Trousseau. Clin, de l’Hûtel-Dieu, t. III
deux, trois ou quatre grammes d’antipyrine par cachets de 50 centigrammes. Les injections sous-cutanées de morphine rendent également de grands services, chaque injection contenant un demi-centigramme, un centigramme, deux centigrammes de chlorhydrate de morphine. A ces moyens on peut joindre des lavements de chloral et l’application de vessies de glace sur l’hypochondre. Les bains prolongés donnent aussi de bons résultats. Pour faciliter l’expulsion du calcul, on a conseillé l’ingestion de grandes quantités d’huile, le massage de la région hépatique (Pujol) : je pense que ce moyen présente plus d'inconvénients que d’avantages. La médication alcaline a une double action : elle facilite l’expulsion des calculs et elle s’oppose à leur formation. C’est dans ce but qu’on prescrit les eaux de Vichy1, de Carslbad, de Contrexéville, de Vittel. Le remède de Durande, qu’on donne sous forme de perles, contenant trois parties d’éther pour deux parties d’essence de térébenthine, était fréquemment employé par Trousseau. Le malade doit surveiller son alimentation et laisser de côté les aliments gras, les aliments et les boissons acides.
B. ACCIDENTS DU DEUXIÈME GROUPE. — OBLITERATION PERSISTANTE DES CANAUX BILIAIRES.
La colique hépatique, étudiée dans le chapitre précédent, n’est accompagnée que d’une oblitération temporaire et parfois incomplète des canaux cystique et cholédoque. Nous allons actuellement nous occuper de l’oblitération persistante de ces canaux et des accidents multiples qui peuvent en résulter.
Oblitération du canal cystique. — Quand le canal
1. Durand-Fardel. Lettres méd. sur Vichy, Société d’hydrol., janvier 1878. — Yillemin. Des coliques hépatiques et de leur traitement par les eaux de Vichy, 1874.
cystique est obstrué par un calcul, la bile n’arrive plus dans la vésicule du fiel; la bile qui s’y trouvait déjà se résorbe, les parois de la vésicule, sous l’infiuence d’une inflammation chronique, s’épaississent, se transforment en tissu fibreux, et la vésicule s’atrophie. Il y a même des cas où les parois de la vésicule s’infiltrent de sels calcaires. Dans d’autres circonstances, la bile résorbée fail place à une sécrétion séro-muqueuse et la vésicule ( hydro pisie de la vésicule ) peut prendre des dimensions considérables. Le liquide de l’hydrocholécystite est muqueux, filant, blanchâtre, et quelquefois riche en muco-pus. Toutefois, comme l’obstruction du canal cystique laisse libre l’écoulement de la bile dans l’intestin, cet accident n’a pas, il s’en faut, la même gravité que l’obstruction du canal cholédoque.
Oblitération du canal cholédoque. — Quand le canal cholédoque est oblitéré, la bile ne passe plus dans l’intestin, et un ictère chronique en est la conséquence. 11 y a néanmoins quelques exemples où, malgré la présence de plusieurs calculs (Cruveilhier) *, le canal cholédoque était resté assez perméable pour laisser passer la bile jusqu’au duodénum.
L’oblitération du cholédoque comme celle du canal cystique n’est pas toujours précédée, il s’en faut, de colique hépatique ; l’oblitération peut se faire silencieusement, sans douleurs; j’ai observé deux cas de ce genre dans mon service. L’oblitération du cholédoque et la rétention biliaire qui en est la conséquence peuvent engrainer les accidents suivants : dilatation et suppuration des canaux extra-hépatiques et de la vésicule biliaire; dilatation et suppuration des canaux intra-hépatiques (angiocholite) ; inflammation du tissu conjonctif voisin ( péri-angiocholite ); sclérose du foie ( cirrhose biliaire ); suppuration du tissu conjonctif hépatique ( angiocholite suppurée et abcès du foie); altération des cellules hépa-