrents pour agir en même temps sur les deux lèvres de la glotte, de même qu’il suffit d’agir sur un seul nerf pneumogastrique pour accélérer ou ralentir les mouvements du cœur. Ou observe encore les spasmes svmpto-
MALADIES DE L’APPAREIL RESPIRATOIRE
matiques dans certaines maladie du larynx, telles que le croup, le faux croup, l’œdème de la glotte; et il est à remarquer que ces spasmes sont intermittents alors que la cause d’excitation est continue. Du reste, cette intermittence se retrouve dans différentes manifestations spasmodiques ou douloureuses du système nerveux (calculs hépatiques et rénaux, névralgies des cancéreux), sans qu’il soit facile d’expliquer les raisons de l’intermittence.
Dans quelques cas, le spasme de la glotte apparaît isolé ou associé à d’autres troubles laryngés, au début ou dans le cours de l’ataxie locomotrice1.
Le spasme idiopathique de la glotte n’est plus, comme le précédent, un symptôme apparaissant dans le cours d’une autre maladie, il est une véritable entité morbide qui se développe chez les très jeunes enfants de quatre à dix-huit mois, et c’est lui qui va faire le sujet principal de ce chapitre. Cette maladie, qu’on avait improprement nommée asthme thymique, parce qu’on avait cru qu’elle était liée à une hypertrophie du thymus, est une névrose tantôt indépendante, tantôt liée à la dentition ou à des troubles digestifs. Il est probable que l’hérédité ne lui est pas étrangère, car dans une même famille plusieurs enfants en sont atteints (Romberg).
Description. — Le spasme idiopathique de l’enfance, qu’il soit précédé ou non de prodromes, tels que courbatures et convulsions, débute brusquement et le plus souvent au milieu de la nuit, comme le faux croup. La glotte se ferme convulsivement; la respiration devient de plus en plus pénible, bientôt elle est complètement suspendue et l’asphyxie est imminente. Alors l’angoisse est extrême, la poitrine est immobile, à l’auscultation on ne perçoit plus de bruit vésiculaire; le visage est bleuâtre et couvert de sueur, les battements du cœur sont tumultueux,
1. Krisliaber. Annales des maladies de l’oreille et du larynx , 1SS0. p. 219.
MALADIES DU LARYNX
el l’on se demande si la scène ne va pas se terminer par la mort. Après quinze ou vingt secondes, pendant lesquelles la respiration a été totalement suspendue, « l’enfant reprend tranquillement haleine, et l’attaque se termine par une inspiration sonore, aiguë, tout à fait caractéristique, qui ne ressemble ni à la toux croupale, ni à la reprise sonore de coqueluche » (Tardieu), mais qui se rapproche davantage d’un hoquet grêle et très aigu (Hérard)1.
Les accès, tels que je viens de les décrire, n’existent pas toujours au complet, et la période asphyxique manque quelquefois; leur durée habituelle est de quelques secondes à deux minutes, mais dans certaines circonstances ils sont très rapprochés et se prolongent une heure et davantage (Gaspari). Au début de la maladie, ces accès ne se répètent qu’une fois ou deux par semaine, plus tard ils reparaissent tous les jours, et l’on en a même compté jusqu’à 25 (Hérard) et 50 en une journée. La santé de 1 enfant est bonne dans l’intervalle des accès; il n a ni fièvre, ni toux, ni perte d’appétit; ce n’est qu’à la longue qu il tombe dans le marasme et l’hecticité. La durée tolale de la maladie est fort variable; elle est compiise entre quelques semaines et plusieurs mois (hérard) • malheureusement le pronostic est des plus funestes et la guérison est 1 exception.
Le spasme symptomatique de l 'adulte présente quelques différences; la conformation de son larynx et la résisance de sa glotte inter-aryténoïdienne expliquent pour- Upnk sp,asmes sont moins redoutables chez lui que chez
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V Hérard. Thèse de doctorat , Paris, 1849. UICCLAFOT, PATHOL. T. I.
MALADIES DE L’APPAREIL RESPIRATOIRE
atteint les enfants de un à six ans, tandis que le spasme de la glotte s’adresse aux très jeunes sujets de trois à vingt mois; la première est précédée ou accompagnée de catarrhe, d’enrouement, de toux, de coryza ; l’autre survient si brusquement qu’en quelques secondes l’asphyxie est imminente.
La syphilis héréditaire détermine assez souvent chez les jeunes enfants des troubles laryngés qui ont une telle analogie avec les spasmes de la glotte, que j’ai la conviction que dans bien des cas (le traitement le prouve) c’est la syphilis qui en est cause.
Traitement. — Au moment de l’accès, les aspersions d’eau froide sur le visage et les frictions sur le corps sont généralement employées. Les antispasmodiques trouvent aussi leur indication; on conseillera avec avantage le changement d’air et le séjour à la campagne. On pensera toujours à la possibilité de syphilis héréditaire ou acquise et l’on agira en conséquence au moyen des préparations mercurielles et de l’iodure de potassium.