‹ Manuel de pathologie interne (volume 2)Chapitre 72 sur 292 · Sée. Maladies spécifiques du poumon, Paris · texte numérisé non relu

Sée. Maladies spécifiques du poumon, Paris

sous forme épidémique, dans le cours d’épidémies de malaria, de scorbut, de fièvre typhoïde. Ce sont là des pneumonies secondaires, survenant à titre d’épiphénomène dans le cours d'une maladie générale, et empruntant leurs caractères et leur gravité, au milieu dans lequel elles se sont développées; je n’ai pas à m’en occuper ici.

Mais, dans bien des cas, la maladie pneumonique se développe pour son propre compte, tantôt sous forme isolée, plus souvent sous forme d’épidémies plus ou moins circonscrites, associées ou non à des épidémies grippales1, avec toutes les allures d’une maladie infectieuse. La contagion en est même bien prouvée. L’épidémie éclate dans une prison, dans une caserne, dans une petite localité, elle se restreint à une maison, à une famille, et trois et quatre membres de cette famille sont simultanément ou successivement atteints.

Dans quelques cas, cette pneumonie épidémique ne diffère pas, ou diffère peu de la pneumonie franche ; plus souvent elle a des allures spéciales qui l’ont fait nommer pneumonie typhoïde, pneumonie asthénique, adynamique, etc. L’hépatisation se fait parfois en plusieurs foyers, les crachats sont sanglants plutôt que franchement rouillés, la maladie s’accompagne de tuméfaction de la rate, de diarrhée, d’albuminurie, de teinte ictérique des téguments, de pleurésie, de péricardite, d’endocardite végétante, de méningite, de parotidite, d’anxiété précordiale, de prostration. La courbe de la fièvre ne ressemble pas à celle de la pneumonie franche. Les lésions histologiques sont même un peu spéciales. Le pronostic de ces pneumonies n’est pas fatalement grave ; la ma-

1. Bonnemaison. Pneumonies malignes. Constitution médicale septicémique (Union médicale, 1875). — Menetrier. Grippe et pneumonie en 1886. Thèse de Paris, 1886. — Banti. Contribution à l’étude des pneumonies infectieuses. Traduction in Arch. génér. de médecine, 1880. — llelme. Pneumonies infectieuses. Thèse de Paris, 18SG. — Canivet. Pneumonie épidémio >•-. TJièse de Paris, 1886.

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Iadie est bénigne dans tel foyer épidémique, tandis qu’elle est terrible dans un autre. Le pronostic, comme le tableau clinique, comporte tous les intermédaires.

f. Grossesse et pneumonie. — Grisolle avait avancé que la pneumonie lobaire est redoutable pour les femmes grosses; actuellement on est d’un avis contraire, bon nombre d’observations ont été publiées de femmes atteintes de pneumonie à diverses époques de leur grossesse avec bénignité relative pour la mère et pour l’enfant. J’ai vu l’an dernier trois femmes atteintes de pneumonie pendant leur grossesse; l’une d’elles, que j’ai vue avec le docteur Porak, était à une période avancée de sa grossesse; ces trois femmes ont guéri et l’accouchement s’est fait dans d’excellentes conditions. La transmission de la pneumonie au fœtus est un fait établi; dans les cas qui ont été publiés, l’enfant a succombé peu de jours après l’accouchement.. Une pneumonie se déclarant chez une nourrice, diminue ou supprime la sécrétion lactée. En tout cas, le pneumocoque pouvant être transmis par l’allaitement, une nourrice atteinte de pneumonie ne devra pas continuer à allaiter son nourrisson1.

Étiologie. — La pneumonie lobaire est surtout une maladie de l’adulte; chez le vieillard, elle revêt des allures spéciales, et l’enfant, plutôt enclin à la forme lobulaire de la pneumonie, est néanmoins sujet à la pneumonie lobaire. Les changements de saison, novembre, mars et avril, paraissent favorables au développement de la pneumonie. Un état de faiblesse ou de débilité antérieur n’est pas toujours une cause prédisposante nécessaire, car la pneumonie atteint fréquemment des gens qui étaient en parfaite santé. Certains individus ont une prédisposition spéciale aux récidives et contractent plusieurs fois la pneumonie dans le courant de leur existence; ce sont probablement ceux chez lesquels le pneu-

1. Aymard. Passage des micro-organismes de la mère à l'enfant par le lait. Thèse de Paris, 1891.

mocoque séjourne en permanence, attendant une occasion favorable pour son développement.

Je me suis expliqué précédemment sur les questions d 'épidémicité. Les épidémies pneumoniques sont limitées à une localité ou généralisées à une ville, à une province, à un pays; elles coïncident souvent avec la grippe ; elles sont dues aux causes atmosphériques ou climatériques encore mal connues qui exaltent la virulence du pneu- ; mocoque.

La question de contagion mérite d’être bien connue1. La pneumonie est contagieuse et les crachats, par leurs organismes pathogènes spécifiques, sont les agents les plus habituels du contage; la contagion est même possible longtemps après la guérison de la pneumonie. Le fœtus peut être infecté par sa mère atteinte de pneumonie et avoir lui-même les lésions pulmonaires et extra-pulmonaires de l’infection pneumonique2.

La nature de la pneumonie lobaire a été diversement interprétée, et jusqu’à ces temps derniers deux grandes théories étaient en présence : l’une, la doctrine hippocratique, .soutenue et défendue par l’école de Montpellier, ne regardait la lésion du poumon que comme l’expression locale et secondaire d’un état général qui est la fièvre pneumonique. La pneumonie, c’est-à-dire la lésion, serait donc le résultat de la fièvre pneumonique, qui est la maladie. A cette théorie, l’école anatomo-pathologique de Pans avait opposé une théorie tout opposée : la lésion du poumon est toute la maladie, et c’est la lésion, primitivement locale, qui pour l’école organicienne est la cause de la fièvre et des symptômes généraux concomitants.

Entre ces opinions extrêmes, une opinion intermédiaire avait trouvé place. On admet généralement que le refroidissement est une des causes les plus habituelles de la

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