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Fournier. La syphilis héréditaire tardive, Paris, 1SSG

MALADIES DE L'APPAtlEIL DIGESTIF.

la voûte palatine, les piliers, le pharynx, les amygdales, la langue, les lèvres.

2°. — Le syphilome en nappe 1 est une gomme diffuse qui a moins que la gomme circonscrite une tendance à se terminer par ulcération. Tandis que dans la gomme proprement dite, les éléments qui constituent la lésion gommeuse se nécrobiosent, subissent un travail de régression, se ramollissent, et aboutissent presque certainement à l’ulcération, si la thérapeutique n’intervient pas, dans le syphilome en nappe, au contraire, l'ulcération est l’exception, les éléments qui constituent la lésion infiltrent les tissus normaux, se. substituent à ces tissus, et finissent par aboutir à un tissu induré, scléreux, lardacé. Dans une première période, cette infiltration gommeuse diffuse produit un épaississement, une hypertrophie de l’organe affecté; ainsi nous allons voir la langue, la lèvre, acquérir de fortes dimensions; notais, dans une seconde période, l’atrophie se substitue à l’hypertrophie, et il en résulte de l'amincissement, de la déformation des organes atteints. Parfois même, le .issu scléreux syphilitique détermine une rétraction, une atrésie des parties envahies; ainsi on a signalé l’atrésie ano-rectale, l’atrésie de la trachée (Trélat), I atrésie vaginale (Verneuil), l’atrésie de l’isthme du gosier (Panas), et j’ai observé, il y a quelque temps, avec Fournier, un cas d’infiltration scléro-gommeuse du prépuce qui avait déterminé induration, rétraction et phimosis, syphilome diffus qui a fort bien guéri sous 1 influence du mercure et de l’iodure de potassium.

La lésion principale du syphilome en nappe est constituée par une infiltration de cellules embryonnaires qui, au lieu d’aboutir à la dégénérescence granulo-graisseuse comme les éléments de la gomme circonscrite, aboutissent à l’organisation d’un tissu fibreux. Suivant

t. Meunier. Syphilome ou gomme en nappe de In cavité buccale. Th. de Paris, 18S2.

les organes où on 1 examine (lèvres, langue), 1 infiltra lion syphilitique occupe l’épaisseur du derme muqueux, la face profonde du derme, les faisceaux musculaires du derme et les fibrilles musculaires profondes de 1 organe sous-jacent. L’épithélium, les papilles, les fibres musculaires disparaissent en partie et cèdent la place au nouveau tissu. Les petits vaisseaux sont atteints d’endarterite.

Le syphilome diffus bucco-pharyngé atteint par ordre de fréquence : la langue, le voile du palais, les lèvres, les joues, le plancher buccal, et comme ces organes sont formés d’une muqueuse et de muscles sous-jacents, le syphilome peut attaquer de préférence l’une ou l’autre de ces parties et se présenter sous forme de syphilome superficiel ou cortical, syphilome interstitiel ou profond, et syphilome mixte, cette dernière variété étant la plus fréquente.

5°. —Les ulcérations tertiaires, non gommeuses, correspondent aux syphilides ulcéreuses de la peau. Elles peuvent occuper les piliers, la luette, les bords du voile, les amygdales, le pharynx (angine syphilitique tertiaire ulcéreuse). Ces ulcérations sont serpigineuses ou perforantes. Il est bien difficile de surprendre l’ulcération au moment de sa formation; elle parait débuter par une congestion, par une vascularisation des tissus. L ulcération serpigineuse marche parfois avec une telle rapidité que les tissus semblent fondre dans l’ulcération. Quand elles sont perforantes, les ulcérations gagnent en profondeur ce qu’elles perdent en étendue; elles forment un ulcère circulaire ou ovale, dont les bords sont œdémateux et taillés à pic. Ces ulcères dépassent rarement les parties molles. Les ulcérations tertiaires sont habituellement indolentes; à l’égal des accidents tertiaires elles ne sont, pas accompagnées d’adénopathies.

Tous ces accidents tertiaires, gommes, ulcérations et scléroses, sont rarement précoces; ils surviennent habituellement à une époque éloignée, cinq, dix, vingt ans après l’infection syphilitique. Souvent ils se combi-

nent sous forme scléro-gommeuse, les lésions gommeuses et les lésions scléreuses étant associées en proportions variables. 11 ne faut pas oublier qu’ils peuvent être le résullat d’une syphilis héréditaire précoce ou tardive'. Éludions-les en détail :

Lèvres. — La gomme, rare aux lèvres, a une prédilection pour la lèvre supérieure. Superficielle, profonde, intra-musculaire, elle atteint le volume d’une lentille, d’une cerise. La lèvre est d'autant plus déformée que les gommes sont plus nombreuses. Ici comme ailleurs, la gomme poursuit souvent son évolution jusqu’à l’ulcération gommeuse, à bords saillants et croûteux, à fond grisâtre et bourbillonneux.

Les lésions scléro-gommeuses sont fort rares aux lèvres, tandis que le syphilome diffus scléreux s’y observe assez souvent; j’en ai eu dans mon service un cas bien remarquable. Le syphilome scléreux ou labialitc tertiaire a une prédilection pour la lèvre inférieure, néanmoins les deux lèvres sont habituellement envahies. A sa première période il détermine une hypertrophie, en masse, parfois considérable, de la lèvre, qui prend un peu l’aspect d’une lèvre strumeuse1 2. On l’a comparée à une trompe, à une lèvre de tapir. L’induration des tissus est uniforme, quelquefois mamelonnée; elle n’aboutit pas, comme la gomme, au ramollissement et à l’ulcération; elle se termine, si le traitement n’intervient pas, par une période atrophique : la lèvre s’amincit et l'orifice buccal se rétrécit. Les labialites tertiaires évoluent sans douleur, sans retentissement ganglionnaire; les lèvres, rigides et déformées, perdent en partie leurs fonctions (articulation des sons, mastication, déglutition).

Langue — Les gommes de la langue sont superficielles, enchâssées dans le derme, ou profondes, enchâssées dans

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