‹ Manuel de pathologie interne (volume 4)Chapitre 267 sur 492 · Fournier. La syphilis héréditaire tardive, p · texte numérisé non relu

Fournier. La syphilis héréditaire tardive, p

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Commençons par le lupus. D abord le lupus de la gorge est exceptionnellement rare, tellement rare que, sur cent cas de lupus de sièges différents, il n existait que deux fois à la gorge dans la statistique de M. Fournier. De plus, le lupus de la gorge existe presque toujours concurremment avec le lupus de la face, et 1 ulcération lupique de la gorge n’arrive que comme épiphénomène tardif de la période d’infiltration qui, elle, a été très longue. Cette infiltration des tissus se traduit par une hypertrophie granuleuse qui donne au voile du palais et aux parties affectées l’aspect « d’un tapis de saillies bourgeonnantes, mùriformes », période d’infiltration qui ne ressemble en rien à celle de la gomme syphilitique. La phase d’ulcération est également dissemblable. Tandis que dans la gomme syphilitique l'ulcération est soudaine et rapide, envahissant d’emblée presque toute la zone infiltrée, l’ulcération lupique se fait lentement, par poussées successives, par petites surfaces; l’ulcération n’est, dans le lupus, qu’un élément de la lésion ; dans la gomme, elle est toute la lésion. Les ulcères gommeux ont un contour nettement circonscrit, des bords bien taillés et adhérents, un fond excavé, grisâtre et bourbillonneux ; les ulcères lupiques n’ont pas de contour défini, leurs bords plats ne sont pas nettement découpés, leur fond est peu déprimé et présente l’aspect de bourgeons charnus. La syphilis perfore le voile du palais, « fait un trou », mais laisse indemnes les parties périphériques ; le lupus entame les tissus et les use, mais les tissus environnants ne sont jamais sains. Les lésions syphilitiques ne mettent que quelques semaines, au plus quelques mois, à évoluer; les lésions lupiques mettent des années.

Ces caractères locaux suffisent pour différencier la lésion syphilitique acquise ou héréditaire de la lésion excessivement rare du lupus. Au cas de soupçon de syphilis héréditaire, l’enquête doit porter sur les parents.

Passons actuellement au diagnostic des ulcérations gommeuses et des ulcérations tuberculeuses de la gorge.

D’abord le sujet qui a des ulcérations tuberculeuses de la gorge est presque tou jours atteint de pbthisie pulmonaire ou de tuberculose intestinale : il est absolument rare que les ulcérations gutturales soient les premières manifestations de la tuberculose. Mais ces raisons ne suffisent pas pour établir un diagnostic, car le malade peut être à la fois syphilitique et tuberculeux. Les ulcérations tuberculeuses de la gorge sont moins étendues, moins profondes que les ulcères syphilitiques, elles n’en ont ni les bords franchement entaillés, ni le fond excavé et bourbillonneux. Les ulcérations tuberculeuses sont fréquemment entourées de nodules granuleux, jaunâtres, faisant une certaine saillie; elles sont parfois accompagnées d’engorgement des ganglions cervicaux, taudis que « les lésions gommeuses ne retentissent que d'une façon exceptionnelle sur les ganglions de leur voisinage ». Les ulcérations tuberculeuses de la gorge provoquent de très vives douleurs et une dysphagie qui est parfois tellement pénible que les malades évitent de manger pour n’avoir pas à avaler; les ulcérations syphilitiques provoquent moins de douleurs, il y en a néanmoins de fort douloureuses. Enfin, au cas d’hésitation, la sécrétion ou le raclage des ulcérations tuberculeuses permet de constater la présence du bacille.

Il est un diagnostic que je n’ai encore vu signalé nulle part et qui m’est suggéré par l’histoire d’une malade que j’ai eue cette année à l’hôpital Necker : celte femme avait une tuméfaction rouge, très limitée et très douloureuse de la voûte palatine au voisinage de la ligne médiane. Coloration, tuméfaction, induration, douleur très aiguë, spontanée et provoquée, tout simulait une périostite syphilitique aiguë. Sur la partie saillante et dans son voisinage on découvrait quelques ulcérations superficielles et quelques grains arrondis, opalescents, simulant les grains jaunes de la tuberculose, et commençant a apparaître également sur l’amygdale gauche. Le diagnostic avait paru hésitant entre la syphilis tertiaire et la tuber-

culose de la voûte palatine. Je n’acceptai aucun de ces diagnostics; en effet, la malade avait été prise, peu de jours avant, de ces accidents très douloureux qui gênaient la mastication et la déglutition; c’était trop rapide pour admettre l’hypothèse d’une gomme ou d’une périostite; de plus, l’apparence très superficielle et polycyclique de ces ulcérations éloignait également cette hypothèse; et, en tout cas, on ne voit, ni une gomme, ni une périostite, aboutir en quelques jours à une phase ulcéreuse. Quant aux soi-disant grains jaunes tuberculeux, en y regardant de près on voyait qu’il s’agissait là de quelques vésicules d’herpès, et, tenant compte des groupes vésiculeux développés sur la voûte palatine et sur l’amygdale, du fond érythémateux qui entourail ces groupes de vésicules, de la douleur excessive qui avait précédé et accompagné cette irruption d’herpès, je portai le diagnostic de zona bucco-pharyngé. En effet, les jour} suivants, de nouveaux groupes de vésicules d’herpès se développaient avec toutes les douleurs du zona sur le fond érythémateux de la voûte palatine, du voile du palais et de l’amygdale. La malade raconta que, plusieurs fois, au moment de ses règles, elle avait été prise de pareils accidents; elle guérit en quinze jours. Ce fait n’est pas absolument isolé, j’en ai retrouvé d’autres observations.

Le syphilome diffus à forme scléreuse s’observe à la région qui nous occupe. Les piliers et le voile du palais peuvent être infiltrés par le syphilome, au point d’acquérir trois et quatre fois leur épaisseur normale. Ces parties perdent leur souplesse, s’indurent et se déforment. Les piliers prennent un aspect crevassé et mamelonné. L’isthme du gosier est rétréci: la luette est épaissie et indurée, les amygdales sont hypertrophiées, lardacées, fendillées. Ces diverses lésions compromettent plus ou moins la phonation et la déglutition Le début de l’affection est insidieux et indolent, et bien des gens, n’éprouvant autre chose que des symptômes d’au-

UIBULAFOY, PATHOL., T. II.

gine légère, ne se préoccupent pas autrement de leur

mal. ... •

Pharynx. — Après le voile du palais, la paroi postérieure du pharynx est le siège préféré des gommes syphilitiques1. Leur évolution se fait sans douleur, ne déterminant qu’une légère dysphagie tant que la gomme n est pas ulcérée. Aussi les malades ne s’en préoccupent-ils pas et « les syphilides gommeuses du pharynx ne s’observent guère, en pratique, qu’à l’état d’ulcération. Elles ont même deux caractères qui les signalent aussitôt a l attention et qui en établissent la nature : forme regulierement arrondie, fond jaunâtre et bourbillonneux (Fournier) ». Quand les gommes se logent en haut du pharynx, dans le naso-pharynx, on n’arrive à les découvrir que par un

examen spécial. „ ,

Au pharynx, les ulcérations tertiaires présentent quelques particularités. La muqueuse de la paroi postérieure du pharynx est tuméfiée, rougeâtre et chagrinée; par places elle est couverte de croûtes, et en d’autres poin s un pus verdâtre baigne les sillons qui séparent les mamelons de la muqueuse. Les ulcérations sont peu profondes et habituellement consécutives à des ulcérations

du voisinage. , . .

Les ulcères gommeux du pharynx et du voisinage peuvent laisser à leur suite des cicatrices blanchâtres, profondes, qui déforment la région et favorisent de 'adhérences avec les parties voisines. Sur 15° cas de rétrécissement syphilitique du pharynx, Lubinsb constate 16 fois l’atrésie totale de l’isthme du gosier . Quand le voile du palais se soude à la paroi postérieure du pharynx, la respiration ne peut plus se faire par le nez . le

goût et l’odorat sont perdus. . .

Voûte palatine. - La description de la syphih > terhair de la voûte palatine a été faite avec la syphilis des fosses

i. Machon. Pharyngite syphilitique tertiaire. Paris, 1874.

a. Revue de syphiliographie , 188i, p. 589.

nasales dont elle est inséparable. Je renvoie donc pour cette étude à l’article : Syphilis des fosses nasales.

Amrjçidales. — La syphilis tertiaire est rare aux amygdales. La gomme amygdalienne débute souvent par une phase douloureuse qui simule une angine aiguë. On dirait une amygdalite avec exsudât blanchâtre, diphthéroïde. Une petite tumeur se forme, qui s’ulcère, se perfore, se vide comme un abcès, et à ce moment une détente se produit. Telle a été du moins l’évolution des lésions gommeuses dans les quelques observations qui ont été publiées1.

Traitement. — En présence du chancre syphilitique, il faut aussitôt instituer le traitement ayant pour base les mercuriaux. On donne, tous les jours, une pilule de protoiodure d’hydrargyre de cinq centigrammes ; on peut modifier le chancre en le touchant légèrement et à plusieurs reprises, au nitrate d’argent. En présence des accidents secondaires de la bouche et du pharynx (syphilides), la conduite à tenir est la même; on peut accélérer la cicatrisation des plaques muqueuses par quelques légers attouchements au nitrate d’argent et l’on institue le traitement mercuriel simple ou associé à l’iodure de potassium.

Le tabac, les boissons alcooliques, les mets épicés seront interdits, car ces différentes causes favorisent singulièrement le retour des plaques muqueuses. La bouche sera proprement et minutieusement entretenue. Pour peu que les pilules mercurielles produisent de la gingivite, on leur adjoindra tous les jours deux ou trois grammes de chlorate de potasse dans une potion.

Les accidents tertiaires doivent être traités avec énergie. Si le malade est atteint d’ulcération bucco-pharyngée, ulcérations tertiaires, ulcère gommeux, on prescrira comme traitement local les moyens suivants : 1° Fré-

Juhel-Rénoy. Archives de laryngologie, avril 1889. — Matior Annales de la policlinique, 1891.

quents gargarismes émollients à la décoction de guimauve et de pavot; 2° Déterger les surfaces ulcérées au moyen d’un pinceau imbibé de la solution suivante :

Eau 100 grammes.

Teinture d’iode. . . S grammes.

Iodure de potassium. 5 grammes.

5° Ilâter la cicatrisation des plaies par do légers attouchements au nitrate d’argent.

L 'iodure de potassium est l’agent essentiel du traitement. On le donne d’emblée à la dose de un gramme à deux grammes par jour, pour monter rapidement aux doses journalières de cinq, dix et quinze grammes, et alors même que la tolérance ne serait pas bien établie dès les premiers jours, on passe outre, car il n y a pas de temps à perdre en face d’ulcérations serpigineuses qui vont labourer la gorge et en face d’une gomme qui va perforer le voile du palais. Pour plus de sûreté, si l’iodure paraît ne pas agir assez rapidement, on lui adjoint les frictions mercurielles (4 à 6 grammes d’onguent mercuriel par jour), ou bien on administre tous les jours quatre à six grandes cuillerées du sirop suivant (Vidal) :

Sirop de quinquina. .

Eau distillée

Iodure de potassium. .

Biiodure d’hydrargyre.

450 grammes.

50 grammes.

15 grammes.

0,15 centigrammes.

Tel est l’ensemble du traitement; le lait aide à supporter les préparations iodurées, et il est essentiel de soumettre les malades à un régime fortifiant. Il faut agir et agir vile. Ce qui importe, je l’ai dit, et j’y reviens, c es de ne pas commettre une erreur de diagnostic, afin d’instituer le traitement sans retard. 11 ne faut pas oublier que les gommes syphilitiques de la gorge, du voile au palais, aboutissent parfois en quelques jours à une perforation ; un traitement bien dirigée peut conjurer ce accidents.

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