‹ Manuel de pathologie interne (volume 4)Chapitre 265 sur 492 · Bcnard. Cure de Sainl-Crislau · texte numérisé non relu

Bcnard. Cure de Sainl-Crislau

Voile du palais et isthme. — Ici comme partout, la gomme nodulaire commence par une période d'infiltration. A ce niveau, le voile du palais est déformé, épaissi, violacé, induré; mais le sujet n’éprouve pour ainsi dire aucun trouble fonctionnel, pas de douleur, peu de dysphagie, pas de fièvre. Puis vient la période de ramollissement, caraclérisée par un mal de gorge peu intense, parfois même si peu intense que les malades s’en occupent à peine et sont tout surpris quand éclatent les symptômes de perforation.

La gomme ulcérée a des aspects différents, suivant qu’elle est, ou non, suivie de perforation. L’ulcère gommeux non perforé forme une loge anfractueuse, une caverne profondément excavée, à loger une lentille, une noisette. Le fond est couvert d’un enduit grisâtre et bourbillonneux, les bords sont nettement découpés et adhérents, souvent taillés à pic ou en falaise, les tissus environnants sont lisses et unis, parfois rouges, durs, infiltrés. A cette période la douleur de gorge est plus vive, et si les lésions ulcéreuses se généralisent à l’isthme guttural, ta dysphagie devient aiguë et intense.

Souvent la gomme du voile du palais aboutit à la perforation. Celte perforation, qui fait communiquer l’arrière-gorge avec les fosses nasales, était préparée par la période de ramollissement; elle peut se faire si rapidement que l’ouverture, qui n’était aujourd hui qu un simple orifice, aura demain les dimensions d’une lentille et en quelques jours les dimensions d’une pièce de vingt centimes. La perforation est médiane ou latérale, arrondie ou allongée transversalement; le travail ulcéralif continuant, le voile du palais est parfois échancré, tailladé, séparé en deux parties latérales, presque complètement détruit. Dans quelques cas exceptionnels on a signale plusieurs perforations. La perforation du voile du palais entraîne aussitôt des troubles spéciaux : altération delà voix, qui devient nasonnée, rellux des aliments et des boissons dans la cavité nasale. Bien souvent, je le répète,

la brusque apparition de ces symptômes surprend d autant plus le malade, que celui-ci ne se doutait ni de la nature, ni de la gravité « de son mal de gorge ».

Les ulcérations tertiaires, non gommeuses, phagédéniques, serpigineuses et perforantes sont iréquentes au voile du palais. L’ulcération tertiaire y marche parfois si vite que le tissu de l’organe semble fondre sous l’ulcération; une partie ou la totalité du voile du palais est détruite, bien qu’il ne soit pas possible de voir une eschare distincte se détacher*. On dirait une nécrobiose rapide et progressive, ayant ici, comme sur la peau, les caractères du phagédénisme . L’ulcération est baignée d’un pus ichoreux, le fond est blafard, les bords sont décollés et irrégulièrement déchiquetés. Dans quelques cas, l’ulcération tertiaire naît au niveau de l’espace triangulaire formé par la réunion des deux piliers et de l’amygdale. De là s’étendent des ulcérations « qui détruisent la moitié supérieure de l’amygdale et des piliers, quelquefois une partie libre du voile, la partie latérale du pharynx et la trompe d’Euslache. C’est ce qui explique pourquoi elles s’accompagnent fréquemment de surdité et de douleurs violentes dans l’oreille1 2 ».

Les ulcérations tertiaires de la gorge ne sont pas toujours indolentes. Parfois les douleurs d’oreilles sont vives et la dysphagie est très pénible; dans d’autres cas, ces ulcérations évoluent assez silencieusement; les symptômes qu’elles provoquent sont des symptômes d’angine simple, parfois si simple que certains malades ne s’en occupent pour ainsi dire pas et se contentent de traiter leur mal de gorge par quelques gargarismes. Ce n'est que plus tard, à l’apparition de nouveaux symptômes, voix nasonnée, diminution de l’ouïe, troubles de déglutition, qu’ils se décident à consulter un médecin, et ils sont tout surpris d’apprendre les ravages faits par

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