Murchison, p
3000 grammes, dont la matité remonte jusqu’en haut du thorax ; ils simulent plutôt les épanchements moyens de 1500 à 1800 grammes, ceux qui provoquent une matité dont la limite atteint à peine l’épine de l’omoplate. Eh bien, ces épanchements moyens ne déterminent ni l’ampliation, ni la déformation thoracique, ni la voussure, ni l’élargissement des espaces intercostaux que l’on constate généralement dans les kystes hydatiques.
L e pronostic des kystes kydatiques du foie est fort sérieux, car il faut compter avec les mauvaises chances, et elles sont nombreuses, de la rupture du kyste, de son ouverture dans le thorax, dans le péritoine, dans les voies biliaires. Nous allons voir néanmoins que le traitement peut conjurer ces graves dangers et rendre le pronostic favorable.
Traitement. — Le traitement médical n’a jamais donné de résultat sérieux. En présence d’un kyste hydatique du foie, l’intervention chirurgicale est le seul traitement applicable.
L’ancien traitement chirurgical comprenait de nombreux procédés : l’électropuncture, la ponction simple sans injection, la ponction avec injections d’iode, d’alcool, de bile, etc., Yincision du kyste après adhérences préalables, adhérences obtenues par la pâte de Canquoin ou par l’acupuncture. Tous ces procédés je les avais vu mettre en usage dans le cours de mes études médicales et pendant mon internat; j’avais constaté quelques succès opératoires, mais en revanche combien d’insuccès, combien d’accidents mortels! On ne connaissait pas encore les fameuses méthodes antiseptiques. Je cherchai donc un mode, opératoire qui éloignerait dans la mesure du possible les terribles accidents de l’infection purulente; ce fut une des origines de mes travaux sur l’aspiration. Je me rappelle encore le premier kyste hydatique que j opérai avec l’aspirateur. J’avais l'honneur d être 1 interne d’Axenfeld, et la malade était dans le service de Gubler, ii l'hôpital Beaujon. Je ne pratiquai qu’une seule aspiration avec l’aiguille n° 2 et la malade guérit.
Depuis mes premières publications1, qui datent de 1870, le traitement des kystes du foie par aspiration a été fort employé, et bien que ce procédé ne réponde pas, il s’en faut, à tous les cas de kyste hydatique, l’expenence m’a prouvé que dans les kystes uniloculaires, non suppurés, la ponction aspiralvice constitue un traitement absolument inoffensif, et qui est souvent suivi de guérison. Voici comment je le mets en usage.
Manuel opératoire. — Le choix de 1 aspirateur est indifférent, pourvu toutefois qu’il fasse bien le vide; ce qui importe, c'est le choix de l'aiguille. Ici comme pour lathoracentèse, je me sers de l’aiguille n° 2, qui ne mesure qu’un millimètre et un tiers de diamètre, et je repousse le trocart, qui n’offre que des inconvénients et aucun avantage. L’aiguille n’ 2 étant stérilisée et toutes les précautions antiseptiques étant prises, le vide préalable est fait dans l’aspirateur, et le malade étant couché sur le dos, l'opérateur introduit l’aiguille d’un coup sec sur le point le plus saillant de la tumeur. On ouvre alors le robinet correspondant de l’aspirateur, le liquide du kyste jaillit dans l’appareil, et à mesure que le kyste se vide, on a soin de pousser l’aiguille un peu plus profondément, parce que le niveau du liquide s’abaisse dans la tumeur. Si, au cours de l’opération, l’écoulement de liquide s’arrête brusquement, si l’on suppose qu’une membrane d’hydatide oblitère l’aiguille, ce qui est rare, on retire l’aiguille, on la remplace par une autre et l’on pratique une nouvelle ponction. Mais il faut bien se garder de peser sur la tumeur ou de la malaxer sous prétexte de favoriser l’issue du liquide ; il faut se garder également de percuter la tumeur ou de faire asseoir le malade sous prétexte de constater la diminution ou la disparition du liquide ; toutes ces manœuvres sont mauvaises, elles peuvent favoriser l’issue de quelques gouttes de liquide et devenir la cause d'accidents. Ce sont là des détails, je
1. Diculafoy. Gaz. des hOp., 1870, el Trait de l'éaspiration, p. 51,
le veux bien, mais ils ont leur importance, et c’est souvent par des détails, en apparence insignifiants, qu’une opération réusssit ou ne réussit pas.
Quand le kyste est volumineux, faut-il le vider en une seule séance ou en plusieurs fois ? J'ai mis en pratique ces deux procédés, et ils m’onl également donné de bons résultats ; toutefois je pense qu’il vaut mieux tarir tout le liquide en une seule séance. La tumeur une fois vidée, on retire l’aiguille en ayant soin delà laisser, pendant ce mouvement de retrait, en communication avec l’aspirateur, et, grâce à ce moyen, l’aiguille ne peut laisser la moindre goutte de liquide sur le péritoine. Après l’opération, on applique un bandage de corps qu’on avait eu soin de placer à l’avance et qu’on serre modérément. Le malade doit rester couché sur le dos, sans bouger, pendant deux ou trois heures, et dans les cas favorables, qui sont du reste les plus fréquents, il peut se lever le lendemain de l’opération.
Ainsi pratiquée, et entourée des soins minutieux que je viens d’indiquer, l’opération du kyste du foie n’est plus qu’une simple piqûre d'aiguille dont l'innocuité est absolue. Elle n’exige ni habileté particulière ni, connaissances chirurgicales, elle est à la portée de tous, elle passe du domaine de la chirurgie dans celui de la médecine.
Dans un tiers des cas, pour ne pas dire plus, une seule aspiration obtient la guérison du kyste hydatique uniloculaire non suppuré. On se demande en pareil cas ce que devient la poche du kyste; il est probable qu’elle subit en partie la dégénérescence graisseuse, elle se réduit, et s’infiltre de sels calcaires, comme dans les cas de guérison spontanée. Cette heureuse terminaison est d’autant plus fréquente, qu’on attaque le kyste encore jeune, car plus tard, en vieillissant, la poche péri-kystique se vascularisé, s’épaissit, et les chances diminuent.
Suites de ropèration. — Urticaire. — Les suites de la ponction aspiratrice sont si bénignes que le malade n’é-
prouve ni fièvre ni douleur, il passe sans transition de la maladie à l’état de santé. Néanmoins, il peut se présenter certains symptômes, aux allures bruyantes, sur lesquels il est essentiel d’être édifié : on voit des malades qui quelques minutes ou quelques heures apres l’operation, éprouvent un grand malaise, sont pris de dyspnee, de nausées, parfois même de hoquet, de vomissement, de fièvre et l’on se demande avec anxiété si ces symptômes n’annoncent pas les débuts d’une péritonite aiguë; mais bientôt des démangeaisons surviennent en différents points du corps et une poussée d 'urticaire apparaît.
Quand je publiai mes premières observations sur la production de l’urticaire consécutive à la ponction des kystes du foie, le fait était passé inaperçu chez nous, mais les observations se multiplièrent bientôt1 2 ; j’en ai d’abord réuni une cinquantaine de cas, en quelques années, et aujourd’hui je ne les compte plus, tant est grande la fréquence de l’urticaire après la ponction des kystes hydatiques du foie. 11 est juste de dire qu’en Danemark ce fait n’était pas passé inaperçu, et Finsen, en rapportant plusieurs exemples d’urticaires consécutives à la rupture des hydatides dans le péritoine*, fait observer que la ponction du kyste peut conduire au même résultat.
Cette urticaire se montre dans des conditions un peu différentes : tantôt elle n’est accompagnée d’aucun autre symptôme, et le malade en est quitte pour quelques démangeaisons qui durent un jour ou deux ; tantôt 1 urticaire est précédée et accompagnée des symptômes généraux que je décrivais il y a un instant; dans quelques cas l’urticaire envahit les muqueuses, la bouche, le pharynx,
1. Dieulafoy. Gaz. des hôp., 1870; Traité de l'aspiration des liquides morbides, 1875. — Hayem et Ferrand. Soc. méd. des hûp., 1874.— Bussard. Gaz. des hûp . , 1875. — Feytaud. Th. de Paris, 1875. Raynaud, Verneuil.Legroux. Soc. anat., 1875. — Archambault. Union méd., 1876. — Lereboullet. Gaz. hebd., 1876. — Bradbury. British med. Journ., 1874.— Neisser. Die Echinococcenkrankheit., Berlin.