‹ Manuel de pathologie interne (volume 2)Chapitre 63 sur 292 · FLUXION DE POITRINE · texte numérisé non relu

FLUXION DE POITRINE

Discussion. — Quand je commençai mes études à l’École de médecine de Toulouse, mes premiers maîtres, élevés à la fois aux écoles de Paris et de Montpellier, et par conséquent plus éclectiques qu’absolus, m’apprirent qu’à côté des congestions simples et des inflammations franches de l’appareil broncho-pulmonaire, il existe des phlegmasies bâtardes nommées fluxions de poitrine, dans lesquelles les éléments hypérémique et phlegmasique sont irrégulièrement répartis et diversement combinés.

La dénomination de « fluxion de poitrine » est aujourd’hui tellement abandonnée qu’on a peine à la retrouver; les traités de pathologie, les publications et les thèses inaugurales de noire Faculté sont la plupart muets sur ce sujet; on y parle de congestions pulmonaires, de pneumonies, de broncho-pneumonies, mais de fluxion de poitrine, point; et la fluxion, reléguée ailleurs et fondue dans le chapitre des « congestions pulmonaires », semble avoir perdu tous ses droits comme état morbide distinct.

Telle n’est pas mon opinion ; à l’exemple de l’École de Montpellier, je crois que la fluxion de poitrine doit avoir sa place dans le cadre nosologique. A côté des phlegmasies franches de l’appareil respiratoire, telles que la pneumonie, la broncho-pneumonie, la pleurésie, la bronchite, il y a d’autres étals morbides, mixtes et bâtards, dans lesquels les éléments hypérémique et phlegmasique sont diversement combinés, et que, par un accord tacite, on avait nommés fluxions.

Et, chose remarquable, tandis que les phlegmasies se fixent volontiers sur telle ou telle partie de l’appareil respiratoire, à ce point que ces phlegmasies (pneumonie, bronchite, pleurésie) mériteraient souvent le nom de systématiques, épithète employée dans les maladies de la moelle épinière (Vulpian), les fluxions, au contraire, sont, de leur nature, difluses et multiples. 11 est rare qu’une

MALADIES DE L’APPAREIL RESPIRATOIRE

fluxion se localise au poumon ou à la plèvre, sans toucher aux autres parties de l’appareil respiratoire, elle effleure ou elle frappe en même temps les bronches, le poumon, la plèvre et même les couches musculaires du thorax, en un mot tous les plans superposés qui forment la poitrine, et voilà pourquoi l'usage, ce grand maître, en avait fait la fluxion de poitrine.

Cruveilhier était dans la question en décrivant les pleurodynies accompagnées de lièvre et de frottements pleuraux; et Peter nous dit dans ses Leçons cliniques : « L’inflammation, si elle est intense, peut ne pas rester bornée aux muscles, et envahir tous les plans superposés de la caqe thoracique jusqu’à la plèvre inclusivement » Encore un pas et Peter arrivait à la fluxion de poitrine'.

Description. — La fluxion de poitrine est un état morbide dont Y intensité et la nature sont variables ; elle n’est ni une pneumonie avortée, ni une broncho-pneumonie, elle est autre chose; tantôt elle dissémine son action sur toutes les parties de l’appareil respiratoire, tantôt elle effleure à peine certaines d’entre elles, pour se concentrer plus spécialement sur le poumon, sur les bronches, sur la plèvre.

En voici du reste quelques exemples : Un individu est pris d’une vive douleur de côté; il a quelques légers frissons, de la toux et de la fièvre. On l’examine et l'on constate un e pleurodynie avec ou sans hyperesthésie cutanée; les muscles intercostaux ne sont pas seuls douloureux, mais la douleur atteint tout le plan musculaire de la région; les muscles abdominaux et lombaires peuvent être également intéressés. A l’auscultation de la poitrine on constate, au niveau de la région douloureuse, quelques frottements pleuraux, et on entend des râles de bronchite disséminés des deux côtés de la poitrine. Dans ce cas, la peau, les muscles, la plèvre, les bronches ont été atteints, la pleurésie est à l’état d’ébauche, il n'y aura pas d’épan-

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