Kelsch. Rev. de méd., août
le même cas, car elle met le foie en imminence morbide par la stéatose de la cellule hépatique. Toutes les maladies du foie peuvent à un moment donné se compliquer des accidents hémorrhagiques et nerveux de l’ictere grave; je citerai : les cirrhoses alcoolique, biliaiie, caidiaque, tuberculeuse; la lithiase biliaire, le cancer, 1 obstruction permanente des canaux biliaires, les kystes bydatiques, la syphilis hépatique. Dans ces différentes lésions, la porte est ouverte aux iniections secondaiies et aux toxines, la cellule hépatique altérée n est plus en état de défense. La plupart de ces cas concernent des malades étant déjà atteints d’ictère, aussi 1 ictère grave secondaire prend chez eux la dénomination d ictère aggravé, qui n’est souvent « que le dernier acte de 1 évolution morbide ».
Le tableau symptomatique des ictères graves secondaires est à peu près celui de l’ictère grave primitif; toutefois il est moins accentué, moins complet, l’évolution en est moins rapide, parce que la destruction des cellules hépatiques est d’emblée moins généralisée que dans l’ictère grave essentiel.
La marche et la gravité des accidents dépendent beaucoup de l’état où se trouvait préalablement le malade : tantôt les accidents d’ictère aggravé précipitent assez rapidement le dénouement, tantôt ils se succèdent lentement, ils forment un état subaigu, ils peuvent guérir.
Traitement. — Les purgatifs salins, les diurétiques légers doivent être administrés au début de l’ictère grave. La diète lactée est absolument indiquée. L’antisepsie intestinale a été conseillée. Les hémorrhagies, les vomissements, les troubles nerveux seront combattus par le traitement du symptôme. Malheureusement la plupart de ces accidents résistent trop souvent au traitement le mieux dirigé.
§ 20 ICTÈRES BÉNINS SIMPLES ET INFECTIEUX. ICTÈRE CATARRHAL. — ICTÈRE CATARRHAL PROLONGÉ.
Pathogénie. — En étudiant les ictères graves, nous avons vu qu’il y a pour leurs différents cas une échelle de gravité, eh bien, il y a également pour les ictères bénins une échelle de bénignité. Les uns sont infectieux, les autres ne le sont pas, et ceux qui sont infectieux ne le sont pas au même même titre.
L’ictère émotif, par exemple, n’est pas d’origine infectieuse, cet ictère existe réellement, témoin le cas cité par Potain concernant un homme qu’on allait fusiller, le cas de Rendu qui a trait à une jeune fille émue par un cathétérisme, le cas de Chauffard qui concerne un homme pris d’une violente colère. Cet ictère émotif qui peut apparaître en moins d’une heure est probablement dû à un excès de sécrétion biliaire et à sa résorption.
En étudiant l’ angiocholite , j’ai cité plusieurs variétés d’ictère bénin, tels sont : l’ictère syphilitique de la période secondaire, l’ictère des nouveau-nés par hypercholie pigmentaire, l’ictère lié à l’angiocholite d’origine biliaire. Ces différents ictères, habituellement bénins, ont été décrits ailleurs, je n’y reviens pas. J’ai surtout à m’occuper actuellement de cette classe d’ictères qu’on peut ranger dans la classe des ictères infectieux bénins et qui sont encore décrits sous la rubrique d’ictère catarrhal.
Le catarrhe primitif des voies biliaires, qu’on appelle encore ictère simple, ictère catarrhal, parce que l'ictère en est le symptôme le plus apparent et habituellement anodin, peut envahir les canaux biliaires intra-hépatiques et extra-hépatiques. Si le catarrhe n’atteint que des petits canaux intra-hépatiques, si les gros canaux exlra-hépa-
tiques sont respectés, l’ictère apparaît, parce que la bile est résorbée sur place au niveau des canaux intra-hépatiques oblitérés, mais cet ictère n'est pas accompagné de décoloration des matières fécales, parce que la bile continue à s'écouler en assez grande quantité dans l’intestin. Au contraire, si le catarrhe atteint le canal cholédoque, si ce canal est obstrué par les produits de sa propre inflammation ou par les produits de l’inflammation des autres canaux biliaires, l’obstruction du canal cholédoque provoque l’ictère par rétention, et cet ictère est associé à la décoloration plus ou moins complète des matières fécales. Cette dernière forme réalise le type le plus habituel de l’ictère dit catarrhal.
Dans les cas fort rares où le malade atteint d’ictère catarrhal a succombé à une maladie intercurrente, on a constaté à l’autopsie l’inflammation du canal cholédoque, et encore même l’inflammation peut-elle se limiter à la partie intestinale et à l’ orifice duodènal de ce conduit (Virchow). Les parois de cette partie du canal cholédoque, le tissu conjonctif qui l’entoure, et l’ampoule de Vater, sont le siège d’un gonflement œdémateux qui rétrécit ou obture l’orifice : « On comprend facilement que ce gonflement œdémateux puisse être un obstacle au cours de la bile et capable de produire un ictère, lorsqu’on voit le coryza empêcher la respiration parles fosses nasales par suite du gonflement de la muqueuse1 ». De plus, le canal cholédoque à ce niveau est encombré par des amas de cellules épithéliales; il en résulte une sorte de bouchon, non coloré par la bile, qui complète l’obstruction du canal cholédoque et qui s’oppose au passage de la bile dans l’intestin (Vulpian)*.
Dans une autopsie pratiquée par Muller, le cholédoque était obstrué, sa muqueuse était boursouflée, couverte de pétéchies, et on constatait également l’obstruction catarrhale du canal de Wirsung.