I.otnlle. L’inflammation. Paris
A. Les scléroses partielles s’observent à litre de lésions secondaires dans un bon nombre de maladies du foie; on trouve du tissu de sclérose autour des tumeurs, au voisinage des gommes syphilitiques, des hydatides, des angiomes. Ce sont là des exemples de scléroses partielles; secondaires, dans lesquelles l’évolution exubérante du tissu conjonctif n’offre qu'un médiocre intérêt.
B. La sclérose évolue dans quelques circonstances en même temps qu’une autre lésion du foie. On rencontre des foies gras qui sont également sclérosés, et à côté de cellules remplies de graisse on voit une hyperplasie du tissu conjonctif qui pénètre parfois à l’intérieur du lobule; le foie est induré, lisse à la coupe et volumineux. Nous décrirons plus loin un type de cette variété, sous le nom de cirrhose graisseuse hypertrophique (type Hutinel- Sabourin). Nous décrirons également la cirrhose associée à la tuberculose du foie. Quand la sclérose se combine avec la dégénérescence amyloïde, le foie n’a pas l’énorme volume de l’amyloïde pure, il peut même être au-dessous du volume normal.
C. Il y a des scléroses secondaires, bâtardes, dans lesquelles la lésion du loie est associée aux lésions du cœur et du rein. J’ai décrit ailleurs les altérations du foie qu’on désigne sous le nom de foie cardiaque et de cirrhose cardiaque, je n’y reviens pas. Nous verrons plus tard, au sujet des maladies du rein, qu’il y a des cirrhoses hépatiques qui accompagnent le processus si complexe de la maladie de Briglu. Ces cirrhoses, ainsi que la cirrhose paludéenne et la cirrhose diabétique, seront décrites au moment voulu.
P' ^our |e moment je limite l’étude des cirrhoses du Joie aux hépatites chroniques qui forment des variétés bien définies, à savoir : la cirrhose atrophique de Laënnec, la cirrhose alcoolique hypertrophique, la cirrhose hypertrophique biliaire, la cirrhose syphilitique ; et encore ces variétés, nous le verrons, ne sont-elles pas toujours nettement tranchées, car elles peuvent donner naissance a des formes mixtes ou intermédiaires.
E. L’adénome est dans quelques cas associé aux lésions cirrhotiques. Parfois l’adénome est discret; parfois il prend une place importante, il devient prépondérant.
Avant de commencer l’élude des cirrhoses du foie, il me parait utile de présenter un aperçu historique de cette question.
Historique. — L’histoire des cirrhoses du foie date de Laënnec; il faut même dire que pendant longtemps, à l’exemple de Laënnec, on n’a décrit qu’une variété d’hépatite, la cirrhose atrophique. Laënnec lui avait donné le nom de cirrhose (xt ppoç, roux), à cause de la coloration que présente souvent le foie cirrhotique. Pien que celte désignation soit insuffisante, puisqu’elle ne rappelle qu’un des traits inconstants et peu saillants de la lésion, bien qu’on puisse lui substituer les désignations de sclérose (crxXïipoç, dur), ou d’hépatite chronique, je la conserverai néanmoins pour me conformer à l’usage. Laënnec s’était mépris sur la nature de la lésion, car la cirrhose représentait à son esprit une production qu’il appelait « les cirrhoses », et qu’il croyait analogue au squirrhe; mais sur tous les autres points sa description est typique, et c’est avec une admirable précision qu’il esquisse à grands traits, en quelques lignes et du premier ‘ coup, les caractères et l'évolution de celte maladie inconnue avant lui ! * Aussi, M. Hanot a-t-il eu l’heureuse inspiration de donner à cette maladie le nom de cirrhose de Laënnec.
Dès 1827, l’illustre Bright, ainsi que le fait observer
1. A l'autopsie, dit Laënnec, « le foie réduit au tiers de son volume se trouvait caché dans la région qu’il occupe; incisé, il paraissait entièrement composé d'une multitude de grains de la grosseur d’un grain de chènevis ou de millet, decouleur jaune ou jaune roux». Et en note, il ajoute, en parlant de cette production : « Je la désignerai sous le nom de cirrhose à cause de sa couleur. Son développement dans le foie est une des causes les plus communes de l’ascite. Un foie qui contient des cirrhoses perd de son volume au lieu de s’accroître d'autant. » ( Traité de l'auscultation, 1819, sect. IV, cliap. l, art. 6, obs. XXXV, et édition de 1826, t. 11, p. 196.)
Chauffard, avait sur l'hépatite scléreuse des notions fort positives; comme causes il signale l’alcoolisme, comme lésions il décrit les altérations du foie, la péritonite fibreuse, la sclérose de l’intestin, et les planches de son ouvrage reproduisent plusieurs types de cirrhoses. 11 voit que ces lésions a produisent une obstruction très générale de la circulation à travers les branches de la veine porte, et deviennent ainsi la cause immédiate de l’ascite, indépendamment des conditions morbides qui peuvent résulter pour le sang de ce fait, qu’il n’a pas abandonné dans le foie les substances qui doivent être éliminées parla sécrétion biliaire ».
Avec Kiernan ‘, l’anatomie pathologique de la cirrhose fait un pas décisif. L’auteur anglais, dans ses remarquables Recherches sur la structure du foie, démonlre l’existence normale d’une trame conjonctive qui entoure et pénètre le lobule hépatique, et il attribue au développement anormal de cette trame le processus de la cirrhose. La thèse d’agrégation de Gubler3, qui date de 185o, résume les idées en vogue à cette époque; elle nous montre que jusque-là, à quelques exceptions près, on n’admettait qu’une seule variété de cirrhose, celle qui aboutit à l’atrophie du foie; nous y voyons que le foie cirrhosé peut bien se montrer sous la forme hypertrophique, mais pendant longtemps encore la cirrhose atrophique de Laënnec fut seule bien connue.
Cependant on rencontrait, dans les autopsies, des foies gros et cirrhosés, qui n’avaient nullement l’aspect de la cirrhose vulgaire, mais comme on était convaincu que la cirrhose, même quand elle commence par une période hypertrophique, doit finir par une période atrophique, on considérait tous les foies volumineux comme représentant la phase initiale d’une cirrhose vulgaire, le processus morbide débutant par l’hypertrophie de l’organe et aboutissant à son atrophie. Du reste cette manière de voir a