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Pnmolard. Revue de médecine^ juillet 1SS

MALADIES DU SYSTÈME NERVEUX

§ 12. MYÉLITES DIFFUSES CHRONIQUES.

Anatomie pathologique. — L’histoire des myélites diffuses chroniques se confond en partie avec l’histoire des myélites diffuses aiguës*.

L'anatomie pathologique de la lésion se résume en deux mots : sclérose ou ramollissement. Le ramollissement n’est, le plus souvent, que la phase ultime d’une myélite aiguë, et la sclérose réalise l’altération la plus commune de la myélite chronique.

Sous l’inlluence de la prolifération de la névroglie, le travail de sclérose poursuit son évolution ; le réticulum conjonctif et la paroi des vaisseaux s’épaississent, les tubes nerveux diminuent de volume, la myéline se segmente et se désagrège, les cellules nerveuses perdent leurs prolongements et s’atrophient. La moelle, sclérosée, s’indure, prend une teinte grisâtre, et se colore facilement par le carmin.

Celle sclérose (induration du tissu conjonctif et atrophie consécutive des éléments nerveux) n’est pas toujours irrégulièrement diffuse; elle occupe parfois un segment bien limité de la moelle, une rondelle qu’elle frappe dans sa totalité {myélite transverse), elle peut n'occuper qu’une moitié de la moelle {myélite hémilatérale (Brown-Séquard), elle prend la forme d’un anneau avec participation des méninges et intégrité de la substance grise {sclérose annulaire, Vulpian), elle englobe le canal épendymaire, qu’elle rétrécit ou qu’elle dilate (sclérose péri-épendy maire, Hallopeau), elle envahit successivement différentes régions (myélite envahissante, ascendante ou descendante, Hallopeau), mais toutes ces

1. Lisez à ce sujet l’excellent mémoire de M. Ilallopc.m : Oes myélites chroniques diffuses {Archiv. de médec. Paris, IS71).

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variétés sont autant d’exceptions, et dans sa forme la plus vulgaire, la phlegmasie prédomine sur les parties antérolatérales de la moelle au niveau du rendement dorsolombaire, et donne naissance à la paraplégie chronique.

La myélite chronique provoque souvent des scléroses secondait es ascendantes ou descendantes .qui viennent, à la longue, compliquer le tableau initial de la maladie. Les causes sont celles de la myélite aiguë, auxquelles on peut joindre l'hérédité.

Description. — A part les cas où des symptômes d’excitation (pliase aiguë) ouvrent la scène (douleurs, fourmillements, secousses dans les jambes), la maladie débute par des troubles de locomotion.

Le sujet se fatigue facilement, ses jambes lui paraissent lourdes, la marche devient pénible et d’autant plus difficile qu’il s’y joint souvent de l’anesthésie plantaire (sensation de duvet). Plus tard le malade ne marche plus qu’au moyen d’une canne ou d’un appui, ses pieds quittent à peine le sol, il glisse plutôt qu’il ne marche, aussi la locomotion finit par devenir impossible, la paraplégie est complète. Les mouvements réflexes, d’abord exaltés, persistent tant que la substance grise de la moelle n’est pas détruite.

Les fonctions génésiques sont généralement abolies.

Les troubles de la vessie et du rectum (rétention et incontinence) ne sont précoces que si le renflement génitocrural est envahi*. La rétention d’urine précède 1 incontinence, parce que la paralysie du corps de la vessie précède la paralysie du sphincter, mais a la fonction des sphincters reste quelquefois intacte, malgré 1 existence de lésions cervico-dorsales, pourvu que celles-ci soient superficielles, d’où l’on peut inférer que le cordon cércbro-vésical occupe dans le système antérieur de la nioclle une position plus profonde que les cordons des nicinbres inférieurs a (Rollett).

En résumé, la paraplégie accompagnée de paralysie

Jaccoud. Traité de pathologie, t. I, p. iOl.

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des sphincters forme le tableau habituel de la myéliie cbronique dorso-lombaire. Mais il n’est pas rare que ce tableau soit modifié par l’apparition ou par la prédominance de quelque symptôme nouveau, tel que les douleurs (lésion des cordons postérieurs), les anesthésies (lésions de la substance grise et blanche postérieures), les contractures (lésions primitives ou descendantes des cordons latéraux), les atrophies musculaires (lésions des cornes antérieures) ; symptômes que j’ai étudiés en détail dans les chapitres précédents.

La durée moyenne de la myélite chronique est de six ans ; la mort est due, soit à l’extension de la paralysie, soit à des complications, telles que cystite, phthisie, pneumonie.

Variétés. — J’ai déjà indiqué, au sujet de la myélite aiguë, la diversité des symptômes qu’offre la maladie suivant qu’elle siège aux régions lombaire, dorsale ou cervicale; je vais m’occuper actuellement de quelques variétés rares où la myélite est hémi-latérale, centrale ou corticale.

a. Myélite hémi-latérale. Lorsque la moelle est lésée dans une de ses moitiés, droite ou gauche, que la lésion provienne d’un traumatisme, d’une compression, d’une tumeur ou d’une sclérose, on observe des symptômes spéciaux bien étudiés par M. Brown-Séquard. Sans insister sur les détails, les caractères saillants sont les suivants : 1° Paralysie du mouvement du côté du corps correspondant à la lésion de la moelle (hémi-paraplégie); 2° anesthésie du côté du corps opposé à la lésion (hémianesthésie croisée). La dissociation de ces deux symptômes, dont l’un est direct et l’autre croisé, serait due à ce fait (Brown-Séquard) que les conducteurs de la sensibilité s’entre-croisent dans la moelle tandis que les conducleurs de la motilité sont déjà entre-croisés au niveau du bulbe. Plus la lésion siège vers les parties supérieures de la moelle, et plus ces symptômes sont étendus.

b. Myélite centrale. Dans cette variété de myelile périépendy maire, la substance grise est surtout atteinte

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au-devant du canal central de la moelle; les symptômes consistent principalement en des paralysies suivies d’atrophie musculaire et d’affaiblissement de la contractilité électrique. Cette variété de myélite se confond avec la syrincjomyélie.

Les révulsifs, les cautères, les cautérisations et 1 électrisation résument la majeure partie du traitement de la myélite chronique. L’iodure de potassium à haute dose et les préparations mercurielles doivent toujours être tentés dans le cas où la syphilis est avérée ou soupçonnée.

§13. MYÉLITE SYPHILITIQUE.

Étiologie. — La syphilis de la moelle, j’entends la syphilis médullaire, indépendante de toute autre lésion des centres nerveux, n’est pas très fréquente : ainsi, sur 1085 cas de lésions syphilitiques des centres nerveux, ou trouve 416 cas de syphilis cérébro-spinale et 77 cas seulement de syphilis médullaire pure (Fournier, Boulloche*). L’époque de l’infection syphilitique a une grande importance : la moelle peut être atteinte dès le début de la syphilis*; sur 58 observations de syphilis médullaire précoce (Moinet), la myélite a été observée rarement avant le troisième mois, assez souvent du troisième au dixième mois, fréquemment dans le sixième mois. Dans les deux tiers des cas (Fournier), c’est de la troisième à la dixième année de l’infection syphilitique qu on observe la myélite. Très rare chez la femme, elle est fréquente chez l’homme entre 20 et 40 ans. Comme causes occa-

1. Boulloche. Contribution à V étude des paralysies syphilitiques {Annales de dermaloloyie, 1891).

2. Gilbert et G. Lion. De la syphilis médullaire précoce [Archives de médecine, 1889). — Moinet. Études sur la myélite syphilitique précoce. Thèse de Lyon, 1890.

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sionnelles citons l’alcoolisme, les excès vénériens, les traumatismes, le surmenage ‘).

La syphilis non traitée prédispose-t-elle à la myélite? Oui, pour M. Fournier, et non, pour M. Mauriac®. La syphilis grave s’accompagne souvent de myélite aiguë et précoce.

Anatomie pathologique. — Les lésions de la syphilis médullaire sont différentes suivant qu’il s’agit de myélite syphilitique aiguë ou de lésions médullaires syphilitiques chroniques. La myélite syphilitique aiguë présente les mêmes lésions que la myélite aiguë banale; on trouve à la moelle, un ou plusieurs foyers de ramollissement, de préférence aux régions moyennes de la moelle. Les lésions sont diffuses, elles atteignent la substance blanche et la substance grise; les méninges participent fréquemment au processus qui réalise la méningo-myélite embryonnaire diffuse de Gilbert et Lion®. Dans ces myélites aiguës, à début brusque, les lésions vasculaires prédominent, les phlébites et les artérites représentent l’élément initial du processus phlegmasique. Il existe une véritable artérite syphilitique, analogue à l’artérite cérébrale, suivie comme elle, d’oblitération vasculaire avec ramollissement d’un territoire plus ou moins étendu de la moelle.

Quand la syphilis médullaire est subaiguë ou chronique, on trouve également des lésions de méningite, infdtration embryonnaire des méninges et de leurs prolongements, gommes, hyperhémie et dilatation des vaisseaux*. Le parenchyme dégénéré aboutit parfois à la sclérose, et la maladie devient incurable®. La myélite s’accompagne

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