Jaccoud. Clinique, 1887, p
MALADIES DES REINS
L’oligurie et l’anurie se rencontrent assez fréquemment dans le cours du mal de Bright; elles sont la cause directe et rapide des accidents urémiques. Ainsi que je le disais plus haut, ce n’est pas l’étendue de la lésion qui est à elle seule cause de l’oligurie ou de l’anurie brightique. Si l’oligurie marchait parallèlement avec l’envahissement des lésions rénales, on n’aurait pas, ainsi qu’on l’observe quelquefois, des périodes d’oiigurie, alternant avec des périodes où la sécrétion urinaire est normale ou supérieure à la normale. Il faut donc admettre que la sécrétion urinaire, chez le brightique, est .sous la dépendance non seulement des lésions du rein, de l’encombrement des tubuli, mais encore d’une intoxication qui, par moments, modifie ou anéantit les fonctions des reins. Voilà pourquoi l’anurie brightique est tellement difficile à combattre, par la saignée, par les boissons, ou par les moyens diurétiques. Et c’est parce que j’ai fréquemment échoué en donnant aux brightiques anuriques ou oliguriques tous les diurétiques connus, la digitale, la caféine, la théobromine, que j’ai voulu essayer un diurétique d’un autre genre, celui qui, au premier abord, paraît être le diurétique par excellence, le suc de la substance corticale du rein.
C est dans ce but que j’ai fait préparer par mon interne, Bénon, le liquide suivant, auquel j’ai donné le nom de néphrine ; un rein de bœuf, pris sur un animal qu’on vient de sacrifier, est reçu dans un vase stérilisé; la la substance corticale seule en est détachée avec toutes les précautions antiseptiques; elle donne environ un I poids de 200 grammes. Cette substance corticale est tri- ! tarée, hachée dans un mortier, additionnée de 300 gram- ! mes de glycérine neutre et de 200 grammes d’eau stéri- I bsée, contenant 5 pour 1000 de sel marin. Le tout macère I pendant cinq heures dans un vase entouré de glace. La
Filtration de toute la masse, sur un filtre de
I Chardin.
papier
MALADIES DE L’APPAREIL URINAIRE
2“ Filtration de la partie liquide ainsi obtenue, sur une bougie Chamberland (stérilisée à l’autoclave à 115°). Cette filtration est due à l’air comprimé, à une pression variable. C’est le cas d’employer l’ingénieux appareil de M. d’Arsonval.
On recueille ainsi 50 à 55 grammes d’un liquide jaunâtre, transparent, visqueux, absolument stérile, et l’on pratique tous les jours, huit, dix, douze injections souscutanées, chaque seringue contenant 50 centigrammes de néphrine et 50 centigrammes d’eau stérilisée.
Nous sommes tellement désarmés dans les cas d’oligurie et d'anurie que j’ai cru devoir essayer ce moyen nouveau, avec l’espoir qu’il pourrait peut-être n’être pas tout à fait inutile. Il n’est pas possible de porter un jugement d’après un seul cas; mais si l’on veut bien lire les relations de l’observation que j’ai publiée à ce sujet, on y verra que la sécrétion urinaire, complètement interrompue pendant cinq jours, a reparu après des injections de néphrine. En même temps que la sécrétion urinaire reparaissait, une amélioration assez notable survenait dans l’état du malade; il sortait de son état de torpeur, il buvait volontiers son lait et sa boisson de lactose, les sueurs d’urée diminuaient. J’ai constaté très nettement qu’après chaque injection de néphrine, surtout après les premières, l’ensemble des symptômes était heureusement niodifié. Sans vouloir tirer aucune autre conclusion de ce fait, il est permis de croire que les injections sous-cutanées de néphrine pourront entrer dans la thérapeutique à titre de diurétique et rendre quelques services dans les cas d’anurie et en particulier dans l’anurie et l’oligurie brightique*.
Depuis lors, la néphrine a été souvent employée : Gonin rapporte le cas suivant : Une femme de 49 ans, brightique depuis quelque temps, est prise d’accidents urémiques les plus graves : dyspnée, vomissements absolument
1. Dieulafoy. Soc. méd. des hôpitaux, séance du octobre 1892.
MALADIES DES REINS
incoercibles, oligurie, albuminurie abondante. Cet état ayant résisté aux émissions sanguines et autres moyens, on pratique fous les jours une injection de néphrine. L’urine atteint graduellement 800 grammes, 1600 gr., 2 200 gr., 2600 gr.,et les vomissements disparaissent. La médication étant abandonnée, les mêmes accidents avec oligurie reparaissent et cèdent de nouveau à la médication L
Schiperovitsch (de Saint-Pélersbourg)*a donné l’extrait de rein ou de rein frais, à 55 malades atteints de différentes variétés de néphrite avec ou sans urémie. Les malades n’étaient soumis à aucune médication et ils prenaient une alimentation carnée. Voici quelques-unes des conclusions données par l’auteur. Dans 40 pour 100 des cas, l’albumine a disparu des urines; cette médication amenait une amélioration très marquée de l’état général et la suppression des phénomènes urémiques ; la suspension de la médication amenait un retour offensif des accidents après un temps variable pour chaque cas; les reins d’animaux possèdent donc des propriétés diurétiques certaines.
Les injections sous-cutanées de sérum artificiel (8 gr. de chlorure de sodium pour un litre d’eau stérilisée) sont un hon moyen adjuvant au cas d’anurie hrightique.
Le lavage du sang a été préconisé, je n’en ai pas encore fait usage.
Telles sont les différentes médications à opposer aux manifestations multiples de l’urémie.
11 faut éviter de donner aux urémiques des purgatifs violents, car le purgatif spolie l’économie d’une quantité de liquide qui eût été nécessaire à la fabrication de l’urine.
11 faut être sobre de certains médicaments, éviter les vésicatoires, qui agissent sur le rein, donner un peu