‹ Manuel de pathologie interne (volume 4)Chapitre 381 sur 492 · Suc. de biol., 18 juin · texte numérisé non relu

Suc. de biol., 18 juin

formation qui s’efleclue dans toute la série animale par un mécanisme analogue à celui qu’on observe dans le règne végétal.

Les matières sucrées absorbées dans l’intestin ne séjournent pas dans le foie à l’étal de sucre, elles s’y transforment aussitôt en substance glycogène qui, à son tour, sera transformée en glycose qui est déversée dans la circulation générale, à mesure que l’économie en a besoin pour les phénomènes de nutrition et de calorification.

Il y a dans la formation et dans l’évolution du principe immédiat sucre deux phénomènes distincts : 1° la créa tion de la matière amylacée dans la cellule hépatique, c’est-à'-dire la sécrétion du glycogène; 2° le phénomène chimique qui fait subir à ce principe immédiat des transformations successives. Une partie du glycogène, contenu dans la cellule, s’y emmagasine comme aliment d’épargne, une autre partie y subit continuellement l’action d’un ferment né dans le foie, et, sous l’influence de ce ferment, le glycogène, transformé en glycose, passe dans les veines hépatiques et dans l’économie tout entière, pour concourir à la nutrition générale et à l’entretien de la chaleur animale. Le glycogène parait encore subir d’autres transformations successives (acide carbonique, acide lactique et sans doute graisse).

Pendant la vie, ces deux ordres de phénomènes, la sécrétion du glycogène et sa transformation au contact du ferment, se font en même temps; mais, après la mort, la sécrétion du glycogène, qui est l’acte vital, s’arrête, tandis que sa décomposition en produits secondaires, qui est l’acte chimique, se continue. Voilà pourquoi on peut laver à plusieurs reprises le foie d’un animal, et constater qu’il continue, et après des lavages successifs, à donner des traces de glycose.

On a voulu généraliser la fonction glycogénique. M. Rouget, ayant constaté de la matière glycogène dans d’autres tissus, dans les muscles, par exemple, bien qu’en faible

proportion, a voulu faire de la glycogénie un acte nutritif général, et non une fonction particulière du foie. Je ne peux entrer ici dans tous les détails de cette intéressante discussion1 2, mais il est certain que la présence de la substance glycogène dans un grand nombre de tissus n’a pas toute l’importance qu’on a voulu d’abord lui assigner : « ce sont là des phénomènes soumis à toutes les°éventualités de l’alimentation et à toutes les variétés qui s’observent dans les phénomènes accidentels de l’économie, qu’il faut bien distinguer des fonctions constantes » (Cl. Bernard). Or la fonction constante, invariable, nécessaire, est dévolue au foie.

3° La formation de graisse dans le foie (je parle du lait physiologique et non de dégénérescence graisseuse) parait résulter d’une transformation de la substance glycogène, témoin la production de cire par les abeilles, qui se nourrissent de principes sucrés, et la production de graisse chez les oies, qui, nourries exclusivement d’aliments féculents et sucrés, fmisseul par avoir un loie gras colossal (Persoz). La formation de la graisse n’a pas, bien entendu, son siège exclusif dans le foie, mais cet organe y participe largement.

4° Le rôle que Lehmann avait voulu faire jouer au foie dans la production des globules rouges n’est plus admis aujourd hui; on suppose plutôt que le foie est un organe dans lequel les hématies se détruisent.

5° La théorie avancée par plusieurs auteurs, et notamment par Murehison, que le foie serait presque chargé de la fabrication de l’urée, a été soutenue en France (Brouardcl)®. D'après l’ancienne théorie, l’urée, considérée comme un phénomène de combustion ou comme le résultat de dédoublements organiques, prenait naissance dans l'intimité des tissus de foute l’économie; d'après la théorie

1. Chrétien. Dictionn. des sc. méd., art. Foie, 4* série, t. Il, p. 593.

2. Brouardel. L'urée et le foie, etc. (Archives de physiol., 1876). — Michel. Gaz. hebdomad., 1877, p. 1.

nouvelle, l’urée, considérée comme le résultat de dédoublements organiques, prendrait naissance presque exclusivement dans le l'oie. On voit quelles sont les déductions qui en résultent; les états pathologiques qui exagèrent les fonctions normales de l’organe favorisent la production parfois considérable de l’urée, les états pathologiques qui tendent à amoindrir ou à détruire la fonction du foie (atrophie aiguë) produisent un abaissement notable de la quantité d’urée excrétée par les urines. Nous verrons dans le cours des articles suivants que cette théorie n’est pas absolument d’accord avec les faits1; il faut reconnaître néanmoins que, physiologiquement, le foie prend une part active à 1 'uréogénie.

6° D’après Schitr, le foie aurait encore pour fonction d’arrêter au passage, de neutraliser ou de détruire les substances toxiques absorbées dans l’intestin et contenues dans la veine porte 2. La cellule hépatique a la mission d arrêter en partie les alcaloïdes issus des fermentations putrides qui sont le résultat de la digestion intestinale (bouchard). Le foie arrête dans la proportion de 50 pour 100 les alcaloïdes végétaux (morphine, quinine, curare)3, il arrête les substances toxiques de la bile résorbées dans 1 intestin. Cette fonction d'arrêt est liée à la fonction glycogénique; le foie qui ne contient plus de glycogène n’est p us un organe protecteur, il laisse passer les alcaloïdes et les substances toxiques.

Page 1