Falot. Montpellier midi., 18SG
§ 5. NÉVRALGIE INTERCOSTALE. — ZONA.
Les douze paires dorsales des nerfs rachidiens fournissent des branches postérieures et des branches antérieures. Les branches postérieures perforent les muscles de la gouttière costo-vertébrale, et s’épanouissent dans la peau sous le nom de nerfs perforants postérieurs. Les branches antérieures des nerfs dorsaux sont les nerfs intercostaux. Chaque nerf intercostal se place dans la gouttière de la côte, s’engage dans l’épaisseur des muscles, et, arrivé vers le milieu de son trajet, il émet un rameau qui est le nerf perforant latéral. Le perforant latéral des deux premiers nerfs intercostaux est destiné à la peau du bras, les autres vont à la peau du thorax et de l’abdomen. Après la naissance du perforant latéral, le nerf intercostal continue son trajet, devient superficiel, et se termine en émergeant un peu en dehors du sternum et du muscle grand droit de l’abdomen ; c’est la branche perforante antérieure.
Description. — La névralgie intercostale est plus fréquente du côté gauche, et plus commune chez la femme. La chloro-anémie, l’hystérie, en sont les causes les plus vulgaires ; comme causes locales, je citerai la tuberculose pulmonaire, la carie, la nécrose des côtes et des vertèbres, l’anévrysme de l’aorte. Le point de côté qui accompagne la pneumonie et la pleurésie a été diversement interprété, on l’attribue généralement à une névrite ou à une névralgie intercostale.
La névralgie frappe habituellement plusieurs nerfs intercostaux à la fois, et les accès ne sont pas aussi nettement accusés que ceux de la névralgie faciale. La douleur, plus ou moins continue, est exaspérée par la pression, par le contact des vêtements, par les fortes inspirations. Les points douloureux les plus constants sont
Je point apophysaire (Trousseau) et le point perforant anteneur. L'hyperesthésie est constante: en frôlant légèrement la peau, il est facile d’en provoquer l’hyperesthésie et de délimiter ainsi le territoire de la névralgie qui s arrête juste à la ligne médiane.
Les douleurs de la névralgie intercostale sont pour les malades un sujet fréquent de méprise et de crainte. Les uns attribuent leurs douleurs thoraciques à une affection de poitrine; les autres redoutent une lésion du cœur, parce que les douleurs précordiales sont ravivées par des battements de cœur que la chloro-anémie transforme parfois en palpitations; un tel prend pour une gastralgie ce qui n’est que de l’épigastralgie (pression du corset) , un autre parle de maladie de foie alors que les téguments de l’hypochondre sont seuls intéressés par la névralgie.
Le traitement doit s’adresser à l’état général du sujet et à l’état local ; les toniques, le fer, le quinquina, l’hydrothérapie, remplissent la première indication ; on agira localement avec des injections d’eau pure, avec des injections morphinées; on appliquera sur le point douloureux une ou deux sangsues, des ventouses scarifiées, un vésicatoire de petite dimension.
Zona. — Aux troubles trophiques de la névralgie intercostale se rattache la question du zona. On donne le nom de zona (herpès zoster) à des groupes de vésicules d’herpès qui se développent sur le trajet d’un ou de plusieurs nerls intercostaux, et lorment ainsi une demi-ceinture autour du tronc (çûvïi, ceinture). Ce mot de zona, primitivement réservé aux éruptions d’herpès de la névralgie intercostale, a fini par être appliqué aux éruptions analogues de toutes les autres névralgies ; il y a le zona ophlhalmique (névralgie du trijumeau), le zona cervical, brachial, sciatique, lombo-abdominal, plantaire, le zona qui accompagne les douleurs fulgurantes de l’ataxie, etc. Tout zona est habituellement composé de deux éléments: la douleur et Y éruption. Les foyers d’éruption, de dimension variable, sont parfois limités à un ou deux petits
groupes, parfois au contraire ils envahissent de grandes surfaces et suivent à peu près le trajet des foyers de douleur. Toutefois l’éruption, avec tous ses caractères, peut exister sans qu’il y ait nécessairement douleur.
La description du zona (à la forme près de l’éruption) s’adresse à toutes les localisations de la maladie, mais je m’occupe surtout ici du zona intercostal, qui est le plus fréquent.
La douleur névralgique précède l’éruption et persiste souvent après que l’éruption a disparu. L’éruption1 apparaît d’abord sous forme de plaques érythémateuses, séparées par des intervalles de peau saine. Sur ces plaques naissent des vésicules d’herpès perlées et transparentes. En trois ou quatre jours le développement des vésicules est complet, et la plaque érythémateuse dépasse de 1 à 2 centimètres le groupe vésiculeux. Après cinq ou six jours, le liquide des vésicules se trouble, la vésicule se flétrit, elle se recouvre d’une croûte foncée, et vers le douzième jour l’éruption est terminée. Les vésicules confluentes peuvent se confondre et former des bulles.
L’intensité de l’éruption n’est pas en rapport avec la violence des douleurs, car l’élément douleur peut manquer ; de plus, l’éruption ne suit pas toujours le trajet anatomique d’une branche nerveuse ; ainsi, au thorax, la demi-ceinture formée par l’éruption est presque perpendiculaire à l’axe du corps, tandis que la côte et le nerf intercostal obliquent fortement de haut en bas. La même remarque s’applique aux autres variétés du zona.
Souvent le zona laisse après lui des névralgies fort douloureuses qui peuvent durer des mois et des années. L’âge du sujet donne au zona des allures un peu spéciales ; ainsi, chez les enfants du premier âge, chez les enfants à la mamelle, le zona est habituellement très bénin et indolent; au contraire, chez les gens âgés, la douleur revêt une intensité et une ténacité particulières. Dans