Béhier. Clin, méd., p. 52 et
MALADIES DE L’ŒSOPHAGE
établir le diagnostic pathogénique du rétrécissement. Il n’est pas rare qu’il y ait, en pareil cas, plusieurs rétrécissements, siégeant en différents points de 1 œsophage et ayant quelques centimètres d’étendue; aussi le cathetérisme chez ces malades est-il très difficile.
Dans une deuxième variété, le rétrécissement cicatriciel est dû à un ulcère simple de l’œsophage. L ulcéré simple de l’œsophage ( ulcus simplex) est identique à 1 ulcère simple de l’estomac et du duodénum. Sa cicatrisation peut amener un rétrécissement de l’œsophage; c est un fait qui ressort clairement de l’une des observations deM Debove1, où l’ulcère et le rétrécissement consecutif siégeaient à 5 centimètres au-dessus du cardia. Mais, en pareil cas, la dysphagie et les symptômes de rétrécissement sont précédés d’une période plus ou moins longue, caractérisée par des symptômes qui rappellent ceux de l’ulcère stomacal. Des douleurs , vives, parfois très vives, spontanées, ou provoquées par 1 ingestion des aliments, existent au creux épigastrique, à la région vertébrale, et s’irradient vers les épaules, autour du thorax, ou en d’autres sens. Les hématémèses sont, avec les douleurs, l’autre symptôme dominant de l’ulcere œsophagien. L’hématémèse est formée de sang rouge plus souvent que de sang noir, elle peut être abondante, très abondante, et se répéter à différentes reprises. A cette première phase (douleurs et hématémeses), qui dure des mois et des années, succèdent la dysphagie et les symptômes du rétrécissement œsophagien. Ces symptômes s’établissent lentement, la difficulté de la déglutition augmente progressivement, on pratique le cathetérisme et l’on constate l’existence et le siégé du rétrécissement. La succession et l’évolution de ces differents symptômes permettent de rcmontei au diagnostic pathogénique et écartent l’idée de cancer.
Dans une troisième variété, le rétrécissement cicatri-
1. Debove. Soc. méd. des hôp. Séances du 9 octobre 188a et 12 août 1887.
ciel est dû à la syphilis. Ici nous ne trouvons ni la phase préparatoire aiguë des rétrécissements qui succèdent à l’ingestion de liquides corrosifs, ni la phase préparatoire douloureuse et parfois hémorrhagique qui précède le rétrécissement dû à l’ulcère simple. Les observations de rétrécissement syphilitique de l’œsophage sont rares, puisque M. Potain n’a pu en réunir que sept cas*. Une fois, Virchow a constaté des gommes en dégénérescence, dans la cicatrice du rétrécissement. Lubinski cite deux observations de rétrécissement syphilitique : l’une concerne un jeune garçon de vingt-neuf ans syphilitique depuis plusieurs années, chez lequel le rétrécissement de l’œsophage, probablement dû à une gomme ulcérée, se développa si vite qu’en trois semaines la sténose de l’œsophage était presque complète. Le traitement spécifique amena une rapide amélioration, et, pendant le traitement, un psoriasis syphilitique palmaire vint confirmer le diagnostic. L’autre observation concerne un homme atteint de syphilis linguale depuis vingt-deux ans. Dans les cas de rétrécissement syphilitique on arrivera au diagnosticen procédant parexclusion ; le rétrécissement s’établit vite ou lentement, il n’est pas précédé des symptômes qui constituent la phase préparatoire que nous avons signalée dans les autres variétés de rétrécissements cicatriciels, et le malade a déjà eu des accidents syphilitiques.
Ainsi qu’on vient de le voir par cette longue discussion des symptômes, c’est par élimination qu’on arrivera, dans les cas difficiles, à reconnaître la nature cancéreuse de la lésion. Toutefois le rétrécissement cancéreux de l’œsophage est difficile à diagnostiquer à son début ; l'âge du malade, les conditions d’hérédité, l’étude minutieuse de la phase préparatoire, permettront d’établir le plus souvent s’il s’agit ou non d’un cancer.
Pour compléter ce diagnostic il ne faut guère compter sur la cachexie du malade, elle peut être lente à survenir