Morel. Th. de Paris
L’angine pseudo-diphthérique streptococcique, habituellemen L bénigne, revêt néanmoins dans quelques cas une exceptionnelle gravité. Le début de cette angine est franchement fébrile, accompagné de frissons, de fièvre, de céphalalgie, de courbature. La dysphagie est intense, à l'examen de la gorge, la muqueuse est rouge, enflammée, et les amygdales parfois volumineuses. Dans quelques cas l’exsudai est pullacé, mais, dans d’autres circonstances, il s’agit de véritables membranes, adhérentes, épaisses, recouvrant les amygdales, la paroi postérieure du pharynx, le voile du palais, et pouvant s’étendre jusqu’à la langue et aux lèvres. On a bien dit, il est vrai, que les membranes streptococciques sont moins élastiques, plus friables, plus jaunâtres, plus difduentes, plus œdémateuses, plus imprégnées de liquide, (pie les membranes diphthériques, qui, elles, sont plus blanches, plus nacrées, plus résistantes et plus sèches; mais ce sont là des nuances plus faciles à décrire qu’à percevoir. En fait, certaines membranes streptococciques ressemblent, à s’y méprendre, à certaines membranes diphthériques. L’engorgement ganglionnaire sous-maxillaire est plus précoce, a-t-on dit, dans l’angine streptococcique que dans l’angine diphlhérique; ici encore, les exceptions sont constantes.
Comme ressemblance clinique entre la pseudo-diphthérie streptococcique et la diphlhéric vraie, ajoutons que l’angine streptococcique est assez fréquemment accompagnée de slreptococcie nasale et de streptococcie laryngée. Chez le streptococcique, en effet, on peut constater, comme chez le diphthérique, un écoulement nasal, muqueux, séro-sanguinolent, puriforme, avec rejet de lambeaux membraneux. Chez le streptococcique, comme chez le diphthérique, on peut observer des accidents laryngés: la toux, l’enrouement, symptômes de croup, qui témoignent de l’envahissement du larynx par l'infection streptococcique.
Dans quelques cas, l’angine pseudo-diphthérique streptococcique détermine une telle infection généralisée,
qu’on peut voir survenir ici, comme dans certaines diphthéries, des érythèmes, des éruptions polymorphes, de l'albuminurie, des douleurs rhumatoïdes et un état général si mauvais, que la mort peut en être la conséquence.
Les angines pseudo-diphthériques slreptococciques sont souvent secondaires (grippe, rougeole, fièvre typhoïde); les plus fréquentes sont celles qu’on observe dans la scarlatine à son début1, ces formes secondaires peuvent être graves ; il y a néanmoins des cas où, toutes primitives qu’elles étaient, elles ont pu entraîner la mort du sujet.
Le tableau clinique que je viens de retracer, concernant les angines membraneuses slreplococciqucs, indique assez que le diagnostic clinique entre cette pseudo- ; diphthérie et la diphthérie vraie est absolument impos- ; sible. Ces angines streplococciques simulent si bien la diphthérie que, dans le mémoire, de Martin, nous voyons j que huit petits malades avaient été envoyés au pavillon de la diphthérie, alors qu’ils avaient des angines à strep-
tocoques. Dans le mémoire de Chaillou et Martin, je trouve
également huit cas concernant des angines streptococ- j
ciques, simulant la diphthérie. Je viens d’avoir tout récem-
ment, à l’hôpital Necker, un cas d’angine membraneuse i streptococcique simulant si bien la diphthérie, que le diagnostic eut été impossible sans l’examen bactériologique. v On pratique donc cet examen bactériologique d’après * la technique que j’ai plusieurs fois tracée : une parcelle > de la membrane pharyngée est mise en culture, et les colonies streptococciques poussent un peu plus tardivement que les colonies de la diphthérie et du coccusBrisou. Quand elles ont atteint leur complet développement, c'est-à-dire au bout de 24 heures environ et même plus tôt, elles apparaissent sous forme d’un pointillé blanchâtre, qui ne grandit jamais beaucoup. Voilà pourquoi j'ai cru pouvoir nommer ces colonies streptococciques, poussiéreuses, ce qui les distingue déjà, à première vue,