PNEUMONIE CHRONIQUE. — SCLÉROSE DU POUMON
L'inflammation chronique du poumon intéresse le parenchyme (pneumonie parenchymateuse) et le tissu conjonctif (sclérose pulmonaire). Ces lésions diversement combinées donnent naissance aux variétés de pneumonie chronique que nous allons étudier sous le nom de pneumonie chronique lobaire, pneumonie chronique lobulaire et pneumonie chronique corticale.
Quant à la pneumonie chronique, que l’on nommait caséeuse et qui n’est en somme qu’une pneumonie tuber-
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culeuse, elle sera étudiée plus loin au sujet de la phthisie pulmonaire.
Pneumonie lobaire chronique. — La forme lobaive de la pneumonie chronique est beaucoup plus rare que la forme lobulaire. Elle est primitive ou consécutive à la pneumonie lobaire aiguè. L’impaludisme ne parait pas étranger à son développement.
En étudiant la pneumonie lobaire aiguë, nous avons vu que la maladie une fois terminée, il n’en reste pas moins dans les alvéoles pulmonaires un reliquat inflammatoire qui peut mettre plusieurs semaines à se résoudre (Andral). Même quand il est lent, ce processus aboutit bien rarement à la forme chronique de la pneumonie, parce que le parenchyme de l’organe est respecté, et s’il y aboutit, c’est que, sous l’influence d’un processus inflammatoire nouveau, le parenchyme pulmonaire est atteint.
On décrit à cette pneumonie chronique deux phases successives1 : l’induration rouge et l’induration grise. Le tissu pulmonaire atteint d 'induration rouge est ferme, et augmenté de volume; la section du poumon est moins granuleuse et le tissu est moins friable que dans l’hépatisation rouge de la peumonie aiguë; la partie indurée ne crépite pas sous le doigt et plonge au fond de l’eau. Les parois des alvéoles et le tissu conjonctif péri-Iobulaire sont envahis par un tissu de sclérose. Les cavités alvéolaires sont rétrécies et parfois envahies par des bourgeons issus du tissu conjonctif qui a remplacé la paroi de l’alvéole.
La sclérose est, on le voit, intra et extra-lobulaire. Après plusieurs mois, l’induration rouge fait progressivement place à l'induration grise, le tissu pulmonaire, devenu imperméable, se rétracte et diminue de volume, i'
1. Charcot. Thèse d’agrégation, 1860. — Regimbeau. Des pneumonie chroniques. Thèse d’agrégation. Paris, 1880. — Letulle. Les sclérosa pulmonaires. Gazette hebdom., 1890.
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est dur et crie sous le scalpel, il a tous les attributs des tissus de sclérose (métamorphose fibreuse de Cruveilhier). Dans ce tissu sclérosé on rencontre parfois des excavations (ulcères du poumon), mais on ne trouve aucune dilatation bronchique, contrairement à ce qu’on observe dans la broncho-pneumonie chronique.
Cette pneumonie chronique s’étend d’une façon uniforme à tout un lobe et même à une partie du poumon ; elle est plus fréquente à la base qu’au sommet.
La matité, la déformation du thorax, l’expectoration de crachats muco-purulents, l’existence de souffle, de râles, de gargouillement, sont les différents signes de la pneumonie chronique; qu’on y joigne la fréquence des hémoptysies, l’apparition d’un état cachectique avec fièvre, sueurs, amaigrissement, et l’on conviendra que le diagnostic serait bien difficile avec la phthisie pulmonaire, si l’existence de celle-ci n’était confirmée par la présence des bacilles dans les crachats.
Broncho-pneumonie chronique. — La broncho-pneumonie chronique, plus fréquente que la forme précédente, fait habituellement suite à la broncho-pneumonie aiguë et subaiguë. Elle est plus commune dans l’enfance et dans la jeunesse, et ses causes les plus habituelles sont la rougeole, la diphthérie, la coqueluche, la grippe, la fièvre typhoïde, la syphilis.
Dans la forme chronique comme dans la forme aiguë, les lésions de la broncho-pneumonie portent à la fois sur la bronche et sur le lobule. Sur une coupe perpendiculaire du lobule faite pendant la phase subaiguë, on voit la dilatation de la bronche et la transformation de ses éléments normaux en tissu embryonnaire. Le territoire des alvéoles qui entoure la bronche (nodule péri-bronchique de M. Charcot) est atteint d’hépatisation; les parois des alvéoles sont le siège d’une infiltration embryonnaire, et les cavités alvéolaires contiennent un exsudât englobant des cellules épithéliales et des leucocytes. Autour de la zone hépatisée est la zone splénisée, siège de congestion
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avec desquamation et chute des cellules épithéliales dans la cavité alvéolaire.
A mesure que la lésion devient chronique, les éléments intra-alvéolaires subissent la dégénérescence granulograisseuse, et les cellules embryonnaires qui infiltrent le parenchyme se transforment en tissu de sclérose. La sclérose atteint le tissu conjonctif péri-bronchique et périlobulaire, et le parenchyme pulmonaire s'atrophie.
La broncho-pneumonie chronique atteint surtout les lobes inférieurs et la partie postérieure des lobes supérieurs; le tissu pulmonaire est violacé, dense et sec, la section est lisse, sans granulations, et au moyen d’un faible grossissement on aperçoit encore les divisions des lobules pulmonaires. Ces lésions de la broncho-pneumonie chronique avaient été nommées carnisation (Legendre et Bailly) par comparaison avec la chair musculaire. Dans quelques cas, le poumon est sclérosé, atrophié et on y trouve des dilatations bronchiques. Ces dilatations tiennent à l’altération des parois bronchiques, elles se forment avant la période atrophique du poumon (Charcot), il est donc peu probable qu’elles soient consécutives à ta sclérose pulmonaire comme le supposait Corrigan.
La marche de la broncho-pneumonie chronique est fort lente, et la maladie passe par une phase subaiguë sujette à des temps d’arrêt. La matité, les râles, le souffle tubaire, parfois le gargouillement, sont les signes les plus habituels. La fièvre est fréquente, l’expectoration est muco-purulente, parfois sanguinolente, et l’hecticité est le terme le plus fréquent de la maladie.
Pneumonies chroniques corticales. — Dans certaines pleurésies, parfois quand le liquide a été très lent à se résorber, la plèvre s’épaissit, se sclérose et forme au poumon une véritable coque fibreuse. Les lobes pulmonaires adhèrent entre eux et la plèvre pariétale est également adhérente à la paroi costale. Ce processus scléreux ne reste pas toujours limité à la plèvre, il gagne le poumon, probablement par la voie des vaisseaux lympba-
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tiques ; les espaces conjonctifs qui séparent entre eux les lobules se transforment en travées fibreuses qui entourent les lobules et finissent par atteindre les alvéoles eux-mèmes.
Ainsi se trouve constituée une sclérose pleuro-pulmonaire, la pneumonie prenant une forme fibroïde cloisonnée (Charcot). Ces scléroses pleuro-pulmonaires sont assez rares (Brouardel, Tapret)1 ; j'en ai observé un exemple dans lequel il existait également quelques dilatations bronchiques.
La sclérose pulmonaire2 s’associe comme lésion secondaire à diverses altérations du poumon, elle accompagne l’emphysème, les lésions tuberculeuses, les tumeurs, les kystes hydatiques, les pneumokonioses, etc.; on la rencontre assez fréquemment chez les vieillards. Les régions sclérosées sont indurées et pigmentées, la charpente fibreuse du poumon est épaissie, les parois des vaisseaux participent à l’altération fibreuse, et les cavités alvéolaires sont atrophiées par le nouveau tissu. 11 existe une sclérose pulmonaire syphilitique qui sera étudiée dans un autre chapitre au sujet des lésions syphilitiques du poumion. La lésion qu’on nomme induration ardoisée des sommets, si fréquente dans les poumons de vieillards, n’est autre chose qu’un tissu de sclérose fortement pigmenté; ce tissu limite des alvéoles, qui sont, les uns atrophiés, les autres emphysémateux, et il englobe souvent d’anciennes petites cavités kystiqnes, transformées en matière caséeuse ou crétacée.
§ 6. PNEUMONIES PROFESSIONNELLES. - PNEUMOKONIOSES.
Les poussières de charbon, les poussières de fer, d’acier et de cuivre, de silice, déterminent des pneumonies chro-