‹ Manuel de pathologie interne (volume 2)Chapitre 76 sur 292 · Jaccoud. Clinique médicale, 1887, p · texte numérisé non relu

Jaccoud. Clinique médicale, 1887, p

MALADIES DU POUMON

relient entre elles, cliniquement, les différentes phleginasies des voies respiratoires.

2° La pneumonie lobulaire ou broncho-pneumonie, surtout fréquente chez les enfants, est souvent consécutive à une autre maladie (rougeole, diphthérie, coqueluche, grippe, tuberculose, etc.). Elle mérite moins que la précédente le nom de fibrineuse, elle est lobulaire, c’està-dire qu’elle procède par noyaux, disséminés dans les deux poumons, que ces noyaux soient isolés ou confluents (pneumonie pseudo-lobaire). La maladie n’épuise pas toute son action sur les foyers enflammés, elle procède par poussées successives, elle n’est franche ni dans ses lésions ni dans ses allures, et sa description, on l’a vu, diffère notablement de la description de la pneumonie lohaire.

5° La fluxion de poitrine n’est pas la pneumonie, et, d’autre part, elle est autre chose qu’une simple congestion; c’est un état morbide dans lequel les éléments lujpérémique et phlegmasique sont diversement combinés.

La fluxion frappe ou effleure un ou plusieurs lobes pulmonaires sans ménager les autres parties de l’appareil respiratoire : les bronches, la plèvre, les muscles du thorax, en un mot, tous les plans superposés qui forment la poitrine peuvent être atteints à des degrés divers par la fluxion.

4° La pneumonie hypostatique n’a pas les attributs anatomiques d’une vraie pneumonie; c’est un état mixte dans lequel la congestion passive et l’œdème jouent le rôle principal et sont accompagnés de transsudation légèrement fibrineuse et quelquefois d’hémorrhagie. Cet état morbide, consécutif aux maladies du cœur, à l’hypostase, au décubitus longtemps prolongé, se localise de préférence aux parties postérieure et inférieure des poumons.

La pleurésie au début présente de nombreuses analogies avec la pneumonie; toutefois, dans la pleurésie, le frisson est moins violent, la température initiale est

D1EULAFOY, PATHOL. T. I.

MALADIES DE L’APPAREIL RESPIRATOIRE

moins élevée; le point de côté est souvent plus aigu, l’expectoration fait défaut et le frottement-râle, qu’on perçoit à l’auscultation, est plus mouillé, plus diffus, que le râle crépitant sec et nettement localisé de la pneumonie.

Il ne suffit pas de diagnostiquer une pneumonie, il faut encore savoir si elle est franchement inflammatoire, bilieuse, adynamique; si elle est ou non compliquée de pleurésie, d’endocardite, de péricardite, de méningite, d’otite; si elle est primitive ou secondaire; si elle n’esl pas doublée d’alcoolisme; si elle n’est pas le premier acte d’une fièvre typhoïde qui commence ; si elle ne s’est pas développée sur un sujet diabétique, ou tuberculeuxet chacun de ces éléments intéresse le pronostic et le traitement autant que le diagnostic.

La pneumonie acquiert une gravité exceptionnelle dans la vieillesse, « elle en est le fléau le plus redoutable » (Gruveilhier) ; on peut même dire « qu’elle constitue la lin naturelle des vieillards ». (Peter.)

Traitement. — Le traitement de la pneumonie doit s’adresser bien moins à l’état local qu’à l’état général. Quand la pneumonie est franche et d’allure bénigne, on se contentera d’une expectation déguisée, boissons émollientes et acidulées, laxatifs, bouillons, eau vineuse; dans le cas contraire, il faut agir d’après les indications. Le vésicatoire me parait plus nuisible qu’utile.

Le point de côté de la pneumonie sera calmé par une application de sangsues et par des injections sous-cutanées de morphine.

A la pneumonie vivement inflammatoire on opposera la médication antiphlogistique ou contro-stimulante : — émissions sanguines, saignées, ventouses, sangsues, le tartre stibié et mieux encore le kermès administré suivant les préceptes de Trousseau :

Kermès 2 grammes.

Extrait de digitale 0,20 centigrammes.

Savon médicinal T- s.

pour 20 pilules.

On lionne dix à quinze pilules par 24 heures, et s’il survient des vomissements ou de la diarrhée, on administre avec chaque pilule une goutte de laudanum de Sydenham.

On obtient aussi de bons résultats de la digitale administrée en infusion à la dose de 60 centigrammes à 1 gramme, dans un julep, donné par intervalles en 24 heures (Hirtz1), mais je n’ai jamais expérimenté cette médication. La pneumonie bilieuse sera efficacement combattue par les vomitifs et notamment par l’ipéca. La pneumonie adynamique sera traitée par les toniques et par les reconstituants, le quinquina, le vin, le champagne, la potion deTodd, 60 à 100 grammes d’eau-de-vie dans un julep de 120 grammes à donner par cuillerées d’heure en heure. Dans le cas où la fièvre est violente, on aura recours au sulfate de quinine ou à l’antipyrine.

Quand la pneumonie revêt la forme ataxique avec délire, agitation, fièvre violente, on donnera avec avantage la potion suivante à prendre par grandes cuillerées d’heure en heure.

Eau de fleurs d’oranger 100 grammes.

Eau de laurier-cerise 10 —

Sirop d'éther . 40 —

Bromure de potassium 2 —

C’est dans les formes ataxiques de la pneumonie que les bains froids ont été préconisés. J’ai mis plusieurs fois cette médication en usage, et avec succès ; je conseille de donner les bains suivant les préceptes qu’on trouvera formulés dans le traitement de la fièvre typhoïde.

Si la pneumonie est accompagnée d’irrégularités du pouls, de mollesse des battements cardiaques, de tendance au collapsus cardiaque, on pratiquera des injections sous-cutanées de caféine avec la solution suivante :

Eau distillée 8 grammes.

Benzoate de soude 2 —

Benzoatc de caféine 2 —

1. Art. Diqitale, Nuuv. l)icl. de méd. et de chir ., t. IX, p. 54ij.

MALADIES DE L’APPAREIL RESPIRATOIRE

Injecter tous les jours, une ou deux seringues de Pravaz de cette solution

Le pneumonique doit boire en quantité, soit du lait, soit une tisane de lactose ; il est essentiel d'avoir des urines ; le lait a de plus l’avantage de protéger le rein, ce qui n’est pas à dédaigner, maintenant surtout que nous connaissons bien la néphrite pneumonique. Je dois enfin dire quelques mots du traitement de la pneumonie par les injeclions sous-cutanées d’essence de térébenthine.

Fochier (de Lyon) avait remarqué que dans certains cas d’infection puerpérale, quand il n’y a pas de lésion importante appréciable, il n’est pas rare de voir une amélioration soudaine coïncider avec l’apparition d’un loyer de suppuration, à la fosse illiaque, au sein, au niveau d’une jointure, ou ailleurs. Cette apparition d'un abcès ou d’un phlegmon, en un point nettement localisé, semblait jouer un rôle curatif. Fochier a donné à ces abcès le nom d'abcès de fixation. Il s’est alors demandé si l’on ne pourrait pas, le cas échéant, provoquer thérapeutiquement des abcès analogues. De fait, chez des femmes dont l’état paraissait désespéré, il a obtenu des guérisons en provoquant des abcès, au moyen d’injections sous-cutanées d’essence de térébenthine.

Lépine ayant obtenu un succès par cette médication, dans un cas de pneumonie, je l’ai appliquée à deux femmes de mon service, atteintes l’une et l’autre de pneumonie fort grave et probablement en imminence de suppuration : ces deux malades ont guéri*. Voici en quoi consiste la médication :

Avec une seringue stérilisée (de Pravaz ou de Roux) on pratique à la partie externe et moyenne des deux cuisses, et à la région deltoïdienne des deux bras, une injection d’un centimètre cube d’essence de térébenthine, soit 4 centimètres cubes pour les 4 injections. Celles-ci sont faites, autant que possible, dans la zone cellulaire sousculanée. Ces injections provoquent une douleur exlrê-

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