‹ Manuel de pathologie interne (volume 4)Chapitre 250 sur 492 · Trousseau, Cliniq. méil., t. I, p · texte numérisé non relu

Trousseau, Cliniq. méil., t. I, p

Bretonneau, il sépare l’angine diphthérique de l’angine couenneuse herpétique qu’il décrit sous le nom d’angine couenneuse commune.

Eh bien, celte distinction, faite par ces grands maîtres, au nom de la clinique, celte distinction entre angines couenneuses diphthériques et pseudo-diphthériques, vient d’être nettement établie par les recherches bactériologiques. C'est grâce à la bactériologie que nous pouvons écrire le présent chapitre, qui n’est du reste que la s-ite et le complément des deux chapitres précédents; c'est grâce à la bactériologie que nous pouvons classer et énumérer la nature et les caractères des angines membraneuses pseudo-diphthériques.

Les différents microbes dont il va être question dans la description des angines pseudo-diphthériques, les coccus, le streptocoque, le pneumocoque, les staphylocoques, le coli-bacille, tous ces microbes peuvent être associés à toutes les variétés d’angine : angine catarrhale, angine pultacée, angine herpétique, angine suppurée; mais dans quelques cas, ils sont associés à la formation de membranes, et c’est alors que l’angine revêt les apparences de l’angine diphthérique et mérite la dénomination de pseudo-diphthérique.

Voyons donc quelles sont les différentes variétés de ces angines pseudo-diphthériques.

Angine pseudo-diphthérique à coccus. — Voici un enfant de 4 ou 5 ans. Il a été pris il y a deux jours de symptômes fébriles de moyenne intensité. Ces symptômes fébriles, la température atteignant ou dépassant o9°, ont été accompagnés de mal de tète, d’inappétence et de mal de gorge, line angine s’est déclarée. Quand on examine la gorge de. cet enfant, on trouve la muqueuse rouge et tapissée par place d’un exsudai membraneux. Si l’angine est au deuxième ou troisième jour de son évolution, l'amygdale, la luette, le pharynx peuvent être tapissés de fausses membranes, qui de tous points ont I apparence de la diphthérie. En effet, nulle distinction à établir entre

les membranes qu’on a sous les yeux et les membranes de certaines angines diphthénques : meme apparence, même coloration, même adhérence, meme résistance, même structure, même mode d’envahissement, meme reproduction facile après l’ablation. En face de celle angine membraneuse, qui simule si bien la diphlherie, on recherche l’engorgement ganglionnaire et souvent on le

retrouve, modéré il est vrai.

Tous ces signes, on le voit, tous ces symptômes sont ceux de la diphthérie normale. Ils existaient au complet dans un cas que j’ai observé à l’hôpital Necker, et c diagnostic de diphthérie normale, qui m’avait paru indiscutable, me fut démontré faux par l’examen bactériologique.

En effet, celte variété d’angine qui simule si bien la diphthérie est due à un agent pathogène, qui est un petit coccus, se présentant souvent sous forme de diplocoques (Roux, Morel, Martin). 11 est souvent décrit sous le nom de coccus Brisou, celte dénomination lui venant du nom de l’enfant chez lequel Roux et Martin ont, pour la première fois, observé cette variété d'angine.

Le diagnostic entre celte angine pseudo-diphtherique et l’angine dlphthérique étant absolument impossible à 1 aire , par le seul secours de la clinique, adressons-nous à l’examen bactériologique. Pour cela, faisons une culture : au moyeu d’un lil de platine dont l’extrémité est aplatie en forme de spatule, on prélève une parcelle de la membrane et on ensemence un tube de sérum gélalinisé, qu on met à l’étuve à la température de 30 à 57° centigrades.

Au bout de 16 à 18 heures, apparaissent à la surlace du sérum, des colonies qui, lorsqu’elles sont bien développées, ont les plus grandes analogies avec les colonies de la diphthérie. D’abord, ces colonies sont précoces dans leur apparition, presque aussi précoces que celles de la diphthérie; elles sont également arrondies et blanchâtres, mais elles en diffèrent néanmoins par quelques signes. Ainsi leur centre n’est pas opaque; elles sont transparentes dans toute leur étendue et ont une apparence

humide. De plus, elles sont plaies, sans aucun relief, aussi j’ai cru devoir les nommer maculeuses, pour les distinguer des colonies diphthériquos, qui, elles, forment souvent un certain relief, raison pour laquelle je les ai nommées papuleuses.

Pi élevons une parcelle delà culture, porlons-la sous le microscope après l’avoir colorée, on ne trouve pas un seul bacille de la diphlhérie, mais on voit un petit coccus dont les éléments s’accouplent souvent deux à deux. Dès lors, on est immédiatement renseigné sur la nature de cette angine qui, au premier abord, simule si bien la diphlhérie ; nous voilà tranquille sur l’issue de Jamaladie, car ces angines à petit coccus ne sont nullement toxiques; elles n élaborent pas de poisons ; elles ne sont pas suivies de paralysies. Dans quelques observations, elles ont été accompagnées de symptômes de croup, mais de croup léger, non diphthérique, non redoutable.

Ces angines pseudo-diphtériques à petit coccus sont celles qui simulent le mieux et le plus souvent la diphtérie, jolies sont sujettes à récidives. Elles ont été rencontiées o lois par Roux et Aersiu; 25 fois sur les 20Ü cas d’angines membraneuses qui forment la statistique de Martin 1 et 11 fois sur les 99 observations de Chaillou et Martin1 *.

Apiès avoir décrit I angine pseüdo-diphthérique à coccus Brisou, je vais étudier les angines membraneuses à streptocoques.

Angines pseudo-diphthériques à streptocoques. — Le

streptocoque peut être associé à toutes les variétés d'angine: angine catarrhale, lacunaire, pultacée, herpétique; mais je n'ai à m'occuper ici que des angines streptococciques membraneuses, simulant la diphlhérie5, car, à la gorge connue ailleurs, le streptocoque produit volontiers des membranes (Widal).

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