La Médecine moderne, 18 avril
MALADIES DE L’APPAREIL URINAIRE
d’opiacés, réserver les injections de morphine pour la dyspnée, et ne pas oublier que les médicaments donnés à doses trop élevées et incomplètement éliminés par le rein malade peuvent provoquer des symptômes d’intoxication (Bouchard, Chauvet ‘). Cette crainte cependant ne doit pas être exagérée, et au cas de néphrite syphilitique, il ne faut pas hésiter à prescrire le mercure et l’iodure de potassium, en surveillant, bien entendu, l’action des médicaments.
Les hrightiques, vu l’insuffisance de leur dépurai ioîT urinaire, doivent se méfier de certains aliments pai’fois riches en toxines : gibier, certains poissons, moules, crustacés, etc. J’ai été témoin, avec Potain et Boncour, , d’accidents [mortels survenus chez un brightique in- y toxiqué par des royans altérés*.
§ 5. REIN AMYLOÏDE.
Anatomie pathologique. — Sous la dénomination de dégénérescence amyloïde, on désigne le dépôt dans certains organes (rein, rate, foie, muqueuse intestinale) d’une substance transparente, homogène, qui, par sa réaction chimique, se rapproche des substances amylacées, mais qui, par la présence de l’azote, se rapproche également des substances albuminoïdes. La substance amyloïde est facile à déceler dans le rein comme dans les autres organes au moyen de certains réactifs. On fait une coupe du rein, on en lave la surface, puis on badigeonne cette surface avec une solution aqueuse d’iode et d’iodure de potassium; toutes les parties saines pren-
1. Chauvet. Du danger des médicam. dans les Usions rénales. Th. de Paris, 1877.
2. Dieulafoy. Brightisme et toxémie alimentaire. La ptesse médicale, 1896, p. 205.
MALADIES DES REINS
nent une teinte jaune pâle, tandis que les parties atteintes par l’amyloïde deviennen,t d’un rouge brun acajou et se dessinent sous forme de stries (artérioles) et sous forme de points (glomérules).
Plusieurs auteurs font rentrer le rein amyloïde dans la description du mal de Bright, et en elfet, dans bien des cas, l’amyloïde du rein s’associe aux lésions parenchymateuses ou interstitielles de cet organe. MM. Cornil et Ranvier disent même que les néphrites diffuses subaiguës à gros rein sont toujours combinées avec les lésions amyloïdes des vaisseaux et des parois propres des tubuli, la néphrite parenchymateuse précédant la dégénérescence amyloïde. Ces formes mixtes, bâtardes, rentrent dans la description des néphrites briglitiques. Mais il y a des cas (Cohnheim, Weigert, Straus‘) où l’amyloïde du rein a été nettement isolé, il mérite alors une description spéciale.
Habituellement le rein amyloïde est gros, ou de volume normal ; sa surface est lisse, blanchâtre, jaunâtre ; à la coupe, il est cireux, lardacé, et sa capsule se détache facilement; rarement il est atrophié*, l’atrophie tient alors à une atrophie rénale, antérieure à l’amyloïde.
L’examen au microscope est rendu facile par la réaction au violet de Paris qui colore en rouge violet la substance amyloïde et en bleu pâle le tissu normal. La dégénérescence amyloïde atteint, par ordre de fréquence, tes glomérules, les vaisseaux droits et les capillaires intertubulaires; la membrane propre des canalicules n’est envahie que dans les cas très avancés. Aussi l’amyloïde peut-il évoluer pendant longtemps sans que la fonction rénale en soit atteinte. Quand les régions parenchymateuses accompagnent l’amyloïde, on trouve toutes les lésions décrites précédemment au sujet des néphrites.
Avec l’amyloïde des reins on constate habituellement