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DIEULAFOY, PATHOL. T. II, /,*
Dans quelques cas, la péritonite tuberculeuse débute brusquement, d’une façon subaiguë, mais habituellement elle est chronique d’emblée. Les malades se plaignent de douleurs abdominales avec alternatives de diarrhée et de constipation; le ventre est sensible à la pression, on consLate du météorisme et de l’ascite. L’épanchement péritonéal n’est pas abondant; en explorant l’abdomen on a la sensation de dureté, à' empâtement, surtout aux régions ombilicale et hypogastrique, parfois même on perçoit des indurations qui sont dues à l’agglutination des anses intestinales et à l’épaississement de l’épiploon- Le liquide se déplace difficilement dans la cavité péritonéale, il est souvent enkysté par les fausses membranes. Dans les points où les membranes glissent les unes sur les autres, on perçoit au toucher et à l’auscultation une sorte de froissement.
Dès le début, les fonctions digestives sont altérées (vomissements, diarrhée, lienterie) ; l’appétit se perd et l’amaigrissement fait des progrès rapides. Les autres symptômes généraux, fièvre, sueurs, œdèmes, cachexie, dépendent autant delà phthisie pulmonaire concomitante que de la péritonite tuberculeuse.
Dans quelques cas, un e fistule abdominale s’établit; j’ai observé un fait de ce genre : la fistule siégeait au-dessous de l’ombilic et par l’orifice s’écoulaient du pus et des matières fécales, ce qui n’a pas empêché le malade de guérir.
La marche et la durée de la maladie dépendent beaucoup de l’état des poumons. La péritonite tuberculeuse a une marche lente, entrecoupée parfois de poussées subaiguës ; elle dure six à huit mois en moyenne, elle peut se prolonger jusqu’à deux ans; la mort en est presque toujours la conséquence, toutefois la guérison est possible, surtout lorsque la tuberculose reste localisée à l’abdomen, le poumon restant indemne ou à peu près indemne. Dans quelques cas la péritonite chronique provoque, par des mécanismes différents, l’étranglement interne ou l'occlusion intestinale
Diagnostic. — Le diagnostic de la péritonite tuberculeuse est fort difficile au début, ce n’est que lorsque les parois abdominales se déforment, lorsque les indurations apparaissent, avec ou sans épanchement ascitique, que le diagnostic peut être établi. Parfois, la péritonite tuberculeuse est si insidieuse à son début, le sujet chez lequel elle se développe semblait jouir d’une telle santé, les poumons paraissaient en si bon état, qu’on ne peut se résoudre à admettre l’existence d’une péritonite tuberculeuse; mais bientôt les symptômes généraux augmentent d’intensité, des lésions pulmonaires jusque-là latentes ou insaisissables se révèlent, une pleurésie apparaît et le diagnostic se confirme.
Un ne confondra pas la péritonite chronique tuberculeuse avec la péritonite des alcooliques», avec les très rares péritonites des brightiques 2 et avec la péritonite périhépatique enkystée 3.
Lorsque l’épanchement est abondant, on peut croire à une ascite symptomatique d’une cirrhose atrophique du foie. Mais dans la cirrhose, l’ascite n’est pas cloisonnée, la fluctuation n’est pas limitée, la circulation collaterale est développée, le foie est petit, la rate est hypertrophiée; d’autre part, dans la forme ascitique de la péritonite tuberculeuse, l’épiploon induré et revenu sur lui-même donne parfois la sensation d’une corde tendue transversalement dans larégion ombilicale (Aran). Lubu, il faut savoir que péritonite tuberculeuse et tuberculose cirrhotique du foie peuvent coïncider. Dans ce cas le diagnostic est particulièrement difficile (Ilanot)4.
Dans la forme sèche de la maladie, les paquets de ausses membranes, ou les amas d’anses intestinales
Usi°nS du Péritoine chez les alcooliques (Gaz. heb- . janvierftî' Périlonites chroni<lues dites simples (Arch. de méd..
->■ Péritonite périhépatique enkitstée. Deschamps, Th. de Paris ISS 4. Voyez le chapitre consacré à la tuberculose dû foie
agglutinées, peuvent simuler une tumeur solide, un kyste de l’ovaire par exemple. Le diagnostic avec un kyste ovarique, en général aisé, est dans certains cas entouré des plus grandes difficultés. 11 suffit de rappeler à ce propos le cas célèbre de Spencer Wells, qui, pratiquant une laparotomie pour un kyste de l’ovaire, trouva une péritonite tuberculeuse; on évacua le liquide, la plaie fut suturée et la malade guérit.
Le diagnostic doit être fait avec le cancer du péritoine. Dans ce dernier cas, la teinte jaune paille est caractéristique, les ganglions inguinaux sont souvent très développés, les douleurs abdominales sont vives, et s’il survient un épanchement, il est habituellement hémorrhagique.
Le traitement peut se résumer ainsi : appliquer des révulsifs sur l’abdomen, calmer les douleurs au moyen d’injections de morphine, combattre chaque symptôme, vomissements, diarrhée, ascite, aussitôt qu’il prend une certaine importance, et lutter autant que possible contre l’infection tuberculeuse.
Les statistiques publiées des dernières années par les chirurgiens semblent démontrer que dans certaines conditions de chronicité et de localisation, lorsque la cachexie est peu avancée, quand les lésions viscérales sont peu disséminées, l’intervention opératoire peut donner de bons résultats'. Certains épanchements puriformes enkystés doivent être considérés comme des abcès froids du péritoine et traités par l'incision et le drainage. Quand la péritonite présente la forme ascitique, dégagée d’adhérences, on peut retirer le liquide et faire le lavage de la cavité péritonéale avec de l’eau bouillie (Debove). Le plus souvent, c’est la laparotomie qui doit être mise en usage.
1. Truc. Traitement chirurgical de la péritonite. Th. d’agrégation, 1886, p. 115.