Kelsch et Kiener. Traité des maladies des pays chauds
MALADIES DE L’INTESTIN. 665
néale, formée de cellules plates et de tissu conjonctil, puis deux couches de muscles lisses, l’une à faisceaux longitudinaux, l’autre à faisceaux annulaires, puis une tunique celluleuse ou sous-muqueuse, et enfin une tunique interne ou muqueuse. Ces deux dernières tuniques, la celluleuse et la muqueuse, présentent les particularités suivantes : dans la partie voisine de sa surface, la muqueuse est composée de glandes en tube, analogues aux glandes de Lieberkühn de l’intestin grêle, mais un peu plus longues ; ces glandes sont réunies par une trame fibro-vasculaire très fine, et leur épithélium cylindrique se continue avec l’épithélium de la muqueuse. Au-dessous de cette couche glanduleuse, on trouve des fibres musculaires lissés et du tissu conjonctif (tunique celluleuse) qui, par sa structure, est plus analogue au tissu conjonctif ordinaire qu’au tissu réticulé de l’intestin grêle. Les follicules clos, follicules isolés contenus dans celte tunique celluleuse, sont moins nombreux mais plus volumineux que ceux de l’intestin grêle. La tunique celluleuse est traversée par des branches vasculaires volumineuses qui forment au niveau de la limite interne de la celluleuse un plexus serré (membrane vasculaire de Dœllinger) d’où partent des rameaux perpendiculaires qui vont ramper entre les glandes en tube. Les lymphatiques sont beaucoup moins abondants que dans l’intestin grêle.
Ces notions anatomiques étant posées, étudions maintenant les lésions de la dysenterie.
A. Dysenterie bénigne. — Les lésions atteignent le rectum et l’S iliaque. Dès le début, la muqueuse est rouge, épaissie, ecchyrnosée, et comme bourgeonnante; elle est couverte d’une exsudation muqueuse jaunâtre, puriformo, striée de sang, analogue aux déjections qui caractérisent à celte période les selles des dysentériques; elle présente des reliefs formés par les follicules lymphatiques hypertrophiés. Après peu de jours, on trouve sur la muqueuse des ulcérations arrondies, taillées comme à l’ emporte-pièce, et d’autres ulcérations plus larges et
plus irrégulières. Al’examen microscopique, les vaisseaux de la couche glandulaire apparaissent turgides et entourés d’un tissu conjonctif infiltré de cellules embryonnaires; les glandes en tube sont comprimées et allongées. Le réseau vasculaire sous-jacent est également entouré d’un exsudât fibrineux et d’un tissu conjonctif infiltré de cellules embryonnaires, les follicules clos, tuméfiés, infiltrés eux aussi de cellules lymphatiques, font saillie à la surface de la muqueuse. Les ulcérations arrondies1, folliculaires, sont dues au ramollissement central et à la suppuration des follicules ; les ulcérations plus étendues viennent de la gangrène de la muqueuse qui n’est plus suffisamment nourrie par le réseau vasculaire que des éléments nouveaux infiltrent et compriment. Une fois formées, les ulcérations s’étendent et suppurent, mais, dans les cas légers, le processus aboutit assez rapidement à la guérison.
B .Dysenterie grave. — Les lésions de la dysenterie grave sont celles que je viens d’indiquer, mais avecune intensité bien supérieure. Les lésions se généralisent à tout le gros intestin, et même elles ne respectent pas toujours l’intestin grêle. Les ulcérations - sont étendues, profondes et réparties à Lout le gros intestin. Par places, la muqueuse ressemble à un morceau de bois rongé par les vers (Kelsch); dans d’autres cas, la muqueuse est enlevée par lambeaux dans une grande étendue, et sur la tunique celluleuse, on ne trouve plus que quelques bouquets de glandes en tubes, rares témoins de la muqueuse exfoliée. Les surfaces ulcérées sont rougeâtres, bourgeonnantes et recouvertes de débris infiltrés de pus : le bord des ulcérations est taillé à pic. Le réseau vasculaire sousjacent à la couche glandulaire (membrane vasculaire de Dœllinger) est infiltré d’éléments nouveaux embryonnaires et de fibrine coagulée, les vaisseaux sont dilatés
1. Voyez à ce sujet le remarquable travail de M. Kelsch. Arch. de physiol., 1873.