Viard. Syphilis tertiaire de l’arrière-gorge, p
‘2. Tuilier. Labialites tertiaires (Revue de chirurgie, 10 octobre 1SS<5, et Annales de syphil. et de dermat., 1S87, p. 222).
les muscles; les gommes inlra-musculaires ne sont nuhe part aussi fréquentes qu’à la langue. Les gommes occu pent la face supérieure delà langue, jamais sa face intérieure; elles peuvent avoir toutes les dimensions jusqu au volume d’une noix. Quand les gommes sont multiples, la langue est comme marronnée, mamelonnée, comme bourrée de noisettes (Fournier) ; elle déborde les dents, la bouche peut à peine la contenir, elle devient elephantiasique, elle gêne la prononciation, la mastication, la déglutition, la respiration. Les gommes qui s ulcèrent laissent après elles une ulcération profonde, sanieuse, parfois encombrée de fongosités ofirant quelque analogie avec le cancroïde; elles en diflèrent toutefois, entie autres signes, par l’absence d’engorgement ganglionnaii e. Après un temps variable, l’ulcération finit par se cicatriser, et la langue reste ravinée, détormée. Les ulcéiations gommeuses peuvent par exception devenir phagédéniques, serpigineuses ou térébrantes.
Le syphilome scléreux a une prédilection bien marquée pour la langue; il est superficiel ou profond. La glossite scléreuse superficielle atteint la muqueuse (glossite corticale) ; les parties altérées sont comme rasées, vernies, dépapillces (Fournier1), et tranchent sur la muqueuse normale, couverte de ses papilles. La muqueuse malade est tantôt d’un rouge vif, tantôt blanchâtre. En prenant la muqueuse entre les doigts, on la dirait doublée d’une lame cartilagineuse. La sensibilité de la muqueuse est amoindrie et parfois abolie sous toutes ses formes. Dans la glossite scléreuse profonde, la langue est augmentée de volume; sa surface dorsale est parcourue de sillons plus ou moins profonds, de directions différentes, qui la divisent en lobes et en lobules. La langue est comme ravinée, parquetée (Fournier), et dans quelques cas le sillon médian normal peut acquérir un centimètre de profondeur. On ne constate pas d’ulcéra-
1. Fournier. Glossites tertiaires , scléreuses, gommeuses, Paris, 1877.
tions, à moins que l’ulcération ne soit provoquée par des causes extérieures (alcool, tabac, frottements dentaires). Ces glossites scléreuses évoluent très lentement, sans douleur et sans engorgement ganglionnaire quand il n’y a pas d’ulcération. La langue, rigide comme du carton ou comme du bois, perd peu à peu ses fonctions; l’articulation des mots, la mastication et la déglutition #se font mal.
Les formes gommeuse et scléreuse sont souvent associées; la glossite évolue alors à l’état de glossite scléro- (jommeuse.
Les glossites syphilitiques présentent parfois des plaques blanches, nacrées, lamelleuses, sous forme lisse ou sous forme mamelonnée. Ce sont des plaques leucoplasiques. D’une façon générale que faut-il entendre par leucoplasie buccale, dénomination créée par Vidal (Xeuy.6;, blanc, TiXaffaeiv, former) et qui a remplacé avec avantage la dénomination défectueuse de psoriasis? La dénomination de leucoplasie buccale, plaques blanches, plaques opalines, plaques des fumeurs, s’applique aux plaques, aux ilôts nacrés, argentés, lamelleux, indurés, qu’on trouve chez les fumeurs, chez les goutteux, chez les arthritiques, chez les syphilitiques. La leucoplasie buccale ne siège pas seulement à la langue, comme l’eczéma lingual, elle peut atteindre la muqueuse buccale en tous ses points; lèvres, joues, voile du palais*.
Les plaques leucoplasiques sont formées de squames épithéliales blanches, épaisses, avec induration superficielle de la muqueuse. Ces plaques, qui mettent des années à se développer, peuvent se fendiller, se fissurer et devenir douloureuses. La leucoplasie buccale peut guérir, elle peut se prolonger indéfiniment, elle peut enfin, dans quelques cas, aboutir h l’épithéliome ; Debove 1 avait annoncé* et le fait est généralement admis (\idal). En