De Mollènes. Arch. de laryngotogie, 1880, p. 32G
sâtres, en forme d’arabesques, vesliges de la muqueuse épargnée par l’eczéma (eczéma festonné, circiné, marginé). Cet eczéma a une marche aiguë, sa durée varie de quelques jours à quelques semaines; il reste toujours localisé à la langue, il n’envahit pas le voile du palais, le plancher de la bouche, les joues, comme les leucoplasies; les ganglions sous-maxillaires ne sont jamais engorgés. Tantôt l’eczéma est accompagné de quelques symptômes, prurit, brûlure, douleurs, tantôt ces symptômes sont insignifiants. Tel est l’eczéma lingual des arthritiques, des goutteux, des dyspeptiques. Mais il est certain que cet eczéma apparaît souvent, et avec récidives sur la langue des syphilitiques récents ou anciens; Parrot et Kaposi en font un symptôme de syphilis héréditaire; la syphilis en est un facteur important, on pourrait en faire une manifestation parasyphilitique secondaire.
Voile du palais; amygdales. — Les plaques muqueuses sont très fréquentes à la gorge; la région amygdalienne est un « véritable nid à syphilis « ; les plaques muqueuses y sont plates, opalines, et parfois si confluentes qu'elles recouvrent les amygdales et les piliers. Chez quelques syphilitiques, les plaques muqueuses de la gorge et des amygdales se recouvrent de fausses membranes grisâtres, épaisses, adhérentes, simulant d’autant mieux l’angine diphthérique que les ganglions sous-maxillaires sont tuméfiés. Quand les autres manifestations de la syphilis (syphilides de la peau et des muqueuses) n’aident pas suffisamment au diagnostic, il faut recourir à l’examen bactériologique étudié à l’un des chapitres précédents.
Outre les syphilides secondaires bucco-pharyngées que je viens de décrire, il faut signaler spécialement une angine syphilitique à forme érythémateuse, caractérisée par un érythème diffus ou circonscrit du voile du palais, des piliers, des amygdales, érythème qui prend souvent une teinte ronge vermillon, très bien décrit dans la thèse
d’un de mes élèves*. Parfois les piliers antérieurs du voile du palais et la luette semblent avoir été peints d’un coup de pinceau nettement délimité. Cet érythème vermillon syphilitique peut être indépendant des plaques muqueuses de la gorge, il provoque une certaine dysphagie et il est souvent accompagné d’enrouement, de raucité de la voix, parce que l’érythème syphilitique du larynx lui est fréquemment associé. L’érythème vermillon mérite d’être bien connu, car il peut à lui seul mettre sur la voie du diagnostic; c’est un fait que j’ai souvent vérifié.
Toutes les syphilides que je viens de décrire sont fort gênantes, certaines sont même très douloureuses, ainsi les syphilides de la langue, de la gorge, gênent la mastication et rendent la déglutition fort pénible. Leur apparition se fait dès le second ou troisième mois de l'infection syphilitique, pendant deux ou trois années et plus longtemps encore; elles récidivent avec une extrême facilité, elles sont humides, sécrétantes et essentiellement contagieuses. Les syphilides bucco-pharyngées retentissent sur les ganglions correspondants; les syphilides gutturales déterminent l’adénite de l’angle de la mâchoire, les syphilides des lèvres et des gencives retentissent sur les ganglions sousmaxillaires et sous-mentonniers.
C, — Accidents tertiaires.
Considérations générales. — Les accidents syphilitiques tertiaires se présentent, dans la cavité buceo-pharyngée, sous trois formes principales : A une première variété appartient la gomme circonscrite qui aboutit habituellement, quand elle n’est pas traitée, à l’ulcère gommeux; c’est là, l’accident tertiaire presque banal, le plus fré-
1. Érythème sy pli il . vermillon. Benoist, fli. de Paris, 1S90.
quent. A une deuxième variété appartient le sypliilome diffus, qui n’est autre chose qu’une infiltration gommeuse, une gomme en nappe, qui se termine rarement par ulcération et qui aboutit à l’induration scléreuse des tissus envahis. La troisième variété comprend les ulcérations tertiaires, serpigineuses ou perforantes, qui n’ont rien à voir avec les lésions gommeuses. Résumons les caractères de ces différentes lésions, nous les étudierons ensuite aux lèvres, à la langue, au voile du palais, aux amygdales, au pharynx :
1°. — La gomme syphilitique vulgaire, la gomme circonscrite, est une tumeur, de volume variable, qui, abandonnée à elle-même, se termine souvent par ulcération (ulcère gommeux). La gomme exerce surtout ses ravages dans le sens de la profondeur, elle perfore les tissus, elle peut provoquer des lésions irrémédiables; toutefois il est bien rare que l’ulcère gommeux soit serpigineux ou phagédénique, et en cela il est moins terrible que les ulcérations tertiaires serpigineuses.
Les gommes syphilitiques méritent d’attirer longtemps notre attention, car elles constituent un accident syphilitique fréquent, non seulement dans la syphilis acquise, mais aussi dans la syphilis héréditaire. Dans la syphilis acquise, les gommes n’apparaissent généralement que quelques années après l’infection ; dans la syphilis béré-
Îditaire, les lésions gommeuses de la gorge ont été rencontrées à tout âge, entre cinq et vingt-cinq ans, et la
I preuve que ces lésions hérédo-syphilitiques ne sont pas rares, c’est qu’on les trouve signalées 46 fois sur les 212 observations de syphilis héréditaire qui composent la statistique de M. Fournier1. La description de la gomme s’adresse donc aux lésions gommeuses de la syphilis acquise et héréditaire.
f Les gommes de la gorge cl de la bouche ont pour siège de prédilection le voile du palais, puis viennent