David. Les microbes de la bouche. Paris
MALADIES DE LA BOUCHE
§2. STOMATITE MERCURIELLE.
Étiologie. — Quel que soit le mode d’introduction du mercure dans l’organisme, que ce soit par la peau (frictions), par l’appareil respiratoire (vapeurs mercurielles), par les muqueuses (cautérisation au nitrate acide de mercure), par les voies digestives (calomel, proto-iodure, mercure métallique), une fois absorbé, le mercure est en partie éliminé par les glandes salivaires et son action sur la muqueuse buccale provoque l’inflammation à laquelle on a donné le nom de stomatite mercurielle.
Certains ouvriers sont plus spécialement exposés aux accidents hydrargyriques ; ce sont les doreurs et les ajusteurs au feu, les étameurs de glace, les mineurs qui vivent au milieu de vapeurs métalliques, les chapeliers qui manient le nitrate acide de mercure. Les préparations mercurielles employées contre la syphilis, les frictions à l’onguent napolitain, les injections sous-cutanées, les fumigations, le calomel à doses fractionnées, le protoiodure d’hydrargyre, peuvent provoquer la stomatite avec une intensité qui varie suivant la susceptibilité de chaque individu; ainsi tel malade supporte sans inconvénient des frictions mercurielles répétées, tandis que tel autre est pris de stomatite pour une seule friction faite avec quelques grammes d’onguent napolitain.
Description. — La stomatite mercurielle est aiguë ou chronique. L’inflammation débute presque toujours derrière la dernière dent molaire et du côté où dort le malade (Ricord). Il est à remarquer que les symptômes sont plus accusés à la mâchoire inférieure et au niveau des dents cariées.
Dès le début de la stomatite le malade se plaint d’un goût métallique, d’une sensation d’agacement, de chaleur et de douleur à l’angle des mâchoires. L’halcine est mau-
vaise et devient rapidement fétide, la mastication est douloureuse, les gencives sont molles, gonflées, excoriées, facilement saignantes {gingivite)-, la bouche, d’abord sèche, est bientôt envahie par une abondante salivation.
Bornée aux symptômes que je viens d’énumérer, la stomatite mercurielle est une affection bénigne qui cède à quelques jours de traitement; mais il est des formes graves et même terribles qui n’étaient pas rares à une époque où 1 on croyait utile de provoquer et d’entretenir la salivation dans le traitement de la syphilis1, pratique toit heureusement délaissée aujourd’hui. Dans ces formes graves, 1 inflammation gagne le périoste alvéolo-denlaiie, les dents sont déchaussées, ébranlées, la face interne des joues se tuméfie et porte l’empreinte des dents, la langue acquiert un volume considérable ( glossite ).’ Toutes les parties envahies par l’inflammation sont rougeâtres et présentent des ulcérations qui se recouvrent d’un enduit grisâtre pultacé. La salivation est continuelle ; la salive s’écoule nuit et jour hors de la bouche, et en telle abondance que le malade en rend jusqu’à trois et quatre litres en vingt-quatre heures ( salivation mercurielle). Cette salive contient du mercure en petite quantité, elle blanchit l’or. Au milieu de ces symptômes, la déglutition devient fort difficile, l’haleine est horriblement fétide, la fièvre est ardente, la diarrhée survient et le malade tombe dans une anémie profonde.
Il y a des formes encore plus terribles, où l’œdème inflammatoire s’étend rapidement au pharynx, aux régions sus-laryngées, et gagne extérieurement la région sousmaxillaire. Cet empâtement généralisé et le volume énorme que prend la langue rendent la déglutition impossible et deviennent une menace d’asphyxie. La salivafion, la fièvre, l’insomnie épuisent le malade et amènent parfois une terminaison fatale.
Quand la stomatite mercurielle passe à l’élat chronique.
i. Hallopeau. Du mercure, etc. Th. d’agreg., Paris, 1S78.
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les symptômes de la phase aiguë disparaissent; mais le gonflement de la muqueuse et les ulcérations persistent, les dents tombent graduellement et les os maxillaires peuvent se nécroser. Dans quelques cas la stomatite mercurielle est chronique d’emblée, les symptômes aigus font totalement défaut, le ptyalisme est insignifiant, les ulcérations gingivales sont peu accusées, mais le périoste alvéolo-dentaire est attaqué et les dents déchaussées et ébranlées finissent par tomber. Cette forme exceptionnelle a été observée chez les mineurs d’Almaden (Roussel).
Traitement. — Le traitement de la stomatite mercurielle peut se résumer en quelques mots : combattre l’inflammation au moyen de topiques émollients; donner tous les jours 6 ou 8 grammes de chlorate de potasse dans une potion de 150 grammes, et s’il existe des ulcérations, les toucher au nitrate d’argent, à la teinture d’iode, au perchlorure de fer, ou à l’acide chlorhydrique. Le chlorate de potasse a ce grand avantage, qu’étant en partie éliminé par les glandes salivaires, il constitue une sorte de collutoire permanent dont l’action est incessante : on peut même le donner comme moyen préservatif dès le début d’un traitement mercuriel. Dans les cas graves où la nutrition est entravée par une déglutition difficile, on introduit des aliments liquides avec la sonde œsophagienne. L’iodure dé potassium, qui parait faciliter l’élimination du mercure, a été conseillé par quelques auteurs.
§ 3. STOMATITE ULCÉRO-MEMBRANEUSE.
Historique. — La maladie qu’on décrit aujourd’hui sous le nom d e stomatite ulcéro-membraneuse a longtemps' été confondue avec d’autres affections de la bouche
sous les dénominations confuses de slomacace (axôpa, bouche, xaxoç mauvais), chancre aquatique, scorbut buccal, stomatite couenneuse, etc. En 1818, lorsque la légion de Vendée vint tenir garnison à Tours, Bretonneau, tout entier à ses travaux sur la diphthérie, décrivit, sous le nom de diphthérie buccale, des ulcérations membraneuses de la bouche que présentaient plusieurs soldats de la légion, et il s y crut d autant plus autorisé, que certains malades étaient pris en même temps de diphthérie du pharynx et du larynx1. La doctrine de Bretonneau fut combattue. En 1853, Ritliet et Barthez rejetèrent l’idée de diphthérie buccale, qu’ils remplacèrent par la dénomination de stomatite ulcéro-membraneuse, maladie qui n’a rien de commun avec la diphthérie, et en 1859, M. J. Bergeron, observant une épidémie de cette même maladie chez des soldats de l’hôpital Saint-Martin, lui donna le nom de stomatite ulcéreuse spécifique 2 * *. Cette divergence d’opinion ne condamne pas la doctrine de Bretonneau; elle semble prouver que les malades observés par Bretonneau étaient soumis à une double épidémie, de stomatite ulcéro-membraneuse et de diphthérie. Bretonneau a méconnu la première, mais il avait eu raison de créer la diphthérie buccale 5, et ce serait une grave erreur de rejeter cette manifestation de la diphthérie confirmée par les recherches récentes bactériologiques.
Description. — La stomatife ulcéro-membraneuse débute comme toute stomatite; après trois ou quatre jours de malaise ou de fièvre, parfois même sans prodromes, apparaissent les symptômes d’une inflammation buccale : sensations de brûlure et de sécheresse, aspect rougeâtre et tuméfié de la muqueuse. Mais ce qui donne à la maladie son cachet spécifique, ce sont les ulcérations.
Ces ulcérations n’occupent souvent qu’un seul côté de