‹ Manuel de pathologie interne (volume 4)Chapitre 469 sur 492 · ICTÈRE. — JAUNISSE · texte numérisé non relu

ICTÈRE. — JAUNISSE

Description. — Dans quelques circonstances, dont nous étudierons plus loin les causes et le mécanisme, la matière colorante de la bile fabriquée par le foie est résorbée ; elle passe dans le sang, elle circule avec le plasma sanguin; aussi les organes, les tissus, les téguments, les tumeurs, sont-ils plus ou moins colorés par la bile.

L 'ictère ou jaunisse est la coloration jaune de la peau et des muqueuses par les pigments biliaires. L’ictère apparaît d’abord aux conjonctives, il se généralise ensuite à la face, à la muqueuse de la bouche, au tronc et aux membres. La peau de l’ictérique prend des colorations diverses, depuis le jaune le plus pâle (teinte subictérique ) jusqu’au jaune foncé qui est habituellement le signe de l’ictère par rétention. Le jaune d’or, le jaune safran appartiennent surtout aux ictères aigus; la teinte jaune verdâtre, olivâtre et presque noirâtre se voit principalement dans les ictères chroniques. L’ictère est toujours généralisé, il n’y a pas d’ictère partiel; mais il est plus ou moins accusé suivant les régions. La matière colorante de la bile se dépose dans les couches profondes du réseau de Malpighi, et la jaunisse ne disparaît complètement qu’après la desquamation des cellules colorées.

Le pigment biliaire s’élimine principalement par les reins, d’où la teinte caractéristique des urines; mais il s’élimine aussi par les glandes sudoripares et sébacées, ce qui explique la teinte jaune que prend le linge en contact avec les sueurs. Le lait peut contenir des pigments biliaires ; d’où le précepte de ne pas laisser à un enfant une nourrice atteinte d’ictère. Chez une femme grosse,

DIEOLAFOY, PATHOL. T. II.

atteinte d’ictère chronique, la coloration jaune peut se communiquer au fœtus.

Etudions les urines ictériques. Il n’y a pas d’ictère cutané sans urines ictériques. L’ictère des urines précède même de quelques heures, d’une journée, la coloration des muqueuses et de la peau. C’est par l’épithélium des tubuli que s’élimine le pigment biliaire; les reins des ictériques sont verdâtres, surtout à la région corticale, et l’on découvre au microscope l’imprégnation biliaire de l’épithélium des tubuli. Les urines ictériques ont une densité élevée; elles sont habituellement moins abondantes qu’à l’état normal, leur coloration varie suivant la quantité du pigment biliaire; elles ont une teinte jaune orangé, verdâtre, brunâtre, presque noirâtre; la teinte verte est due à la transformation, par oxydation, de la bilirubine en biliverdine. Les urines tachent fortement le linge, elles sont d’autant plus verdâtres qu’elles sont plus acides.

Voici comment on procède à l’analyse des urines ictériques : on verse de l’acide nitrique légèrement nitreux dans un verre à pied (réactif de Gmelin); puis on fait arriver lentement, au moyen d’un tube effilé, l’urine préalablement filtrée. On observe alors à la réunion de l’acide et de l’urine une zone verdâtre, et au-dessus de cette zone verte, apparaissent de bas en haut, et superposés, des anneaux de coloration bleue, violette, rouge, jaune. La teinte verte est dominante, mais au bout de quelque temps toutes ces nuances se confondent en une teinte orangée.

Effets de l’ictère. — Je n’ai à m’occuper ici que des symptômes qui appartiennent en propre à l’imprégnation de l’économie parla bile.

a. TroubUs gastro-intestinaux. — Les matières fécales sont souvent décolorées dans l'ictère par rétention (obstruction du canal cholédoque) ; elles prennent la teinte du mastic, de l’argile, elles sont fétides, et leur richesse en matières grasses (sléarrhée) prouve le rôle que joue la

bile à l’état normal dans l’absorption de ces matières. La coloration argileuse des fèces tient autant à l’excès des matières grasses qu’à l’absence de la bile. Dans l’ictère par rétention, il faut guetter avec soin le moment où les matières commencent à se colorer de nouveau, car c’est un indice que l’obstacle au cours de la bile tend à disparaître. Habituellement, l’ictérique a le dégoût des aliments, ses digestions se font mal, il a la langue pâteuse et la bouche amère; cette amertume viendrait, d’après Murchison, du passage du laurocholate de soude dans le sang.

Chez d’autres ictériques, les matières fécales ne sont pas décolorées, il y a même un excès de bile, les fèces sont verdâtres, liquides, on dit qu’il y a polycholie ou pleiochromie, le foie fabrique de la bile en excès, une partie de cette bile est évacuée, l’autre est résorbée.

b. Troubles cl’ intoxication. — Quand la digestion intestinale est privée de bile, les matières grasses sont moins bien absorbées, l’ictérique en subit le contrecoup, dans quelques circonstances il maigrit; il peut s’intoxiquer par les produits de fermentation résorbés dans l’intestin et par les sels biliaires résorbés dans le foie 1 . Cette double cause d’auto-intoxication est peu appréciable dans la grande majorité des cas, grâce à l’intégrité des cellules du foie qui détruisent une partie du poison et grâce à l’intégrité des épithéliums du rein qui l’éliminent. Mais que ces deux facteurs viennent à faiblir, que la cellule du foie et que l’épithélium du rein soient compromis, il en peut résulter des symptômes d’intoxication. Sous l’influence de l’ictère chronique, les reins prennent une coloration verdâtre, l’épithélium des canalicules se pigmente, parfois même il subit la dégénérescence graisseuse.

c. Troubles de circulation. — Le pouls est habituelle^ ment ralenti chez les ictériques (Bouillaud); il peut tom-

1. Bouchard. Auto- intoxications dans les maladies, 1887, p. 239.

ber a 40 à 50 pulsations par minute et même au-dessous; on constate en même temps un abaissement de la tension artérielle. Ce ralentissement des contractions cardiaques et du pouls est dû à l’action des sels biliaires passés dans le sang. Les sels biliaires et surtout la substance colorante de la bile sont des poisons du cœur. J’ai étudié ailleurs les souffles de l’orifice mitral (Gangolphe) et de l’orifice tricuspide (Potain) qui accompagnent parfois l’ictère aigu et l’ictère chronique, je n’y reviens pas. L’ictère engendre souvent l’épistaxis; l’hémorrhagie se fait surtout par la narine droite (Galien).

d. Altérations du sang'. — Après des expériences nombreuses et des résultats contradictoires, on est arrivé aux conclusions suivantes : l’ictère aigu, je ne parle pas de l’ictère grave, ne détermine aucune modification du sang, si ce n’est que le sérum est teinté par la matière colorante de la bile; l’ictère chronique provoque une diminution des globules rouges et une augmentation des matières grasses et de la cholestérine.

e. Troubles cutanés. — L’ictère est souvent accompagné de prurit, mais le prurigo est exceptionnel (Hardy). Les démangeaisons sont surtout vives aux pieds et aux mains, elles sont parfois insupportables et privent le malade de sommeil. L’urticaire, le lichen peuvent également se développer sous l’influence de l’ictère.

Dans le courant d’un ictère chronique, on voit quelquefois survenir une éruption qu’on a nommée xanthélasma (de iiavOoç jaune, et peXatriia, tache noire), désignation qui est préférable à celle de plaques jaunes des paupières, parce que l’éruption dans bon nombre de cas se généralise et ne reste pas cantonnée aux paupières. Le xanthélasma limité aux paupières existe souvent en dehors de toute trace d’ictère, mais le xanthélasma généralisé, celui dont je vais m’occuper, est presque toujours associe à un ictère chronique*. L’éruption du xanthélasma se

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