‹ Manuel de pathologie interne (volume 3)Chapitre 263 sur 295 · Communical. d l’Acad. des sc · texte numérisé non relu

Communical. d l’Acad. des sc

MALADIES DU SYSTÈME NERVEUX

La paralysie d’origine intra-temporale ou pétreuse‘ se traduit par les symptômes indiqués précédemment au sujet des paralysies périphériques et par des symptômes qui sont en rapport avec la paralysie des diverses branches que je viens d’énumérer. Ces symptômes sont les suivants :

A. — Organe du goût. — a. Chez certains malades, le goût est perverti : si l’on dépose alternativement sur le côté sain et sur le côté paralysé de la langue une substance sapide, la sensation est obscure et lente à se produire du côté paralysé. La sensibilité gustative du tiers postérieur de la langue, due au nerf glosso-pharyngien, persiste intacte, la sensibilité générale, due au nerf trijumeau, persiste, elle aussi, intacte, dans toute l’étendue de la langue, mais la sensibilité gustative fait défaut dans les deux tiers antérieurs de la moitié paralysée. Cette perturbation gustative vient de la paralysie de la corde du tympan, et la paralysie de ce nerf produirait la perte du goût, soit en modifiant la circulation de la muqueuse linguale (Brown-Séquard), soit en exerçant sur l’élément contractile des papilles des modifications qui changeraient leurs rapports avec les substances sapides (Cl. Bernard)*.

b. La déviation de la langue qu’on voit dans quelques cas et la difficulté d’en recourber la pointe en haut, tiennent à la paralysie des rameaux nerveux qui se rendent aux muscles digastrique et stylo-glosse. Il n’est pas rare d’observer une déviation de la luette et une légère dysphagie.

c. La sécheresse de la bouche et la diminution de la sécrétion salivaire s’observent quelquefois ; ces symptômes viennent de la paralysie de la corde du tympan, qui préside à la sécrétion de la grande parotide (Cl. Bernard), et

1. Guillot. Parai, fac. d'origine pélrcuse. Th. de Paris, 1889.

2. La discussion sur les nerfs du goût et sur l’origine de la corde du tympan est fort bien résumée par M. Grasset. Mal. du syst. nerv., 1. 11, p. 308.

PARALYSIES

de la paralysie du petit nerf pétreux, qui est dévolu à la secrétion de la glande sous-maxillaire.

d. Organe de l'ouïe. — Le nerf facial anime le pavillon de l’oreille; chez les animaux tels que le lapin, qui ont l’oreille longue, celle-ci tombe dès qu’on a fait la section du nerf. Certains sujets atteints de paralysie faciale ont une exagération de la sensibilité auditive du côté paralysé; voici comment on explique ce phénomène : Le muscle interne du marteau, animé par le nerf petit pétreux superficiel, et le muscle de l’étrier, qui reçoit aussi un filet du facial, constituent l’appareil moteur de la chaîne des osselets; le muscle interne du marteau a pour fonction de tendre la membrane du tympan, c’est-à-dire de diminuer l’amplitude de ses vibrations et de modérer par conséquent l’intensité des ondes sonores : ces conditions ne sont plus remplies quand le muscle est paralysé et l’ouïe est exaltée (Landouzy).

La paralysie faciale d’origine intra-temporale est produite par des lésions multiples : fractures, otite, lésions syphilitiques (périostose), carie du rocher d’origine tuberculeuse. Le froid, si souvent cause des paralysies funiculaires, peut aussi déterminer cette variété ; le nerf frappé par le froid subit un gonflement inflammatoire (Bérard, Erb). Il est augmenté de volume, comprimé, étranglé, pour ainsi dire, en différents points de son trajet ou à sa sortie de l’aqueduc de Fallope. Cette explication de la paralysie a frigore, qui a également été donnée pour la paralysie funiculaire, ne doit pas être généralisée à tous les cas de paralysie par refroidissement.

3° Paralysie d’origine bulho-protubérantielle. — Le nerf facial a deux noyaux dans le bulbe : 1° un noyau supérieur qui lui est comm.un avec le nerf moteur oculaire externe et qui est situé sur le plancher du quatrième ventricule, au niveau du bord inférieur de la protubérance; — 2° un noyau inférieur situé plus bas, qui lui est commun avec le nerf masticateur (Pierret) et qui est compris entre les noyaux de l’hypoglosse et du spinal.

OiCi MALADIES DU SYSTÈME NERVEUX.

11 est facile de suivre les fibres du facial qui partent de ces noyaux pour se porter du bulbe à la périphérie. Les fibres cérébrales du facial inférieur naissent du pied de la circonvolution frontale ascendante, descendent avec le faisceau géniculé et, après avoir occupé la partie inférieure du pédoncule cérébral, s’engagent dans la protubérance, où elles s'entre-croisent pour venir s adjoindre plus bas aux fibres nées des noyaux bulbaires. L’entre-croisement des fibres du facial se fait donc à l’intérieur de la protubérance et vers sa partie moyenne.

La région qui s’étend de l’entre-croisement des fibres cérébrales du facial aux noyaux bulbaires comprend donc la moitié inférieure de la protubérance, région qui comprend aussi le tractus des fibres motrices qui sont destinées aux membres, avec cette différence que ces fibres ne s’entre-croisent que plus bas, au collet du bulbe. Il en résulte qu’une lésion (tumeur, hémorrhagie, ramollissement) de cette portion de la protubérance peut atteindre et les fibres déjà entre-croisées du facial, et le tractus moteur des membres avant son entre-croisement. G est là l’origine d’une paralysie croisée, paralysie alterne (Gubler) ; la paralysie est directe pour la face, c est-àdire qu’elle siège du même côté que la lésion, tandis qu’elle est croisée pour les membres.

L’hémiplégie faciale d’origine bulbo-protubérantielle est donc associée à une hémiplégie croisée des membres; de plus, elle est complète, c’est-à-dire qu’elle atteint l’orbiculaire des paupières aussi bien que l’orbiculaire des lèvres, et les muscles perdent leur contractilité électrique comme dans les paralysies périphériques précédemment

étudiées. , .

4° Paralysie d’origine cérébrale. — La paralysie

faciale d’origine cérébrale doit être divisée en deux variétés, suivant que la lésion cérébrale est centrale ou covticülc*

a. — Les lésions centrales du cerveau (hémorrhagies,

PARALYSIES

ramollissement, tumeur), que la lésion occupe les noyaux opto-striés, la capsule interne ou les faisceaux fronto-pariétaux du centre ovale*, sont accompagnées de l’hémiplégie vulgaire. — L’hémiplégie faciale occupe le même côté que l’hémiplégie des membres et présente les caractères suivants : la face n’est paralysée que dans sa partie inférieure, l’orbiculaire des paupières est presque toujours respecté, la paralysie est rarement aussi accentuée que dans les cas d’origine périphérique, la contractilité faradique est conservée, et la réaction sudorale à la pilocarpine est égale des deux côtés (Straus).

L’absence de paralysie de l’orbiculaire des paupières dans l’hémiplégie faciale d’origine cérébrale a été diversement interprétée. — Je dirai d’abord que l’intégrité du muscle n’est pas toujours absolue, et pour expliquer la majorité des cas, c’est-à-dire l’intégrité apparente de l’orbiculaire des paupières, on pourrait se rallier à l’opinion suivante de Broadbent : dans l’hémiplégie d’origine cérébrale, ce n’est pas seulement l’orbiculaire des paupières qui est respecté, l’intégrité porte sur tous les muscles dont les mouvements sont associés et se produisent des deux côtés à la fois; tels sont les muscles des yeux, du tronc, du larynx. Il est probable que les noyaux des nerfs de ces muscles sont reliés entre eux par des commissures qui permettent au noyau sain de suppléer dans une certaine mesure le noyau détruit.

On a réuni plusieurs cas d’hémiplégie (Huguenin, Chwostek, Hallopeau)®, où, contrairement à la règle habituelle, il existait une paralysie complète de l’orbiculaire palpébral. Dans les trois cas on a trouvé une hémorrhagie qui intéressait surtout le noyau lenticulaire du corps strié. 11 est donc probable que les f.bres du facial supérieur, nées en un point de l’écorce cérébrale encore indéterminé, traversent le noyau lenticulaire et continuent leur trajet à la partie interne du pédoncule céré-

1. Pitres. Rech. sur les lés. du centre ovale. Thèse de Paris, 1877.

Page 1