‹ Manuel de pathologie interne (volume 3)Chapitre 74 sur 295 · Leçon du 29 février · texte numérisé non relu

Leçon du 29 février

MALADIES DES REINS

épigastrique, aux hypochondres, aux mollets. La diarrhée a été continuelle pendant plusieurs jours, jusqu’à douze et quatorze selles par jour. Le malade est fort amaigri. En le regardant, on est aussitôt frappé de la coloration bistrée du visage, du cou, des avant-bras et de la face dorsale des mains. Sur les membres inférieurs existent des taches pigmentaires. On retrouve également des taches bronzées sur la muqueuse buccale, sur le voile du palais et en arrière de la commissure labiale. Le malade nous dit lui-même que depuis quelques mois sa figure << a pris la coloration du pain d’épice » ; ses camarades le plaisantaient en lui disant qu’il se lavait sans doute avec de la' réglisse.

Il s’agissait donc U une maladie d’Addison ; restait à connaître la nature de la lésion des capsules surrénales. Comme la fosse sous-épineuse gauche présentait quelques signes de tuberculose commençante, il était évident que cet homme avait ses capsules surrénales envahies par la tuberculose. Je fais pratiquer tous les deux jours une injection de 1 centimètre cube d'extrait glycériné surrénal préparé par mon ancien interne Caussade. Rapidement les symptômes s’amendent, les vomissements, les douleurs, la diarrhée disparaissent, l’appétit est excellent et l’asthénie musculaire disparaît à ce point, que le malade, qui les premiers jours de son séjour à l’hôpital ne pouvait quitter son lit, aide maintenant le personnel de la salle et cire le parquet. Il demande à quitter l’hôpital. 11^ revient trois mois après dans un état de faiblesse et d’asthénie musculaire encore plus accusé que la première fois; en le voyant passer étendu sur son brancard, il donne l’idée d’un typhique à la dernière période; vomissements, diarrhée, douleurs, tous les symptômes ont reparu, la teinte bronzée s’est accrue et l’amaigrissement est tel, que le malade ne pèse plus que 50 kilos. Les signes de tuberculose pulmonaire ne se sont pas modifiés, des bacilles existent dans les crachats. Je prescris alors de nouveau les injections de suc de capsules surrénales et

MALADIES DE L’APPAREIL URINAIRE

devant des menaces de lymphangite, je remplace les injections par des capsules d’extrait surrénal, préparées par Berlioz, chaque capsule contenant 10 centigrammes de glande surrénale desséchée. On donne quatre capsules par jour. L’amélioration est plus rapide encore que la première lois; tous les symptômes cessent en peu de jours, le malade engraisse à vue d’œil, il augmente de huit kilos en un mois.

11 sort de nouveau de l’hôpital et reprend son travail, mais il est obligé de revenir le 5 décembre, éprouvant les mêmes symptômes, la même faiblesse, ayant de nouveau maigri et ne pesant plus que 55 kilos. Pour la troisième Ibis le traitement, auquel on associe de grandes doses d’huile de foie de morue, fait disparaître tous les symptômes (moins la mélanodermie), et le malade, deux mois et demi plus tard, ayant repris ses forces, pesait G1 kilos; les lésions pulmonaires s’étaient elles-mêmes amendées, l’expectoration était presque nulle et ne contenait plus de bacilles.

Certes, il ne faut pas s empresser de porter sur ce traitement une opiniqn trop favorable; il faut tenir compte des conditions hygiéniques et du repos absolu, (|ui sont dans la thérapeutique addisonienne un si précieux auxiliaire; mais il me paraît indéniable que l’ingestion d’extrait surrénal, est dans certaines formes d’intoxications addisoniennes, un moyen auquel il faut avoir recours. Je ne conseille pas de faire usage des injections sous-cutanées, car les extraits glycérinés, même aseptiques, ont d’après Caussade une action nécrosante sur les tissus. Je recommande soit la pulpe fraîche de capsules surrénales, soit les capsules d’extrait desséché. Les capsules surrénales des jeunes veaux sont les meilleures (Pettit) ; elles sont préférables, pour plusieurs raisons, aux capsules surrénales des autres animaux. •

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