‹ Manuel de pathologie interne (volume 2)Chapitre 4 sur 292 · Duplay. Pathol, externe , t III, p · texte numérisé non relu

Duplay. Pathol, externe , t III, p

MALADIES DES FOSSES NASALES

surtout chez les jeunes sujets, la sécrétion de la pituitaire est abondante (rhinorrhée), fluide ou épaisse, sujette à quelques variations, et la muqueuse nasale est encombrée de croûtes et de mucus desséché. Ce coryza chronique a une marche lente' et une durée indéterminée; il est parfois entrecoupé d’exacerbations qui font reparaître tous les symptômes de la forme aiguë; parfois aussi des rémissions plus ou moins longues donnent quelque trêve au malade. Nous verrons plus loin quelle est la fréquence de Yozène dans le cours du coryza chronique.

A l'examen rhinoscopique la muqueuse parait rouge, hypertrophiée, surtout à la partie antérieure du cornet inférieur (rhinite hypertrophique). Quand le coryza dure depuis très longtemps, la muqueuse s’indure, se sclérose, et les éléments glandulaires tendent à disparaître.

Sous le nom de coryza postérieur, Desnos a décrit l’inflammation chronique de la cavité pharyngo-nasale ‘. Cette variété est principalement Iiee à l'angine glanduleuse ; ses lésions locales ne peuvent être bien observées que par l’éclairage de la cavité (rhinoscopie) , et ses principaux symptômes sont le nasillement, le reniflement et le raclement pharyngien.

Chez les enfants lymphatiques on a décrit un coryza chronique dartreux. L’orifice des narines et la cloison sont le siège d’éruptions croûteuses, prurigineuses, ayant tous les caractères de l’eczéma impétigineux. Les croûtes, après leur chute, laissent à nu de légères ulcérations qui se couvrent de croûtes nouvelles, et la durée du mal est indéfinie.

Les altérations du coryza dit scrofuleux sont caractérisées par une hypertrophie de la muqueuse nasale, qui devient végétante et fongueuse, par des ulcérations profondes qui peuvent atteindre les os, par la déformation et 1 aplatissement du nez; mais cette description est sujette à révision, car la plupart de ces lésions, qui

t. Dictionnaire de médecine et de chirurgie, t. IX.

avaient été regardées à tort comme scrofuleuses, doivent être mises sur le compte de la tuberculose ou de la syphilis héréditaire, précoce ou tardive, qui nous occupera plus loin.

Diagnostic. — Nous verrons aux chapitres suivants le diagnostic du coryza chronique avec la syphilis nasale et la tuberculose nasale. Pour le moment, qu’il me suffise de rappeler que le coryza chronique a bien des symptômes communs avec les végétations adénoïdes du pharynx nasal et avec les polypes muqueux des fosses nasales. L’examen rhinoscopique lèvera tous les doutes.

Traitement. — Le traitement local du coryza chronique consiste à déterger, à nettoyer la muqueuse, au moyen de douches appropriées, et le lavage une fois fait, on modifie la muqueuse nasale au moyen de cautérisations, de pulvérisations ou de poudres à priser. Les lavages peuvent être faits avec un irrigateur ordinaire, avec un vase faisant siphon, muni d’un embout qui obture bien la narine ; le liquide lancé sans violence dans une narine ressort par la narine opposée sans avoir aucune tendance à pénétrer dans le pharynx. On fait usage, pour ces lavages, d’eau tiède salée (15 grammes de sel marin par litre), d’eau légèrement boriquée ou chloratée. Les eaux de Challes, les eaux du Mont-Dore, rendent de véritables services. Comme poudre à priser, on conseille l’une des préparations suivantes :

1* Sous-nitrate de bismuth.

Talc de Venise

Précipité blanc. . . .

2‘ Sucre porphyrisé. . . .

Chlorate de potasse. . .

‘ ' | âa 10 grammes.

. . 25 centigrammes.

. . 15 grammes.

Les préparations arsenicales prises à l’intérieur sont utiles lorsque la rhinite est associée à la diathèse herpétique.

MALADIES DES FOSSES NASALES

§ 2. DIPHTHÉRIE NASALE

Description. — La diphthérie nasale est presque toujours associée à l’angine diphthérique; elle la précède, ou elle la suit. Elle débute à peu près comme un simple coryza, avec rougeur des narines et sécrétion nasale ; il y a peu d’éternuement. L’écoulement nasal est sanieux, muco-purulent, sanguinolent, avec rejet de membranes.

L’épistaxis est fréquente; habituellement elle devance la formation des membranes diphthériques nasales. Les épistaxis répétées et abondantes constituent un grave danger, elles sont en tout cas de mauvais augure.

Le malade atteint de diphthérie nasale a la voix nasonnée, il ne peut respirer que la bouche ouverte, la respiration nasale étant supprimée par les lésions du coryza. Les ganglions sous-maxillaires sont tuméfiés. A. l’examen rhinoscopique, la pituitaire est tuméfiée, tapissée de membranes diphthériques. Ces membranes, variables comme étendue, sont assez adhérentes, et se localisent volontiers à la moitié postérieure des fosses nasales.

Dans quelques cas, surtout chez les enfants atteints de rougeole, la diphthérie nasale peut gagner le canal nasal, et s’étendre de là aux paupières et aux yeux. Cette diphthérie oculo-palpébrale s’annonce par du larmoiement, avec rougeur, tuméfaction de la conjonctive et des paupières. Un écoulement séro-purulent se déclare, les paupières et la conjonctive oculaire se tapissent de lausses membranes, et, dans quelques cas, la perforation de la cornée et la fonte de l’œil sont le résultat de ce processus diphthérique auquel le streptocoque s’est associé.

Le diagnostic du coryza diphthérique est facile, quand le malade est déjà atteint de diphthérie pharyngée ou laryngée. Mais si le coryza se montre comme manifestation initiale de la diphthérie, l’hésitation est permise, le diagnostic est fort dilficile, surtout au début, et je ne connais

MALADIES DE L’APPAREIL RESPIRATOIRE

qu'un seul moyen de trancher la question, c’est la culture et l’examen bactériologique des membranes ou du mucus nasal. Cette étude bactériologique est faite avec tous les détails qu’elle comporte, à l’article Angine diphlhérique.

Le pronostic du coryza diphthérique n’est pas trop grave si la diphthérie reste limitée aux fosses nasales, ce qui est rare, et si le bacille diphthérique est seul en cause, sans adjonction de streptocoques. Mais si au bacille diphthérique s’associe le streptocoque, les membranes prennent habituellement un aspect diffluent, putrilagineux, le jetage est abondant, purulent, accompagné d'épistaxis. Pareil coryza révèle ordinairement une diphthérie d’une terrible gravité ; il est une des manifestations de la diphthérie maligne de Trousseau. Le bacille de Lœlller trouve dans les fosses nasales un terrain de culture si favorable, que la localisation nasale a une grande importance sur la détermination des paralysies diphlhériques. Après la guérison des angines diphlhériques, il est fréquent de trouver le bacille, encore virulent, pendant plusieurs semaines, dans les cavités nasales.

Outre les irrigations locales, le traitement du coryza diphthérique consiste à pratiquer des injections de sérum.

Page 1