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Trousseau. Clin, méd., t. III, p

MALADIES DE L’INTESTIN

douloureux de tension et de constrictions à l’anus (épreintes et ténesme) et d’envies incessantes, que le malade ne peut satisfaire, et qui n’aboutissent qu’à lui faire rendre à la fois, tout au plus, la valeur d’une cuillerée à café de matière. Les épreintes, vives et douloureuses, se propagent parfois du rectum à la vessie (dysurie).Le ténesme, phénomène extrêmement pénible, n’est pas dû, comme on l’avait supposé, à la contracture convulsive du sphincter, car l’anus est béant et largement ouvert, il est dû à la violente inflammation du conduit.

En outre, il y a des coliques autour du nombril et sur le trajet du gros intestin. Ces douleurs sont exagérées par la pression, surtout au niveau de la fosse iliaque gauche.

Avec les ulcérations intestinales, les garde-robes se modifient ; outre les matières glaireuses, elles contiennent du sang pur, et des membranes nommées vulgairement raclure de boyaux, qui sont en réalité des lambeaux de muqueuse ulcérée ainsi que le démontre l’examen microscopique. Au milieu de ces garde-robes, il n’est pas rare de rencontrer de véritables matières fécales moulées. A cette période, les efforts de défécation se répètent plusieurs fois par heure, et dans les cas très graves, épidémiques, les malades ont jusqu’à cinquante, cent et deux cents selles par vingt-quatre heures, et la masse totale des matières rendues peut s’élever à trois, quatre et cinq litres.

Vers le huitième, dixième, quatorzième jour, les garderobes, d’une fétidité horrible, ne contiennent presque plus de mucus, puisque les glandes muqueuses sont en partie détruites, elles sont constituées par un liquide séreux et rougeâtre au milieu duquel nagent des lambeaux de membranes. Alors aussi les garde-robes contiennent du pus en quantité notable.

Tel est l’exposé des phénomènes locaux de la dysenterie; leur intensité dépend de la gravité de la maladie. Je vais exposer maintenant les symptômes généraux, qui varient avec les épidémies, et suivant les contrées.

a. Dans les formes bénignes (sporadique de nos contrées), la dysenterie est peu fébrile, la température ne dépasse pas 38 degrés et les évacuations alvines ne vont pas au delà de douze à quinze par jour. Néanmoins l’amaigrissement du malade est rapide et sa figure s’altère vite. Ces cas-là guérissent en une huitaine de jours. Dans les lormes graves (sporadiques des pays tropicaux et lormes épidémiques), les symptômes généraux sont rapidement inquiétants; la soif est vive, la peau est sèche et le pouls variable ; les évacuations sont incessantes, des douleurs intolérables épuisent le malade, les forces déclinent brusquement, l’amaigrissement est considérable; la prostration, la somnolence et le refroidissement complètent souvent ce tableau, et la mort peut survenir du quatrième au vingtième jour de la maladie.

b. La forme inflammatoire est caractérisée par une forte réaction fébrile, avec fréquence et dureté du pouls. La langue, au lieu d’être saburrale, est rouge, sèche et sans enduit; les garde-robes sont rares, et, quand elles deviennent plus fréquentes, la fièvre ne tarde pas à tomber.

c. Dans la forme bilieuse, contrairement à ce qu’on observe dans la dysenterie, il y a conjointement de la diarrhée, et les selles dysentériques sont mélangées de matières bilieuses jaunâtres et verdâtres. Les malades se plaignent de nausées, de vomissements, la langue est couverte d’un enduit saburral, le mouvement fébrile est peu intense.

d. La forme rhumatismale, disait Stoll1, est remarquable par les métastases qui se produisent sur les articulations. Dans le langage médical actuel, nous disons : L’infection dysentérique provoque des arthropathies qui font partie de la classe des pseudo-rhumatismes. Ces artliropalhies dysentériques s’observent dans les formes légères de la dysenterie plus que dans ses formes graves; elles

1. Quinquaud. Slanifcsl. rhum, de la dysent. Gaz. hôp., 187-i.

MALADIES DE L'INTESTIN

apparaissent surtout au déclin de la maladie, aux environs de la convalescence ; elles débutent habituellement par le genou et se généralisent ensuite à plusieurs jointures, au cou-de-pied, aux épaules, aux petites articulations des doigts1. L’arthropathie dysentérique survient soudainement, elle ne provoque ni fièvre ni douleur vive; dans quelques cas, son apparition coïncide avec l’arrêt du flux dysentérique; l’alternance de localisations intestinales et articulaires a été observée deux et trois fois chez les mêmes individus*. Ces arthralgies sont tenaces, elles peuvent durer des semaines et des mois, elles ne sont accompagnées d’aucune des complications viscérales du vrai rhumatisme. Dans une épidémie observée à Montargis (Huette), les accidents rhumatismaux avaient pris la forme d’arthrites analogues aux arthrites blennorrhagiques.

e. La forme intermittente est caractérisée par des rémissions suivies d’exacerbations; il ne faut pas la confondre avec la fièvre pernicieuse dysentérique.

f. Les formes adynamique et ataxique sont caractérisées, la première par la prostration et un abattement qui conduisent rapidement au coma; la seconde par du délire, de l’agitation, de la carphologie, des soubresauts de tendons. Ce sont des formes terribles qui s’associent, se succèdent et constituent la dysenterie dite maligne.

g. La dysenterie chronique s’ observe fréquemment dans les pays chauds; elle fait suite habituellement à plusieurs attaques aiguës ; elle est caractérisée par les symptômes de la dysenterie aiguë notablement modifiés. Ainsi les évacuations sont séreuses, puriformes, rarement sanguinolentes: l’anus est béant, et le ténesme est remplacé par une pesanteur douloureuse. Le ventre est plat, rétracté, douloureux à la pression. L’apyrexie est complète et l’appétit est conservé ou exagéré. Malgré cela, l’amai-

1. Arlhralgie infectieuse de la dysenterie. — Deweyre. Arc h. de méd., juillet, août, octobre 1886.

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