‹ Manuel de pathologie interne (volume 4)Chapitre 239 sur 492 · Ann. de l’inst. Pasteur, 25 septembre · texte numérisé non relu

Ann. de l’inst. Pasteur, 25 septembre

lausses membranes épaisses, blanc grisâtre, recouvrant les deux amygdales. Les ganglions étaient légèrement engorgés, les lèvres de l’enfant présentaient des vésicules d’berpès. C’était le tableau clinique de l’angine herpétique, mais la bactériologie démontra qu’il s’agissait là d’une angine diphthérique, avec nombreuses colonies du bacille diphthérique moyen.

L’autre observation, tirée du même dossier, est certainement la plus intéressante qu’on puisse rencontrer : Une enfant de six ans entre à l’hôpital des Enfants- Malades le 21 juillet 1894. Cette enfant a été prise brusquement, la veille au matin, de lièvre et d’angine. A son entrée à l’hôpital, on constate une fièvre violente : 40 degrés de température, 160 pulsations, 37 respirations. L’enfant a du délire. A l’examen de la gorge on trouve les deux amygdales volumineuses, rouges et recouvertes d’un enduit pultacé. Au coin des lèvres on aperçoit un début d'herpès. Cet ensemble de symptômes, il faut le dire, imposait de tous points le diagnostic d’angine herpétique; il l’imposait si bien, que Roux et Martin, en voyant cette malade, firent la réflexion suivante : « Voilà une angine herpétique tellement classique que l’examen bactériologique ne serait guère nécessaire ». Mais, bien que tous les symptômes de cette angine éloignassent l’idée de la diphthérie, on fit par principe un ensemencement et on pratiqua une injection de 20 centimètres cubes de sérum. Or, l’examen bactériologique démontra que celte angine, qui avait cliniquement toutes les apparences de l’angine herpétique, était une angine diphthérique; on y trouva le bacille diphthérique long associé au streptocoque. Dès le lendemain, et sous l’influence du sérum, l’enfant élait beaucoup mieux, la fièvre et le pouls baissaient rapidement et progressivement, pendant qu’autour des lèvres se développaient d'une façon ronfluenle des vésicules d’herpès constatées la veille des leur éclosion. La petite sœur de lait de celte enfant, contagionnée par elle, entrait à son tour, deux jours plus

MALADIES DU PHARYNX. O

tard, à l’hôpital, avec une angine diphthérique absolument classique.

Obs. IX. — Le 18 mai dernier, dit Le Gendre1, j’étais appelé par mon confrère, le Dr Weill, auprès d’un petit malade de trois ans, chez lequel, deux jours avant, il avait constaté l’apparition d’une angine herpétique typique, mais qui, malgré la nature de cette angine, offrait un état général inquiétant. On constate sur les amygdales un exsudât formé en partie par des points isolés, en partie par une fausse membrane envahissante. La fièvre était modérée, il y avait une légère adénopathie. Le Gendre i fait un ensemencement, et Villepeau, chargé de l’examen, trouve des bacilles de Lœlfler de dimension moyenne; le lendemain on injecte 10 centimètres cubes de sérum. L’amélioration ne paraissant pas suffisante, on pratique une deuxième injection quatre jours après la première. Dès lors, l’amélioration s’accuse, et l’enfant était considéré comme hors de danger. Malheureusement, une paralysie du voile du palais se déclare. Celle paralysie (forme bulbaire) se généralise très vite, envahit les muscles de la nuque et du tronc, le pouls devient irrégulier, un état syncopal se déclare, et l’enfant meurt dans une syncope malgré la respiration artificielle, les tractions rythmées de la langue, etc.

Obs. X. — Une malade entre dans mon service le 10 juillet pour une angine herpétique : fièvre intense, céphalalgie, courbature, dysphagie très prononcée, groupes d’herpès à la lèvre supérieure, rien n’y manque. Une culture aussitôt pratiquée par mon interne Kahn décèle la présence du bacille diphthérique court.

A ces observations j’en pourrais ajouter d’autres, qui, au cours de la discussion que j’avais soulevée à l’Académie, ont été rapportées par Cadet de Gassicourt, Robin, Landouzy. Nous sommes donc en possession d’un nombre imposant de faits, cjui prouvent que les formes

Page 1