‹ Manuel de pathologie interne (volume 4)Chapitre 269 sur 492 · Arch. de inédcc · texte numérisé non relu

Arch. de inédcc

Je terminerai par une étude très détaillée de la tuberculose larvée des trois amygdales, qui me paraît dominer la question.

A. Tuberculose de la bouche.

Langue. — Les ulcérations tuberculeuses de la langue sont des plus fréquentes; elles occupent, par ordre de fréquence, la pointe, les faces supérieure et inférieure de l’organe. Voici comment elles se développent : on aperçoit sur la muqueuse une tache jaunâtre, arrondie, de 3 ou 4 millimètres de diamètre; l’épithélium tombe, et il en résulte une ulcération qui gagne en surface et en profondeur. Parfois l’ulcération débute sous forme de fissure, et détermine une véritable hypertrophie des papilles.

Quand l’ulcération est constituée, ses bords sont festonnés et taillés à pic, le fond est enduit d’une couche de mucus et de salive qui, une fois enlevée, laisse à nu une surface inégale d’un gris jaunâtre. Autour de l’ulcération on observe fréquemment un semis de points jaunâtres qu’on avait pris à tort pour des orifices folliculaires; ce sont de petits abcès miliaires sous-épithéliaux, des amas de follicules tuberculeux, ayant la constitution du tissu tuberculeux, s’ulcérant à leur tour et se confondant avec l’ulcération principale.

L’examen histologique des ulcérations tuberculeuses révèle les caractères suivants : quand on fait une section passant à travers une ulcération de la langue, on voit que les parties bourgeonnantes de l'ulcère sont formées par du tissu embryonnaire, du tissu de bourgeons charnus. La surface de la partie ulcérée est également infiltrée de tissu embryonnaire, et, plus profondément, on voit des faisceaux de fibres musculaires entre lesquels et autour desquels le tissu conjonctif embryonnaire montre de distance en distance des îlots de granulations tuber-

culeuses plus ou moins développées1 2. Ces granulations, ou mieux ces follicules tuberculeux (cellules géantes, cellules embryonnaires, bacilles), invisibles à 1 œil nu, siègent très profondément dans le tissu musculaire de la langue; on les trouve jusqu’à 1 centimètre et au delà de la surface ulcérée.

L’ulcération tuberculeuse de la langue est presque toujours unique au début, contrairement aux ulcérations du pharynx, de l’isthme et de la voûte, qui sont souvent multiples. En vieillissant, elle devient profonde, anfractueuse et très excavée, contrairement aux ulcérations du pharynx qui sont habituellement superficielles. A la langue/les ulcérations ont une marche très lente, elles coïncident d’habitude avec les formes chroniques de la phthisie pulmonaire, tandis que les ulcérations tubei culeuses du pharynx coïncident plutôt avec les formes rapides et généralisées de la tuberculose. Les ulcérations tuberculeuses buccales ont paru, dans quelques^ cas, devancer les lésions du poumon; elles peuvent guérir et se cicatriser*. Les ulcérations de la langue sont très douloureuses au contact des liquides et des aliments, aussi les malades éprouvent ils une gêne très pénible dans les actes de la mastication et de la déglutition; toutefois ces douleurs sont bien loin d’avoir 1 acuité que provoquent les ulcérations du pharynx. A 1 encontre de ce qu’on pourrait supposer, les ulcérations tuberculeuses linguales sont rarement suivies d’adénopathie.

L’ulcération tuberculeuse de la langue ne sera pas confondue avec le chancre syphilitique. Le chancre n’a pas une surface grisâtre et grenue, il n’est pas entouré d’un semis de points jaunâtres, son fond est plus en relief, la pression n’en est pas douloureuse, sa base est beaucoup plus indurée, l’adénite qu’il provoque est multiple et indolente. L’ulcération tuberculeuse de la langue

1. Spillmann. Tuberculose du tube digestif. Paris, 1808, p. 37.

2. Ducrot. Tuberculose de In bouche. Th. de Paris. 1870, n" 355.

se distingue du cancroïde par les signes suivants :1a surface du cancroïde est beaucoup plus végétante, le cancroïde saigne facilement, il donne lieu à un suintement d’odeur fade ou fétide, ses bords sont fortement relevés et comme renversés en dehors, il est souvent le siège de douleurs lancinantes spontanées, il provoque une adénite assez considérable, douloureuse et tardive.

Aux lèvres et aux gencives les ulcérations tuberculeuses sont très rares1; elles sont parfois consécutives à des ulcérations tuberculeuses de la muqueuse des joues. Dans une observation de Reclus, les ulcérations buccogingivales avaient provoqué la chute des dents2 3 *. Dans un cas de Giraudeau, il y avait ostéo-périostite, chute des dents et nécrose du maxillaire5.

Voûte palatine. — Les ulcérations tuberculeuses de la voûte palatine sont plus fréquentes qu’on ne l’avait d’abord supposé; Hermandier en a réuni huit observations. On peut trouver une ou plusieurs ulcérations; elles siègent indistinctement sur toutes les parties de la voûte et il est habituel que le voile, les piliers ou les lèvres présentent en même temps des ulcérations de même nature. Ici comme ailleurs, quand l’ulcération est isolée, ses contours sont nets, mais quand plusieurs ulcérations se réunissent, ce qui est fréquent, la surface ulcérée présente des contours sinueux et peut atteindre plusieurs centimètres d’étendue. Lesbords de l’ ulcération sont rougeâtres, boursoutlés, taillés à pic; ils sont rarement indurés. L’ulcération tuberculeuse de la voùtecomme celle de la langue est fréquemment entourée de points jaunâtres et saillants, véritables nodules tuberculeux.

La formation des ulcérations est accompagnée de cuisson, de douleurs, surtout au contact des aliments. Dans une observation (Quenu)*, l’ulcération avait provoqué

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