MALADIE BRONZÉE O’ADDISON
C’est Trousseau qui, dans une de ses admirables leçons cliniques, a donné le nom de « maladie d’Addison » à la maladie qui va faire l’objet de ce chapitre. « C’est, dit Trousseau, pour obéir à un sentiment d’équité, que je vous propose d’imposer à la maladie, dont un de nos malades nous offre un remarquable exemple, le nom du médecin anglais qui l’a découverte. Ce médecin est le docteur Addison, le collaborateur de Bright, le doyen des professeurs du Gmj’s hospital à Londres, et depuis longtemps connu parmi nous par les travaux dont il a enrichi la science. Je propose donc d’appeler maladie d’Addison cette singulière cachexie, spécialement caractérisée par la teinte bronzée que prennent les téguments et qui a valu cà la maladie la dénomination de bronzed discase, sous laquelle le docteur Addison l’a désignée en IS55i ».
Description. — - La maladie bronzée d’Addison est caractérisée, quand elle est au complet, par un asthénie profonde et particulière, par une coloration bronzée des téguments, par des symptômes douloureux et par des troubles pstro-inteslinaux.
Asthénie addisonienne. — L’asthénie qui débute avec la maladie, et qui en est habituellement le premier symptôme, a vraiment une physionomie spéciale. Elle est caractérisée par une extrême lassitude, par une fatigue
1. Trousseau. Clinique médical de V llûlel-üieu, loine lit, page 5i2.
MALADIES DE L’APPAREIL URINAIRE
musculaire qui rend impossible tout effort et tout travail, et cette asthénie, à ses débuts, présente ce caractère particulier « de n’ètre accompagnée, quand la mala- ■ die est primitive et isolée, ni d’amaigrissement, ni d’albuminurie, ni d’hémorrbagies, ni de leucocytose, ni ■ même de diarrhée habituelle » (Jaccoud) *. Cette asthénie j diffère donc singulièrement des asthénies cachectiques. j
Un de mes malades me répétait à chaque instant : « Je suis brisé; mes forces m’abandonnent; je suis incapable du moindre effort. » Il est certain que l’addisonien a j conscience de l’épuisement de ses forces musculaires; | bien entendu, il ne peut plus être question, pour lui, j d’exercice ou d’équitation, il ne peut marcher, il ne peut faire quelques pas sans être exténué; à une période plus avancée de sa maladie, le mouvement lui fait horreur; j parler le fatigue, manger le fatigue; il se couche pour : n’avoir pas de mouvements à faire; c’est à peine s’il au- i rait la force de rester debout sur ses jambes; ce n’est ^ pas qu’il soit paralysé, car il n’y a point de paralysie ; I mais son système musculaire devient incapable d’un | effort, même léger, tant soit peu soutenu. On peut s’en convaincre au moyen du dynamomètre; à supposer que, dans un premier effort, le malade puisse donner 20 kilos au dynamomètre, à un deuxième ou à un troisième effort, il ne pourra plus donner que 1 0 kilos ou 5 kilos, à un quatrième ou à un cinquième effort il ne donnera presque plus rien; sa force musculaire est déjà épuisée*. Un de mes malades, dans un effort de traction, donnait facilement une force de 40 kilogrammes; mais au cinquième ou sixième effort, il ne donnait plus que 10 et 5 kilogrammes. Ce ; rapide épuisement musculaire a été enregistré dans les plus minutieux détails au moyen de l’ergographe de Mosso \ •
1. Jaccoud. Notes à la Clinique de Graves, Art. Maladie brokiéb, • bict. de méd. et de chir., t. V, et Pathol, interne, l. 111, p. 927. i
i>. Marie, dans la thèse d'Epclbauin, Paris, 1895.
3. Abelous, Langlois et Charrin, Bulletin de la Société de biologie. 1892, p. 623.
MALADIES DES REINS
Plusieurs de ces tracés sont consignés dans la thèse de Dupaigne; ils enregistrent non seulement « le travail qui a produit la fatigue, mais aussi la rapidité et la forme de cette fatigue ‘ ».
Cette asthénie musculaire addisonienne est due à la suppression de la fonction des capsules surrénales. Les animaux à qui on enlève complètement les capsules surrénales s’intoxiquent, eux aussi, parleur travail mécanique, leurs muscles sont de moins en moins capables d’efforts, mais il suffit de leur injecter du suc de capsule surrénale, pour détruire en partie les toxines musculaires et pour supprimer momentanément l’épuisement musculaire (Langlois).
Boudeurs. — Les douleurs addisoniennes siègent à l’épigastre, aux lombes, à la région des reins, à l’hypochondre, aux membres, aux muscles, aux jointures. Elles acquièrent parfois une vive intensité; elles sont lancinantes et irradient jusque dans les aines en suivant les petits rameaux du plexus ovarique ou spermatique-; elles sont gastralgiques et simulent les crises gastriques du tabes avec ou sans vomissements 5; elles se fixent à la région des reins et simulent le lumbago; elles déter minent une hyperesthésie de tout le ventre et donnen l’idée d’une péritonite (Wurtz); elles envahissent lc£ muscles et les jointures à la façon d’un rhumatisme. Cej douleurs apparaissent généralement après le début de 1 asthénie, parfois cependant elles peuvent être le premiei symptôme de la maladie d’Addison.
Troubles (jaslro-intestinaux. — L’anorexie, les vomissements, la diarrhée, surviennent soit au début soit dans le cours de maladie d’Addison. Les vomissements sont pituiteux, simulant la pituite matutinale alcoolique, ou alimentaires; ils sont parfois incoercibles, accompagnés de
chez les addisoniens, thèse de