‹ Manuel de pathologie interne (volume 4)Chapitre 236 sur 492 · Annales de l'Institut Pasteur , 1890, p · texte numérisé non relu

Annales de l'Institut Pasteur , 1890, p

l'inoculation streplococcique ont un abcès au point d’inoculation, sans autres accidents. Mais les cobayes qui ont reçu l’inoculation du mélange succombent le surlendemain. Au point d’inoculation, apparaissent une lausse membrane et un oedème qui contiennent des bacilles diphthériques et des streptocoques. Les lésions trouvées à l’autopsie, dilatation des vaisseaux, congestion des capsules surrénales, épanchement dans les plèvres, sont les lésions diphthériques ordinaires. Des tubes de sérum sont ensemencés avec l’œdème; dès le lendemain on constate des colonies diphthériques bien développées, tandis que le streptocoque a poussé très maigrement. La séparation est donc facile à faire entre les deux microbes. On peut voir maintenant combien le bacille diphthérique, primitivement inoffensif, a été renforcé au contact du streptocoque. Pour cela, on lait des cultures, d’une pari, avec le bacille diphtherique inoffensif et, d’autre part, avec le bacille renforcé. Après quinze jours d’étuve à 55 degrés dans un courant d’air, ces cultures sont filtrées sur porcelaine et injectées dans les veines de quatre lapins : deux lapins reçoivent chacun 10 centimètres cubes de la culture du bacille renforcé et ils succombent en trente heures tant la culture était virulente; les deux autres lapins reçoivent chacun une dose deux fois plus forte de la culture du bacille peu virulent, ils vivent deux mois; ce n’est qu’à la longue quils maigrissent et succombent paralysés.

Donc « séjmrés, le streptococcus et le microbe diphthérique atténué étaient incapables de donner la mort aux cobayes; associés, ils les tuent rapidement avec les lésions de la diphthérie ».

Comparons maintenant les faits cliniques aux «ails expérimentaux (Roux, Yersin, Barbier, Martin Chaillou , et nous trouvons de part et d’autre des résultats identiques : dans les angines a la lois diphtheiiques e streptococciques, chacun des deux microbes, iso ce eu tivé à part, ne possède que rarement une forte virulence,

l’inoculation aux animaux le prouve; mais par leur association, ces microbes, bacille et streptocoque, exaltent réciproquement leurs propriétés toxiques et virulentes, de là vient la gravité trop souvent exceptionnelle de ces angines diphthéro-streptococciques qui forment le principal contingent des angines dites malignes.,

Les chiffres suivants indiquent assez la gravité de ces angines diphthéro-streptococciques: dans la statistique de Martin, 8 morts sur 10 cas. Dans la statistique de Chaillou et Martin, 13 morts sur 14 cas. Dans la statistique de Tézenas, 5 morts sur o cas.

C’est à cette variété d’angine maligne que répondent presque tous les cas foudroyants et rapides que je citais au début de cet article. Leurs symptômes avaient été admirablement décrits par nos devanciers et les études bactériologiques viennent d’en expliquer en partie la pathogénie. Dès le début de ces angines malignes, le visage est pâle, plombé, bouffi; les lèvres sont violacées,, bien qu’il n’y ait aucune menace d’asphyxie; le cou est énorme, « proconsulaire )> (de Saint-Germain), ce qui tient à la tuméfaction des ganglions et à l’infiltration œdémateuse du tissu cellulaire ; la peau de la face et du cou est souvent luisante et d’apparence érysipélateuse (Borsieri, Trousseau); l’haleine est extrêmement fétide, surtout quand les exsudais sont envahis par les bactéries de la putréfaction; la déglutition est fort douloureuse; les fausses membranes de la gorge ont souvent un aspect putrilagineux et sanguinolenL; la température est habituellement élevée, le pouls est rapide, fuyant, filiforme, irrégulier; l’albuminurie est précoce et persistante; la diarrhée est fréquente, les hémorrhagies ne sont pas rares (épistaxis, gencives saignantes, purpura). En pareil cas, les fosses nasales étant souvent envahies par l’association diphthéro-streptococcique, on constate un jetage abondant purulent, sanguinolent avec rejet de fausses membranes.

Que l’angine diphlhéro-streptococcique ail une marche

rapide ou lenle, la gravité, je le répète, en est considérable; une extrême agitation avec ou sans délire, un abattement, une prostration voisine du coma, le collapsus ou la syncope terminent la scène. Parfois cependant la mort survient par le lait de quelques complications : croup infectieux, bronchite purulente, broncho-pneumo nie à prédominance streptococcique. Quand la guéri son survient, la convalescence est longue et, parfois, accompagnée d’ulcérations gutturales, buccales, nasales, d’adéno-phlegmons suppurés.

Cette description diffère, on le voit, de la description de l’angine purement toxique. Dans cette dernière c’est le poison diphthérique qui domine la situation, dans 1 angine diphthéro-streptococcique, l’infection par le streptocoque réclame une large part. Pour s’en convaincre, il suffit de lire le mémoire de Barbier 1 ; nous y voyons la pénétration du streptocoque dans le sang; il gagne le sang des veines pulmonaires, les poumons, les bronches, la valvule mitrale, les articulations, la plèvre (pleurésie purulente), l’oreille moyenne (otite purulente), les parois du cou (adéno-phlegmon), les parois du pharynx (abcès rétro-pharyngien), la rate, etc.

Ce que je viens de dire du streptocoque est en partie applicable au staphylocoque. Bien qu’elles n’aient pas la gravité des angines diphthéro-streptococciques, les angines diphthéro-slaphylococciqucs réclament une certaine part dans le groupe des angines malignes. On n’a pour s’en convaincre qu’à consulter les statistiques publiées à ce sujet.

Nous voilà donc assez édifiés maintenant sur la palliogénie des angines diphthériques, pour qu il nous soit possible de formuler les conclusions suivantes .

1° L’angine diphthérique est dite normale ou bénigne, quand elle n’est ni toxique, ni infectieuse. Celte bénignité vient de la faible virulence de ses bacilles ou de la faible réceptivité morbide du terrain où elle se développe.

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