PARALYSIE GLOSSO-LABIO-LARYNGÉE
POLIOENCÉPHALITE INFÉRIEURE CHRONIQUE.
Description. — La paralysie glosso-labio-laryngée, décrite en 1869 par Duchenne avec une exactitude qu’on retrouve dans toute les descriptions de ce grand observateur‘, est une maladie qui débute sournoisement, sans fièvre et sans douleur, qui envahit progressivement la langue, les lèvres, le voile du palais, le larynx, et qui, après avoir anéanti les fonctions de la déglutition et de la phonation, se termine presque fatalement par asphyxie ou par syncope. Analysons les localisations successives de la maladie.
1° Paralysie de la langue. La paralysie glosso-labiolaryngée débute en général par la langue, et le muscle lingual supérieur est pris le premier, de même que, dans l’atrophie musculaire progressive, c’est le muscle court abducteur du pouce qui est le premier frappé. Les muscles de la langue étant paralysés (innervation du grand hypoglosse et du facial), il en résulte des troubles de prononciation et de déglutition. Ainsi le malade articule mal les dentales d et I et les prononce comme ch, à cause de la paralysie du muscle lingual supérieur, qui normalement relève et applique la pointe de la langue contre l’arcade dentaire supérieure. La langue ayant
1. Duchenne. De Véleclrisation localisée, p. 50-i. — Hallopeau. Des paralysies bulbaires. Ihhse d’agrégation, t’aris. 1873.
MALADIES DD SYSTÈME NER’S'EUX
perdu ses mouvements de latéralité, et ne pouvant plus s’appliquer contre le palais, le premier temps de la déglutition est fort gêné, la salive est difficilement avalée; elle s’accumule dans la bouche et s’écoule au dehors*.
A une époque plus avancée, la langue, dont les mouvements sont complètement abolis, paraît fixée au plancher de la bouche; de plus, elle est ridée et plissée, quand l’atrophie est assez considérable.
2° La paralysie du voile du palais exagère encore les troubles de prononciation et de déglutition. Le b et\e p sont articulés comme m, pour les raisons que voici : à l’état normal, les lettres b et p sont formées par la colonne d’air expiré, qui écarte brusquement les lèvres et les met en vibration ; mais quand le voile du palais est paralysé, la colonne d’air expiré perd sa force en se séparant en deux parties : l’une qui écarte mollement les lèvres et n’arrive qu’à produire m, et l’autre qui passe dans les fosses nasales, où elle retentit sous forme de voix nasonnée. Le malade peut rem.édier à cet inconvénient en se pinçant le nez. La déglutition, déjà compro- .mise par la paralysie de la langue, devient encore plus difficile. En effet, le temps de la déglutition, où le bol alimentaire chemine, pressé d’avant en arrière, entre la langue et le palais, ce temps de la déglutition ne peut s’effectuer efficacement que si le voile du palais est tendu par les muscles péristaphylins externes (5* paire), s il est attiré en bas par les muscles glosso-staphylins (nerl facial), et si enfin le plancher charnu de la bouche est tendu par les muscles mylo-hyoïdiens (nerf mylo-hyoïdien du dentaire inférieur), muscles qui, agissant à la façon d’une sangle, appliquent avec énergie la base de la langue contre le voile du palais. Or, la plupart de ces conditions sont abolies dans la paralysie glosso-labio-laryngée ; aussi la dysphagie est-elle excessive, et, malgré tous les subtcr-
1. Outre rémilement incessant delà salive, peut-être ï a-»-;' une exagération de la sécrétion salivaire, par lésion du plancher du quatrième ventricule.
MALADIES DU BULBE RACHIDIEN
fuges employés par le sujet, le plus léger repas devient un^ travail pénible et laborieux, et la déglutition est souvent accompagnée du passage des aliments dans les fosses nasales ou dans le larynx, ce qui provoque des
accès de suffocation et de l’asphyxie.
La paralysie du voile du palais se traduit encore par d’autres symptômes, tels que l’impossibilité de sucer, de
se gargariser, etc. ,
5“ Paralysie des lèvres. Quand les lèvres sont paralysées, le malade ne peut ni siffler, ni souffler, ni prononcer les voyelles o et u. La paralysie de l’orbiculaire laisse aux muscles moteurs des commissures une action prédominante; la bouche est héante et élargie dans son diamètre transversal, la physionomie prend l’air pleurard, les aliments sont difficilement retenus, la salive s’écoule sans