‹ Manuel de pathologie interne (volume 3)Chapitre 156 sur 295 · Éliid. clin. Montpellier · texte numérisé non relu

Éliid. clin. Montpellier

%. Trousseau. Clinique de l’Uôlel-Dieu, t. II, p. 639.

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probablement une modification de la circulation, un trouble passager d’hypérérnie ou d’anémie; un trouble dynamique des cellules nerveuses. Ce qui est certain, et ceci est important comme pronostic, c’est qu’il y a une variété d’aphasie qui peut exister sans lésion matérielle durable, de même que l’hémianesthésie des hystériques n’est accompagnée d’aucune lésion du faisceau cérébral sensitif, de même que les contractures permanentes de l’hystérie existent sans sclérose des cordons latéraux de la moelle, de même enfin* que la chorée vulgaire et l'hémichorée post-hémiplégique, bien qu’ayant les plus grandes analogies, reconnaissent pour cause, l’une un trouble fonctionnel passager, l’autre une lésion d’un territoire cérébral déterminé. Des symptômes nerveux identiques peuvent donc être occa.sionnés, tantôt par des lésions profondes et persistantes, tantôt par des altérations passagères et de nature encore inconnue.

§ 6. ENCEPHALITE. - ABCES DU CERVEAU.

L’encéphalite est l’infiammation du cerveau. C’est une maladie qu’on regardait autrefois comme fréquente, à une époque où on la confondait avec les ramollissements par embolie et par throml)ose. On sait aujourd’hui que l’encéphalite est rare, constraste frappant avec la myélite, qui est relativement fréquente.

Pathogénie. — Abstraction faite du traumatisme et des lésions chirurgicales qui ne rentrent pas dans le cadre de cette étude, l’encéplialite et les abcès du cerveau sont toujours consécutifs à des agents toxi-infectieux. Presque toutes les maladies infectieuses, endocardites ulcéreuses, pyohémie, septicémie, pneumonies suppurées, tuberculose aiguë, bronchectasi'e fétide, etc., peuvent engendrer l’encéphalite aiguë et les abcès du cerveau. Le staphylo-

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coque, le pneumocoque, le coli-bacille, le bacille de Koch, et surtout le streptocoque, en sont les agents les plus habituels. Au nombre des causes que je viens d'énuinérer, certaines doivent nous arrêter un instant.

Le bacille tuberculeux est capable, à lui seul, de déterminer des abcès cérébraux. Frænkel, Rendu et Boulloche* en ont rapporté des observations. Il est question dans ces cas-là de malades atteints de granulie, et le bacille tuberculeux, sans le secours d’aucun autre microbe, peut coloniser en pleine substance cérébrale, grise ou blanche, et déterminer des abcès franchement phlegmoneux.

La bronchite chronique fétide est une cause assez fréquente d’abcès cérébraux (Biermer), j’en dirai autant des suppurations et des gangrènes pulmonaires. Mais il semble que dans ces différents cas il est nécessaire que l’expectoration soit fétide; la putridité paraît être une condition essentielle.

Les lésions du rocher, des sinus frontaux, de l’orbite, sont des causes prépondérantes d’encéphalite suppurée; la suppuration- clique tient de beaucoup le premier rang ; à l’autopsie de gens qui ont succombé à, des affections du rocher, il n’est même pas rare de trouver des abcès cérébraux qui avaient évolué à l’état latent. Les affections de l’oreille qui engendrent les abcès cérébraux sont les affections chroniques, bien plus que les affections aiguës : un individu a depuis plusieurs années, depuis dix ans, vingt ans, une lésion auriculaire, une otite suppurée, une otorrhée, et cet individu qui ne se préoccupe nullement de cette lésion indolente et presque insignifiante, pourra être pris à un moment donné de symptômes terribles et mortels d’une méningo-encéphalite aiguë ou d'abcès cérébraux. J’ai été témoin d’un fait de ce genre chez un officier d’artillerie, qui ayant depuis bien des années une otite chronique qu’il traitait par le mépris, fut

1. Rendu et Boulloche. Société médicale des hôpitaux, 31 juil-

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pris un jour, brusquement, après des manœuvres fatigantes, d’une méningo-encéphalite qui l’emporta en trois jours.

La méningo-encéphalite suppurée et les abcès cérébraux consécutifs à des lésions otitiques, peuvent être favorisés par une fissure, par un pertuis osseux, à évolution lente et insidieuse»; mais, dans bien des cas, il n’exiset aucune communication directe entre la cavité crânienne et l’appareil auditif ; on voit même, ici comme dans l’appendicite, des abcès à distance, se faisant dans l’hémisphère cérébral du côté opposé à la lésion. Le mécanisme que j’ai invoqué pour expliquer les abcès à distance de l’appendicite (cavité close), peut expliquer la pathogénie des abcès à distance du cerveau, « la distension de la muqueuse auditive s’opposant à toute élimination de liquide vers l’extérieur ». (Brissaud.)

Anatomie pathologique. — Le pus de l’encéphalite aiguë est infiltré ou collecté sous forme d’abcès. A l’ouverture de la boîte crânienne on trouve parfois la piemère adhérente et les circonvolutions sous-jacentes affaissées et effacées. Le nombre, le siège et la dimension des abcès sont variables. On peut ne trouver qu’un seul grand abcès ou une série de petits abcès. L’abcès temporo-sphénoïdal est habituellement consécutif aux lésions de l’oreille moyenne et de l’oreille interne ; l’abcès du lobe frontal est en rapport avec la carie de l’ethmoïde; l’abcès du lobe occipital ou du lobe temporal s’observe surtout à la suite de carie du rocher. Le pus enkysté est tantôt crémeux et jaunâtre, tantôt verdâtre et sanieux, d’odeur fétide. Les abcès s’enkystent grâce à une membrane formée de tissu névroglique sclérosé qui commence à se former vers le douzième jour. La substance cérébrale qui avoisine l’abcès est atteinte de ramollissement jaune.

Description. — Il est d’usage de décrire trois périodes à l’encéphalite aiguë. La première période, ou phase

1. Picqu(5 et Février. Annales des maladies de l’oreille, 1892, n’ 13

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d'excitation, n’est pas sans analogie avec la méningite : fièvre, céphalalgie, vertiges, incertitude de la marche, troubles visuels, parfois même délire, contractures, convulsions, vomissements, constipation. La céphalalgie est le symptôme dominant, elle dure autant que cette première phase, de quatre à huit jours; elle affecte parfois une localisation précise elle se limite à une moitié du crâne. Si l’encéphalite est due à une lésion de l’oreille, le catarrhe disparaît habituellement dès l’invasion cérébrale.

La deuxième période, ou phase de rémission, est caractérisée par une amélioration factice, avec indifférence du malade, état somnolent, torpeur; elle peut durer plusieurs semaines ou faire place à la phase paralytique, hémiplégique, apoplectique, comateuse. Cette dernière phase peut même éclater brusquement et déterminer la mort en deux ou trois jours, sans avoir été précédée par les phases initiales d’excitation et de dépression. Parfois l’encéphalite aiguë passe à l’état chronique et le pronostic n’en est pas moins fatal. La fièvre est le principal symptôme sur lequel on doive s’appuyer pour distinguer l’encéphalite des ramollissements qui pourraient la simuler. Il ne faut jamais négliger de faire l’examen de l’oreille; cet examen suffit souvent pour mettre sur la voie du diagnostic.

Deux symptômes sont à noter dans les abcès du cerveau, ce sont Vaphasie et Vhémianopsie. L’aphasie est très rarement l’aphasie motrice vraie; il s’agit surtout d’aphasie sensorielle, d’aphasies partielles. Chez certains malades, l’examen de l’œil démontre l’existence d’une hémianopsie; chez un malade dont Lannois et Jaboulay ont rapporté l’observation *, il y avait de l’aphasie sensorielle et une hémianopsie homonyme latérale droite avec conservation du réflexe de Wernicke.

Encéphalite chronique. — La sclérose de l’encéphale coïncide souvent avec les lésions scléreuses de la moelle (scléroses en plaques et rubanées) ; la sclérose limitée à

1. Lannois et Jaboulay. Cas. méd. de Paris, 12 septembre 1896.

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l’encéphale (syphilis) est fort rare; dans la paralysie générale des aliénés, l’encéphalite interstitielle diffuse est associée à une myélite chronique do même nature.

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