‹ Manuel de pathologie interne (volume 4)Chapitre 344 sur 492 · Annales de l’Institut Pasteur, 1SS · texte numérisé non relu

Annales de l’Institut Pasteur, 1SS

DIEULAFOY, PATHOI.. T, U.

Anatomie pathologique. — A l’ouverture de l’intestin,

on découvre deux ordres de lésions; les unes sont des lésions d’inflammation vulgaire, les autres sont tuberculeuses. Les lésions tuberculeuses de la muqueuse intestinale ont pour siège de prédilection la dernière portion de l’iléon et le cæcum; on les retrouve néanmoins dans toutes les autres parties de l’intestin. A l’autopsie, ces lésions se présentent sous forme de granulations et d 'ulcérations dont la forme et les dimensions sont variables. Ces ulcérations sont arrondies quand elles occupent les follicules isolés; elles sont longitudinales ou ovalaires quand elles ont pour siège les plaques de Peyer; souvent elles sont transversales, annulaires, et entourent l’intestin comme un anneau. Étudions ces différentes altérations.

Les lésions tuberculeuses de l’intestin sont constituées par des granulations et par des inflammations tuberculeuses ulcéreuses. Les granulations tuberculeuses naissent dans les parois des vaisseaux, dans le tissu conjonctif, qui entoure le cul-de-sac des glandes en tubes, ou dans le tissu conjonctif des villosités; leur présence provoque dans les villosités et dans les glandes un travail pblegmasique.

Les villosités intestinales, tuméfiées et infiltrées de cellules rondes, s’unissent les unes aux autres par leur base et forment ainsi une excroissance ayant l’aspect d'un nodule tuberculeux. Les glandes en tubes s’allongent et se remplissent de cellules cylindriques. La petite masse tuberculeuse devient opaque, caséeuse, et s’ulcère. Voilà un premier mode d’ulcération intestinale; nous allons voir un autre processus dans lequel les ulcérations ont pour origine la pblegmasie tuberculeuse qui frappe les follicules clos et les glandes de Peyer.

Au début, l’aspect des follicules lymphatiques atteints d’inflammation tuberculeuse ne diffère pas de la psorentérie simple; le follicule est augmenté de volume et infillré d’éléments lymphoïdes: bientôt son cenlre devient

MALADIES DE L'INTESTIN

opaque et grisâtre, il se ramollit et se transforme en un petit abcès folliculaire qui ne tarde pas à s’ulcérer.

« Souvent, plusieurs follicules altérés siégeant, soit sur une plaque de Peyer, soit sur un autre point de la muqueuse, entourés par une inflammation diffuse du tissu conjonctif sous-muqueux, et par une inflammation des villosités et des glandes, se réunissent pour former une plaque saillante qui s’ulcère1. » C’est là un autre mode d’ulcération dans la tuberculose intestinale; mais quelle que soit l’origine de l’ulcération, qu’elle ait pour origine des granulations ou l’inflammation tuberculeuse des follicules, « son développement ultérieur et ses conséquences sont les mêmes » .

Les ulcérations tuberculeuses se réunissent etprennenl souvent une forme annulaire ; on trouve alors sur la muqueuse des segments d’anneaux ou des anneaux complets ayant chacun une largeur de 1 à 2 centimètres et distants les uns des autres de plusieurs centimètres. Cette disposition annulaire des ulcérations tient probablement à une disposition analogue des territoires vasculaires2, les vaisseaux étant, eux aussi, disposés en anneaux autour de l’intestin, et leurs parois étant infiltrées de granulations tuberculeuses. Les plaques de Peyer ulcérées ne sont pas tuméfiées comme dans la fièvre typhoïde, elles sont peu saillantes et semées d’ulcérations cratériformes. Ces deux types d’ulcérations, les ulcérations annulaires et les ulcérations des plaques de Peyer, sont isolés, ou réunis chez le même sujet.

Les bords et le fond des ulcères tuberculeux sont souvent parsemés de granulations tuberculeuses, granulations qu’on retrouve dans les diverses couches de tissu conjonctif des parois intestinales, entre les fibres musculaires et dans le tissu sous-muqueux profond.

1. Cornil et Ranvier. Manuel d'histologie, p. 852. — Colin. Arch. de méd., 1874. — Laveran. Progrès mtd., 1877.

2. Spillmann. Tuberculose du tube digestif. Paris, tht-se cl’ajrrë"iit

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Le système lymphatique participe largement au processus tuberculeux. Les vaisseaux lymphatiques qui partent des plaques de Peyer ulcérées sont injectés de matière tuberculeuse. Les points de la surface péritonéale de l'intestin qui répondent aux ulcérations de la muqueuse, offrent toujours un certain nombre de granulations tuberculeuses qui se détachent sur le fond rouge de la séreuse enflammée; les vaisseaux lymphatiques qui en émergent, pour se rendre aux ganglions mésentériques, sont blanchcâtres, noueux, volumineux et infiltrés de granulations tuberculeuses.

Les ulcérations tuberculeuses de l’intestin aboutissent rarement au rétrécissement et à la perforation] développées au niveau du cæcum, elles peuvent provoquer une lyphlite et une pérityphlite tuberculeuse' . Dans le gros intestin, les ulcérations peuvent avoir une telle étendue qu’au premier abord, la colite tuberculeuse n’est pas sans analogie avec les lésions de la dysenterie.

Description. — La tuberculose de l’intestin peut produire des hémorrhagies et des perforations intestinales suivies ou non de péritonite ; ce sont là des complications rares; tandis que l’entérite est une manifestation presque constante de la tuberculose de l’intestin. On a rarement l’occasion d’étudier l’entérite tuberculeuse à titre de maladie isolée, parce qu’elle est presque toujours liée à la phthisie pulmonaire, dans le cours de la phthisie ou à sa période ultime (période de cachexie). L’intensité des symptômes est subordonnée à l’étendue et à la profondeur des lésions intestinales; parfois, l’entérite est bénigne et passagère; elle est caractérisée par une diarrhée qui cède assez facilement au traitement; plus souvent, les évacuations diarrhéiques sont abondantes, tenaces, accompagnées de douleurs abdominales, et quelquefois teintées de sang. Dans quelques cas, lorsque le gros intestin est ulcéré, aux symptômes habituels de

I. I.oiidet. Ulcérai, et perforât, de l’appendice iléo-cæcal. Arch. de ined., 1839. — Dlljuct, Lullct. de ta Suc. dehioUig., mai i£ûJ.

MALADIES DE L’INTESLN.

l’entérite se joignent des phénomènes dysentcriformes avec épreintes et ténesme. Chez les tuberculeux l’entérite est un mauvais signe : elle annonce souvent la période cachectique, elle est une cause puissante de dénutrition, elle précipite le dénouement fatal.

Dans la tuberculose ulcéreuse intestinale chronique, les bacilles de Koch peuvent suivre les veines originaires de la veine porte et aboutir au foie, où ils déterminent une hépatite interstitielle, péri-portale, subaiguë, des lésions secondaires de cirrhose et d’inüllralion graisseuse péri-lobulaire.

Chez les enfants, l’entérite tuberculeuse est toujours associée à une tuberculisation des ganglions mésentériques (Parrot). Cette tuberculose entéro-mésentérique a longtemps été désigée sous le nom de carreau; elle est caractérisée par les symptômes de l’entérite auxquels s’ajoutent d’autres signes tels que le développement du ventre, la dilatation des veines sous-cutanées abdominales, la formai ion d’un épanchement dans le péritoine.

Diagnostic. — Dans quelques cas de granulie, les troubles intestinaux joints aux symptômes généraux, donnent à la maladie les apparences de la fièvre typhoïde. Dans l’entérite tuberculeuse chronique, le diagnostic est d’autant plus difficile que le sujet atteint d’entérite chronique n’a pas toujours les apparences d'un tuberculeux; pendant des mois, et pendant des années, avec des phases d’amélioration, avec suspension momentanée des accidents, il est atteint de troubles entériformes ou diarrhéiques qu’on met sur le compte d’une dyspepsie gastrointestinale, ou qu’on attribue à la diathèse arthritique ; mais il faut toujours se méfier; ces diarrhées interminables, ces entérites qui semblent guérir à Plombières ou ailleurs, et qui reparaissent après disparition momentanée, sont le plus souvent tributaires de la tuberculose. Dans quelques cas exceptionnels, on a pu déceler dans les selles le bacille tuberculeux.

L’entérite tuberculeuse est souvent rebelle au traite-

vient. Le sous-nitrate de bismuth à haute dose, 10 à 20 gi amines par jour, l’eau de chaux très légèrement morphinée, les boissons albumineuses, le nitrate d’argent en pilules, sont les moyens habituellement mis en usage; on leur associe avec avantage une alimentation dans laquelle la viande crue convenablement préparée joue le principal rôle. L’acide lactique (Ilayem), la poudre de Laïc à la dose de 40 grammes par jour (Debove) ont été préconisés. La cure de Plombières rend de lé'is services.

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