Trocart. Journal de médecine de Bordeaux
MALADIES DES REINS
deux reins. On a invoqué comme cause les grossesses répétées, l’abus du corset, le relâchement des parois abdominales, les contusions, les efforts violents, la résorption de la couche cellulo-graisseuse qui entoure le rein. Éludions de près cette pathogénie :
L’influence du sexe est incontestable; car en additionnant les différentes statistiques, on trouve que sur 100 cas d’ectopie rénale, 86 cas environ conservent le sexe féminin. Le rein droit est quatre fois plus souvent déplacé que le rein gauche. Quant à la grossesse, son influence a été singulièrement exagérée, car sur les 94 cas qu’ composent la statistique de Küttner, les reins étaient dé placés 40 fois chez des femmes n’ayant jamais eu d enfants*. Glénard, faisant rentrer la néphroptose dans la théorie plus générale de l’entéroptose, suppose que le rein mobile est un syndrome digestif. Potain pense que la mobilité du rein est consécutive à des phénomènes inflammatoires; il admet des déplacements du rein par glissement qui sont les plus communs, souvent associés à la colite muco-membraneuse, et des déplacements par antéversion souvent associés à la lithiase biliaire*.
^ Anatomie pathologique. — Comme on ne meurt pas d ectopie rénale, l’anatomie pathologique doit être surtout laite, grâce aux operations que nécessite parfois cette affection. D abord, sur un millier d’autopsies faites au cas de maladies les plus diverses, on trouve à peine le rein déplacé une fois sur mille (Schultze). Quand le rein est très déplacé, il peut occuper toutes les régions de la cavité abdominale, fosse iliaque, épigastre, hypochondre, mais jamais la capsule surrénale n’accompagne e rein dans ses déplacements. Le rein peut être immobilise dans son déplacement par des adhérences. Quand le rem déplacé est altéré, ces altérations (rein kystique.
ruV ‘'.ffrérenles statistiques sont discutées dans l'article tréc 'locumente de Itruhl, GazetU des hôpitaux, C février 189^ lolain. Congrès de Limoges, 1890.
MALADIES DE L'APPAREIL URINAIRE
rein cancéreux, rein scléro-graisseux) ne sont nullement la conséquence de ses déplacements; le rein mobile est sain, la chirurgie de ces dernières années l’a démontré.
Description. — Dans bien des cas, on peut avoir un rein déplacé sans même s’en douter; c’est la forme latente. Tel individu se plaint de troubles dyspeptiques, d’éructations, de tympanisme abdominal ; on l’examine, on constate une dilatation de l’estomac, du côlon, et on découvre, en plus, un rein déplacé et mobile. Tel autre individu est nerveux, neurasthésique, se plaint de vertiges, de bouffées de chaleur, de mau.x de tête, d’inappétence, d’anorexie, d’affaiblissement, d’amaigrissement; on l’examine et on constate que ce neurasthésique a un rein déplacé. Enfin voici un autre sujet, qui s’est découvert, lui-même, une tumeur dans le ventre, il n’en éprouve ni gène, ni douleur; il vient vous en faire part, on l’examine et on constate un rein flottant. Dans ces différents cas le rein déplacé était associe à divers états morbides sans provoquer ses propres symptômes.
Le rein flottant détermine deux symptômes principaux : la douleur et une tumeur abdominale avec troubles généraux plus ou moins accusés. L’ectopie rénale se signale quelquefois par un début brusque et violent ; à la suite de fatigues ou d’efforts, ou même sans cause appréciable, le sujet est pris de douleurs très vives dans l’abdomen; il vient vous trouver et il vous dit : « Il me semble que quelque chose s’est décroché dans le ventre ». On peut remettre le rein en place et le malade c^uérit. Cette luxation hrusqne du rein, parfois accompagnée de tendances à la syncope, peut avoir une origine traumatique.
Dans d’autres cas les symptômes n’ont pas cette brusquerie et surviennent progressivement. La douleur, limitée à l’hypochondre ou à la région lombaire du côte affecté, est souvent accompagnée de tiraillements et de pesanteur. La douleur est sourde, ou pulsatile comme un abcès, rappelée par la marche, par l’équitation, par
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les exercices et calmée par la position horizontale. Parfois, surviennent des paroxysmes aigus très pénibles, généralement provoqués par des efforts, par la menstruation, et accompagnés de frissons, de vomissements, de lipothymies (Lancereaux). Le simple repos au lit met fui habituellement à ces crises douloureuses.
Chez quelques personnes, les douleurs, par leur caractère, prennent les allures d’une colique hépatique ou d’une colique néphrétique avec irradiations à l’uretère, à la vessie, aux lombes, aux cuisses.
Les troubles digestifs, anorexie, gastralgie, ectasie gastro-intestinale, pyrosis, éructation, nausées, vomissements sont fréquents chez les malades atteints d’eclopie rénale. J’en dirai autant des symptômes nerveux, neurasthéniques, hystériques, hypochondriaques.
Le rein déplacé, forme une tumeur qu’on sent profondément située sous le rebord costal et vers les parties latérales de l’abdomen. Cette tumeur donne au toucher la forme du rein, elle est douloureuses à la pression, et généralement assez mobile pour qu’on puisse la déplacer dans tous les sens, la ramener dans sa loge et provoquer le ballottement rénal (Guyon). Toutefois il est des cas où le rein est immobilisé par des adhérences. Le rein lloLtant ne modifie en rien la composition des urines.
Étranglement rénal. — Je viens de décrire les symptômes habituels du rein déplacé, mais ce n’est pas tout, il faut maintenaut nous occuper de ces épisodes aigus, soudain, qui éclatent parfois de la façon suivante : Un individu, ayant un rein déplacé, est pris sans cause appréciable, et tout d’un coup, de symptômes qui rappellent la péritonite aiguë; douleurs vives dans le ventre, irradiations douloureuses, nausées, vomissements, petitesse du pouls, sueurs froides, tympanisme abdominal, faciès grippé, état syncopal, rien n’y manque, c’est bien là le tableau d’une péritonite aiguë par perforation. On pense alors, au premier abord, à la perforation d’un ulcère de l’estomac ou du duodénum, à une péritonite appendicu-
laire; mais un examen pius approfondi permet de découvrir, dans le ventre, une tumeur mobile, réductible, très douloureuse, qui est le rein déplacé, tumeur d'autant i plus volumineuse, que ce rein est momentanément atteint j d’hydronéphrose : car ces accidents-là sont des accidents d’étranglement rénal. La crise douloureuse peut per- j sister plusieurs heures, ou plusieurs jours, avec des I paroxysmes et des moments d’accalmie, puis tout rentre dans l’ordre, si l’on a eu soin surtout de recommander au malade l’immobilité dans la position horizontale. La crise cesse brusquement, elle est jugée par l’émission d’urines abondantes, et par la disparition de la tumeur liquide abdominale. Bien que la démonstration d’étran- , glement rénal créée par ûietl ne soit pas absolument . conforme à la vérité, elle rend bien compte de b‘ pathogénie de ces accidents qui sont dus à une torsion ou à ; une coudure de l’uretère avec Injdronéphrose intermit- . tenle^ et stase veineuse par arrêt momentané de la cir culation dans la veine rénale. Ces épisodes, extrêmement : douloureux, peuvent se reproduire fréquemment il ' étaient bien connus de Trousseau, qui en donne au début , de sa merveilleuse leçon sur les reins mobiles une des- . cription à laquelle il n’y a rien à ajouter*.
Le diagnostic de l’ectopie rénale, facile dans quelques cas, présente parfois de réelles difficultés. Bien des ;i tumeurs abdominales, rénales, mésentériques, hépa-* tiques, ovariques, peuvent simuler le rein déplacé. Le^ diagnostic de Vétrnnglement rénal est simplifié par laf connaissance du rein déplacé; il faut toujours y penser' quand il s’agit de ces pseudo-péritonites qui simulentV l’étranglement interne et les perlorations gastro-intes-.
tinales. ) i
Le pronostic de l’ectopie rénale n’est pas grave, néan-| j moins sa durée indéterminée, son retentissement làcheux|
1. Terrier et Baudouin. Revue de chirurgie, seplembre et oclo-^
bre 1891. . r
2. Trousseau. Clinique médicale de l'Ilùtel-Dieu, t. III, pi 7oO- r
sur l’organisme et les complications qu’elle peut entraîner méritent d’être pris en sérieuse considération.
Le traitement a surtout pour but de maintenir le rein, au moyen de bandages appropriés. La fixation du rein donne de bons résultats (néphrorraphie).
Cette opération consiste à provoquer des adhérences entre le rein et la paroi lombaire.
Voici la statistique rapportée par Tuffier* :
! Guérison absolue 86
Amélioration persistante "ib
Résultats satisfaisants 21
Amélioration temporaire .... 8
Insuccès 20
§ 19. HYDRONÉPHROSE.
La dilatation des calices et du bassinet consécutive à . l’accumulation de l’urine a reçu le nom d’hydronéphrose (Rayer), et si l’obstacle qui s’oppose à l’écoulement de l’urine siège très bas dans les voies urinaires, Vuretère prend part à la dilatation. Chez le fœtus, l’hydronéphrose est habituellement double et devient un obstacle à l’accouchement, elle doit être rapportée à une malformation congénitale. Chez l’adulte, les causes de l’hydronéphrose sont multiples : compression de l’uretère par une tumeur de la vessie, de l’utérus, de l’ovaire.
Le cancer de l’utérus, en se propageant au trigone vésical ou aux uretères, provoque une obstruction plus ou moins complète de ces conduits, obstruction' parfois intermittente ainsi que l’anurie qui en résulte ; l’hydronéphrose en est quelquefois la conséquence. L’oblitération de l’uretère consécutive à la migration d’un gravier