BRONCHITE CHRONIQUE
Étiologie. — Description. — Bien qu’elle puisse être primitive, la bronchite chronique est souvent associée à des maladies constitutionnelles. Chez les sujets lymphatiques et scrofuleux, chez les gens goutteux et dartreux, chez les vieillards, la bronchite s’établit chronique d’emblée ou fait suite à des bronchites plus ou moins aiguës. C’est généralement pendant les saisons froides et humides que la bronchite chronique est plus accusée ; les refroidissements provoquent des poussées aiguës qui ont sur la maladie le plus mauvais effet.
La bronchite chronique est caractérisée par des quintes de toux, longues et pénibles, qui se répètent fréquemment, surtout le matin et le soir ; une conversation un peu animée, une marche un peu rapide, tout est prétexte pour la quinte, qui le plus souvent est suivie d’une | expectoration abondante. Les crachats sont épais, jaune n verdâtre (catarrhe muqueux de Laënnec), souvent entremêlés de crachats spumeux dont la prédominance constitue le catarrhe pituiteux ; plus rarement l’expectoration est en petite quantité, et les crachats globuleux ont la consistance de l’empois (catarrhe sec). La respiration est sifflante et incomplète. A l’auscultation, on entend, disséminés dans les deux côtés de la poitrine, ' des râles ronflants et sibilants et des râles muqueux à A grosses bulles, qui, par leur abondance, peuvent simuler :: le gargouillement d’une caverne. La fièvre est nulle,
MALADIES DE L’APPAREIL RESPIRATOIRE
l’appétit est à peu près conservé et la dyspnée est peu accusée en dehors des quintes de toux. La bronchite chronique n’a rien de fixe dans sa marche ; elle dure plusieurs mois, s’amende à la belle saison pour reparaître aux premiers froids.
Chez certains arthritiques sujets aux dermatoses, à l'eczéma, au lichen, il n’est pas rare d’observer une certaine alternance entre les manifestations cutanées et les manifestations bronchitiques.
La bronchite chronique laisse habituellement après elle un reliquat d’emphysème pulmonaire, mais le malade vit indéfiniment avec son catarrhe, jusqu’à ce que des complications viennent changer la situation.
Ces complications sont de nature différente : les unes, brusques dans leur apparition, sont les congestions pulmonaires qui déterminent des accès de dyspnée, et les phlegmasies aiguës broncho-pulmonaires qui créent un danger immédiat; les autres, lentes dans leur développement, sont l’ emphysème pulmonaire et les lésions du cœur droit, dont les conséquences sont la gêne croissante de la respiration, la cyanose et l’oedème généralisé. La dilatation des bronches est également une des conséquences de la bronchite chronique. Chez les sujets débilités, surtout chez les vieillards, qui à un moment donné n’ont plus la force d'expulser les sécrétions accumulées dans les bronches, le catarrhe chronique peut se transformer en catarrhe suffocant.
Dans le cours de la bronchite, l’haleine et l’expectoration deviennent quelquefois fétides ; cette fétidité, qui peut durer des semaines et des mois, s’amender et reparaître, tient à la décomposition des sécrétions bronchiques, à la présence de l’acide butyrique (Laycock) ou même à la gangrène de la muqueuse*, gangrène qui du reste n’offre pas la gravité de la gangrène pulmonaire
Certains sujets atteints de bronchite chronique ren-
1. Lasègue. Gangrènes curables du poumon. Archiv. deméd. 1SG7.
MALADIES DES BRONCHES
déni parfois, pendant des mois et des années, des membranes ramifiées et souvent cylindriques. Ces membranes, qui peuvent mesurer jusqu’à 10 et 15 centimètres de longueur, sont blanchâtres, élastiques, principalement composées de mucine, et ne doivent pas être confondues avec la diphthérie des bronches1. Cette variété va être longuement étudiée à l’un des chapitre suivants.
Diagnostic. — Il ne faut pas confondre le catarrhe chronique des bronches avec les phlegmasies bronchiques bâtardes, qui ne sont qu’un épisode dans le cours d’une autre maladie. Ainsi, chez les gens atteints d’affection cardiaque (lésion mitrale), la circulation broncho-pulmonaire est facilement entravée, la congestion et l’œdème des voies respiratoires en sont la conséquence, on entend à l’auscultation des râles multiples, et l’oppression revêt i parfois la forme d’accès. Si la lésion cardiaque est méconnue, ces différents troubles sont mis sur le compte d’une bronchite chronique, jusqu’au jour où d’autres symptômes auront appelé l’attention sur la maladie de cœur qu’on avait eu le tort de méconnaître.
Même remarque pour les bronchites brightiques. Un individu éprouve depuis quelque temps de l’oppression, des étouffements, accompagnés de toux et d’expectoration ; on l’ausculte et l’on trouve des râles muqueux aux deux côtés de la poitrine, avec prédominance habituelle aux deux bases. Un examen superficiel s’arrêterait volontiers à l’idée d’un catarrhe subaigu ou chronique, mais un interrogatoire minutieux révèle d’autres signes j importants : le malade a de la pollakiurie, ses paupières J sont bouffies, le cœur est hypertrophié (Traube), on y | perçoit un bruit de galop (Potain) ; les urines sont albumineuses, bref, la soi-disant bronchite chez ce malade >' n’est qu’un épisode du mal de Bright.
Nous allons voir, en étudiant l’asthme, la dilatation
1. Bronchite pseudo-membraneuse clironiaue. Lucas-Charn pionnière j Th. de Pari?, 1876.
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des bronches et l’emphysème, que la bronchite chronique leur est souvent associée ; elle les précède ou les suit, et chez l’asthmatique notamment, elle peut devenir la lésion dominante, au point de cacher la véritable nature de la maladie.
Anatomie pathologique. — .Les bronches malades sont épaissies, et le tissu conjonctif de la muqueuse est envahi par du tissu fibreux qui fait quelquefois saillie sous forme de végétations. Il n’est pas rare de rencontrer des ulcérations superficielles au niveau des orifices glandulaires. L’emphysème s’observe souvent à titre de complication.
Traitement. — On se propose de tarir la sécrétion des bronches et de modifier les parties sécrétantes. La créosote de hêtre (Bouchard), l’iodoforme (Sée), le goudron et l’essence de térébenthine donnent de bons résultats. Ces divers médicaments peuvent être administrés par les voies respiratoires, sous forme de vapeurs (chambres d’inhalation) en pulvérisations (appareils pulvérisateurs) ou par les voies digestives. Voici quelques formules concernant le mode d’administration de ces médicaments :
Capsules de créosote, chaque capsule contenant 5 centigrammes de créosote. A prendre à la dose de 4 à 8 à chaque repas.
Perles d’essence de térébenthine, chaque perle contenant 25 centigrammes de térébenthine. A prendre à la dose de 4 à 8 à chaque repas.
Pilules d’iodoforme, chaque, pilule contenant 5 centigrammes d’iodoforme. A prendre une pilule à chaque repas.
Capsules renfermant chacune 25 centigrammes de copahu et 25 centigrammes de goudron. A prendre à la dose de 4 à 8 chaque repas.
On aura recours à la terpine; on donnera tous les jours six à douze pilules, contenant chacune 10 centigrammes de terpine, ce qui fait 60 centigrammes à 1 gramme de terpine en vingt-quatre heures. On obtiendra de bons résultats de l’eucalyptol donné à la dose de 4 à 10 capsules par jour.
MALADIES DES BRONCHES
A ces différents traitements on associera les préparations sulfureuses et arsenicales : les eaux sulfureuses de Saint-Sauveur, de Cauterets, les eaux arsenicales du Mont-Dore et de la Bourboule rendront de véritables services. On devra surveiller de près, chez les vieillards surtout, l’encombrement des bronches par les sécrétions, et le combattre au moyen de vomitifs répétés.
Le sujet atteint de bronchite chronique devra éviter les refroidissements et passer les hivers dans une région à climat tempéré.