Société médicale des hôpitaux, 27 mai 1S
MALADIES DE L’APPAREIL RESPIRATOIRE
Les hémoptysies bronchectasiques sont fréquentes. Dans quelques cas elles peuvent être mises sur le compte de la tuberculose qui est parfois associée à la bronchectasie; mais dans bon nombre d’observations, dans les cas de Laënnec, de Barth, de Corail1 2, etc., il n'est pas question de tuberculose, l’hémoptysie ne dépend que de la bronchectasie, l’hémorrhagie est due à la rupture de ces capillaires si nombreux, flexueux et dilatés qui font partie du tissu de nouvelle formation, bronchique et extrabronchique3. Ces hémoptysies non tuberculeuses sont une nouvelle sourcede difficulté pour le diagnostic3; dans quelques cas elles ont été la cause de la mort.
Dans le plus grand nombre des cas, la dilatation des bronches existe d’un seul côté, et elle occupe le sommet du poumon aussi souvent que la base. A l’examen du thorax on constate une dépression, qui est en rapport avec le siège de la dilatation bronchique, et qui est surtout accusée lorsque la bronchectasie est liée à une pleurésie chronique. Celte dépression existe fréquemment à la partie moyenne et postérieure de la région thoracique. La percussion dénote une submatité correspondante à la région malade. A l’auscultation, on constate des signes de caverne , mais ces signes varient suivant les dimensions et le nombre des cavités, et suivant leur état de vacuité ou de réplétion. Parfois ils sont dénaturés par la présence d’un tissu de pleurésie ou de pneumonie chronique ; aussi, chez quelques malades, la respiration est soufflante, caverneuse et même amphorique, accompagnée ou non de gargouillement, et la voix prend le caractère de la bronchophonie ou de la pectoriloquie.
Marche. — Durée. — Terminaison. — Quand la
1. Cornil. Dilatation des bronches. Mort par hémoptysie. France médicale, 2a avril 1887.
2. Dejan. Hémoptysies non tuberculeuses de la dilatation des bronches. Thèses de Paris, 1886.
5. Houdinet. Hémoptysies et dilatations bronchiques. Thèse de Paris, 1896.
MALADIES DES BRONCHES
bronchectasie n’est pas associée à une tuberculose pulmonaire, les symptômes généraux sont bénins pendant une longue période; la fièvre est nulle, beaucoup de malades conservent leur appétit, continuent de vaquer à leurs occupations, et ceux que la fétidité n’atteint pas, ont une situation à peu près tolérable, à cela près que l’expectoration est abondante et que la dyspnée peut devenir une gêne croissante. En somme, on est frappé, dit Trousseau, et c’est aussi l’opinion de Laënnec, de l’apparente innocuité de la maladie jusqu’à sa période en quelque sorte ultime.
Dans quelques cas, la mort est le résultat d’une complication, telle que pneumonie aiguë, broncho-pneumonie aiguë, gangrène pulmonaire, hémoptysie, abcès du cerveau, pleurésie purulente, pneumo-thorax, tuberculose, pyohémie avec abcès articulaires et viscéraux. Dans d’autres circonstances, la mort arrive plus lentement, par les progrès croissants de la maladie et des lésions pulmonaires concomitantes, qui, après bien des années, se compliquent de lésions du cœur droit, ou de phénomènes de consomption. A ce moment, la résorption des produits microbiens à la surface des cavités bronchiques, détermine une véritable septicémie ; l’amaigrissement, l’hecticité, la fièvre, la diarrhée, les œdèmes cachectiques, l’ongle hippocratique, tout rappelle le tableau de la phthisie pulmonaire.
Bactériologie. — Le liquide des dilatations bronchiques contient de nombreux microbes, le streptococcus pyogenes,le pneumococcus,le staphylococcus aureus, ainsi que des microbes saprogènes, entre autres lebacillus pyogènes fœtidus, actuellement assimilé au bacillus coli.
Ces différents microbes ont peut-être un rôle pathogénique dans la destruction des éléments bronchiques qui favorisent la dilatation, mais ils ont certainement un rôle important dans la plupart des complications qui surviennent au cours de la bronchectasie. Ces complications ne sont pas dues seulement aux toxines qui sont élaborées
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MALADIES DE L’APPAREIL RESPIRATOIRE
par les microbes, elles sont encore dues au passage direct de certains microbes dans le sang et dans les organes (Cornil et Babès)1 2. La septicémie aiguë qui vient parfois compliquer la dilatation bronchique, les arthrites suppurées, les infarctus des organes, les abcès du cerveau, sont dus à différents streptocoques (streptococcus pyogenes, streptococcus septicus liquefaciens) ayant leur origine dans une bronchectasie.
On a observé l’endocardite mitrale végétante, avec abcès du foie et du rein, consécutivement à une infection par le staphylococcus aureus ayant son origine dans une dilatation bronchique3 *.
Diagnostic. — La phthisie pulmonaire, la bronchite fétide et la vomique pleurale ont bien des signes communs avec la bronchectasie. Commençons par différencier la dilatation bronchique des cavernes tuberculeuses du poumon et supposons le cas, bien entendu, où la bronchectasie n’est pas associée à une tuberculose pulmonaire. Le siège de la lésion ne fournit aucun signe distinctif, puisque la bronchectasie est aussi souvent unilatérale que bilatérale (26 fois sur 43) et aussi fréquente au sommet qu’à la base (Barth). L’hémoptysie, la toux, les ongles hippocratiques, sont encore des symptômes communs aux deux maladies; enfin le souffle caverneux, le gargouillement, la péctoriloquie, révèlent de part et d’autre l’existence de cavités5, mais ils ne donnent aucun renseignement sur la nature de ces cavités. Alors sur quels signes se baser pour affirmer le diagnostic? L’expectoration de la bronchectasie est, il est vrai, plus diffluente, plus aérée, beaucoup plus abondante que celle de la phthisie, où les crachats sont épais, nummulaires ou puriformes; mais cette distinction n’est pas suffisante, et c’est dans la marche différente des deux maladies qu'il faut chercher