‹ Manuel de pathologie interne (volume 4)Chapitre 245 sur 492 · Trousseau. Clinique île l'Hôtel-Diau, t. I, p. 5SG · texte numérisé non relu

Trousseau. Clinique île l'Hôtel-Diau, t. I, p. 5SG

gine diphthériquc est terminée, est parfaitement compatible avec la guérison1. Ces adénites sont dues à l’association du streptocoque et de la diphthérie.

L 'examen bactériologique fournit des renseignements précieux sur la gravité du pronostic : Une culture qui donne des colonies discrètes à bacilles moyens indique une diphthérie beaucoup moins grave que si la culture donnait des colonies confluentes à bacilles longs et enchevêtrés.

Au point de vue du pronostic, je l’ai déjà dit dans le courant de ce chapitre, il est fort important de savoir si le bacille de la diphthérie est associé ou non à d’autres microbes. L’examen bactériologique est, on va le voir, un clément indispensable de pronostic. L’angine diphthérique, qui n’est due qu'au bacille de la diphthérie, sans adjonction d'autres microbes, est une angine généralement franche, normale, à membranes fibrineuses solides et élastiques. Cette angine peut être suivie de croup, surtout chez les enfants, elle peut être suivie de paralysies, mais elle revêt assez rarement les allures de l’angine maligne. L’angine diphthériquc qui est associée au petit, coccus ou diplocoque, est une angine généralement bénigne. L’angine diphthériquc à laquelle s’associe le staphylococcus est une angine notablement plus grave que les précédentes.

La forme la plus grave, la vraie forme infectieuse, maligne, que j’ai longuement étudiée plus haut, est l’angine diphthérique à laquelle s’associe le streptocoque. C’est en pareil cas que les membranes de la gorge ont parfois un aspect pulrilagineux, une odeur fétide, et que les ganglions cervicaux très engorgés donnent à la région cervicale empâtée une forme et un développement qui rappellent « le cou proconsulaire ». Ces angines malignes se rencontrent assez fréquemment à titre dan-

1. Bubon suppuré dans l’angine diphthérique. Gandre*. Th. de Paris, 1880.

gines secondaires au déclin de la scarlatine dans le cours de la rougeole, do la coqueluche.

Étiologie. — L’angine diphthérique est surtout fréquente chez les jeunes sujets, elle est endémique dans certaines contrées, et, quand elle sévit sous forme épidémique, l’épidémie porte souvent avec elle des conditions de bénignité relative, ou de malignité qui se localisent à une famille, à une ville, à une région. Dans les pays qui sont visités pour la première fois par la diphthérie, l’angine et les autres manifestations de la diphthérie sont habituellement terribles. Ainsi en Bessarabie, où le fléau fit son apparition pour la première fois en 1872, on calcule qu’en huit ans il a fait plus de douze mille victimes. « En 1875, il apparaît dans le gouvernement de Kerson, où la mortalité parmi les personnes atteintes a varié de 27 pour 100 à 62 pour 100*. »

La diphthérie est contagieuse et la contagion est directe ou indirecte. L’inoculation de la diphthérie, tentée sur eux-mèmes par Trousseau et Peter, n'a pas réussi; heureux insuccès qui prouve seulement que les sujets n’étaient pas en état de réceptivité; mais la contagion directe n’est que trop prouvée par les nombreux exemples de parents et de médecins contractant la diphthérie auprès d’un malade. Je n’aurais qu’à citer Valleix, atteint à la bouche par un peu de salive lancé dans un effort de toux de son malade et mourant deux jours après ; lier pin, recevant sur la narine gauche un fragment de membrane et pris consécutivement de coryza, d’angine et de paralysie; Blache, Clozel de Boyer, Armango, et tant d’autres, dont nous conservons les noms avec respect!

On peut être contagionné par des sujets qui ont guéri de leur diphthérie, mais qui conservent encore pendant des semaines le bacille virulent dans leurs cavités buccale ou nasale. Après la disparition des membranes, le bacille

t. La rtiphlliénc dans tes provinces raér ijionales de [Uissie. Union medicale, 13 novembre 1880,

diphthérique peut persister avec toute sa virulence, pendant assez longtemps, alors môme que la muqueuse parait absolument saine (Roux). Tézenas, étudiant la durée de la période contagieuse chez les convalescents de diphthérie, nous fournit les renseignements suivants' : Sur GO malades atteints de diphthérie il a fait systématiquement des cultures tous les jours après disparition des membranes de la gorge. Cinq lois les bacilles ont persisté avec un temps variable. Mais dans onze cas, c’est dans les cavités nasales que le bacille a persisté, alors que la cavité bucco-pharyngée n’en contenait plus. Cette persistance du bacille dans les cavités nasales a duré jusqu’à 55 jours, et tant que le bacille persiste, il traduit sa présence par un écoulement nasal, transparent, habituellement unilatéral. On conçoit qu il en puisse résulter des foyers de contagion.

Dans d’autres circonstances la contagion est indirecte ; elle se fait par l’intermédiaire de membranes ou de cra chats desséchés en poussières et tombés sur des objets de literie, sur des vêlements, sur des jouets, sur des objets de toilette. Ainsi s’expliquent les cas de diphthérie survenant après( six mois ou un an, dans un milieu antérieurement infecté. Ces faits cliniques sont en rapport avec le fait expérimental, Roux ayant vu qu’un lambeau de membrane diphthérique enveloppé dans un linge et placé dans une armoire peut conserver pendant cinq mois

et au delà toute sa virulence. .

11 est enfin des cas où le bacille de la diphthérie existe dans la cavité naso-pharyngée sans créer le moindre accident (Lœffier) ; mais, que sous l'influence de causes connues ou inconnues, le bacille vienne a exalter sa virulence, la diphthérie est constituée avec des apparence

de spontanéité. . ..

Une première atteinte de diphthérie ne conféré pas l’immunité, l’angine diphthérique peut récidiver.

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