Dard et Charineil. Lyon mtdical
MALADIES DU POUMON
constances, rien ne peut faire supposer l’imminence de la gangrène et la maladie défie toutes les prévisions. J’ai eu l’occasion d’observer deux cas de gangrène pulmonaire où les choses se sont ainsi passées : Un individu est pris de frissons, de nausées et de vomissements; puis aux troubles gastriques se joignent des symptômes pulmonaires, la toux et un violent point de côté. On ausculte et l’on trouve un léger frottement pleural, des râles bronchiques disséminés, un souffle de congestion pulmonaire ou de broncho-pneumonie. La fièvre est modérée, et l’état général est sans signification spéciale. Au début, la maladie simulait un embarras gastrique fébrile; elle revêt maintenant les allures d’une fluxion de poitrine; mais ce n’est rien de tout cela, et le dénouement ne se fera pas attendre. En effet, le malade est pris d’accès d’oppression, de quintes de toux, et il rend des crachats noirâtres, abondants, mélangés de sang, et extrêmement fétides. On comprend alors qu’il s’était formé dans le poumon un foyer gangréneux qui vient de s’ouvrir dans une bronche.
Dès que la communication se fait entre la bronche et le foyer gangréneux, l’expectoration1 et l’haleine prennent une horrible fétidité, et les hémoptysies ne sont pas rares à cette période de la maladie. Les crachats sont très abondants, diffluents, verdâtres, noirâtres; ils contiennent du sang, du pus, du mucus, de la graisse, des cristaux de margarine, des fibres élastiques, des pelotons formés de filaments, de spores de leptothrix pulmonalis, de monas, de cercomonas, champignons et infusoires, agents de la décomposition putride.
Lorsque l’expectoration est abondante, elle présente ordinairement trois couches distinctes : la plus superficielle, mousseuse, contient quelques crachats muco-purulents; la seconde, transparente et visqueuse, semble
1. Les crachats sont formés par les éléments précédemment énumérés et contenus dans la cavité gangréneuse.
MALADIES DE L’APPAREIL RESPIRATOIRE
constituée par de la salive épaissie; enfin, au fond du crachoir on trouve des pelotons jaunâtres, verdâtres, répandant une odeur infecte, caractéristique, et constituant ce que l’on décrit habituellement sous le nom de bouchons de Ditlrich. D’après Charcot, cette fétidité de l’haleine el des crachats manquerait dans les cas de gangrène diabétique. Quand une cavité gangréneuse se forme, et pourvu qu’elle soit superficielle ou assez étendue, on perçoit à l’auscultation des signes cavitaires, du souffle caverneux, du gargouillement et de la pectoriloquie.
A côté de cette gangrène pulmonaire, on observe parfois une forme dite gangrène pleurétique, qui s’annonce par un point de côté intense, avec dyspnée violente et tous les signes d’un épanchement pleural. En pareil cas, la couche corticale du poumon est toujours intéressée, mais le diagnostic de cette participation pulmonaire ne peut être fait que plus tard, lorsque l’épanchement pleural s'ouvre dans les bronches ou lorsqu’on pratique l’empyème. Dans ces deux cas, on est frappé par l’odeur repoussante du liquide évacué; des lambeaux de tissu pulmonaire sphacélé sont parfois rejetés par l’ouverture thoracique. Les symptômes généraux sont habituellement très prononcés : fièvre intense, frissons répétés, teinte terreuse, inappétence, diarrhée, amaigrissement rapide ; la mort est souvent l’aboutissant de cette forme pleurétique. Elle guérit parfois cependant, surtout lorsque, par un traitement chirurgical hâtif et par une antisepsie rigoureuse, on débarrasse la plèvre de son contenu putride et des lambeaux sphacélés.
La forme pulmonaire peut guérir aussi, surtout si la lésion est circonscrite et unique ; alors la cavité gangréneuse finit parfois par se combler, les crachat-s perdent leur fétidité, l'expectoration se tarit, la fièvre cesse et l’état général s'améliore.
Le diagnostic de la gangrène pulmonaire avec la dilatation des bronches a été fait au sujet de cette dernière maladie. On ne confondra pas le sphacèle du poumon, où
MALADIES DU POUMON
le parenchyme de l’organe est nécrosé, avec la bronchite fétide, où la muqueuse seule est attaquée. La bronchite fétide a des symptômes spéciaux : chez un individu habituellement atteint de catarrhe bronchique, l’haleine et l’expectoration prennent, à certains moments, une horrible fétidité; mais ces accidents sont passagers, intermittents, ils sont parfaitement curables1 2, et l’auscultation ne fait percevoir que les signes d’une bronchite et nullement les signes d’une cavité gangréneuse.
Enfin, dans certains cas, il est nécessaire d’examiner avec soin la cavité buccale pour être sûr que la fétidité de l’haleine ne tient pas à quelque affection des parois de la bouche ou du pharynx : carie dentaire, stomatite ulcéro-membraneuse, gangrène des amygdales, etc.
Le traitement de la gangrène pulmonaire est assez limité; la principale indication est de soutenir les forces du malade au moyen de toniques, le quinquina, le vin, l’alcool. La créosote, les balsamiques, l’hyposulfite de soude (Lancereaux), trouvent aussi leur indication. On provoquera autour du malade des émanations de goudron, on lui fera respirer des pulvérisations d’acide phénique.
On doit pratiquer l’ouverture du foyer gangréneux lorsqu’il est nettement limité et superficiel. Des cas de pneumotomie auraient été, chez certains sujets, suivis d’une guérison rapide et définitive.