Société de biologie, 5 février
C. Les altérations de la moelle épinière sont les unes inconstantes, les autres constantes; les altérations inconstantes siègent sur les cornes anterieures et sur les cordons latéraux; nous y reviendrons plus loin.
Les altérations constantes et caractéristiques du tabes dorsalis envahissent le système spinal postérieur1, c’està-dire les cordons blancs postérieurs, la partie la plus reculée de la substance grise, les racines postérieures des nerfs et les méninges voisines de la lésion médullaire. La sclérose des cordons postérieurs débute par la région lombaire, où elle est en général plus accusée qu’ailleurs; de là elle remonte en décroissant jusqu’aux régions cervicale et bulbaire et peut même atteindre le plancher du quatrième ventricule. Les cordons postérieurs, quand la sclérose est ancienne, sont indurés, grisâtres et atrophiés; ils sont soudés entre eux « par la formation de tissu conjonctif nouveau, aux dépens de la pie-mère, qui s’enfonce dans le sillon qui les sépare à l’état sain ». (Cornil etRanvier)2. Cette méningite chronique postérieure est constante, d après Vulpian, qui se demande même si elle ne joue pas un rôle « de cause productrice dans la pathogénie du tabes dorsalis 5 ». C’est encore la méningite et la méningo-myélite corticale qui expliqueraient, d’après M. Déjerine4, la propagation de la lésion aux cordons latéraux, dans les cas où la sclérose latérale complique la sclérose postérieure.
La substance grise des cornes postérieures est-elle intéressée? H semblerait au premier abord qu’elle doive etre lesée à cause de ses relations intimes avec les cordons postérieurs; cependant les cellules propres delà corne postérieure sont à peu près respectées, mais les fibres rayonnantes provenant du cordon postérieur sont
onînrnnTf e&nîe déno.mirnation «Pposée au système spinal antérieur et empruntée à Jaccoud. Les paraplégies de V ataxie. Paris, 18Gi 2. Manuel d'histologie , p. 679.
S. Maladies du système nerveux. Paris, 1872 d 12S i. Arch. de physiol., nov. 1881.
intéressées (Lissauer). Dans les colonnes de Clarke, le tabes atteint uniquement le réticulum et respecte les cellules.
Les racines postérieures des nerfs spinaux sont amoindries; au lieu d’avoir un volume double des racines antérieures, comme à l’état normal, elles sont deux et trois fois plus petites. 11 résulte des intéressantes recherches de Vulpian que ces racines postérieures, qu'on retrouve très altérées entre la moelle et le ganglion qui leur est annexé, sont parfaitement saines au delà du ganglion1, ce qui prouve (Vulpian) que la lésion ne débute pas par la périphérie des nerfs pour remonter vers la moelle, pas plus du reste qu’elle ne commence par les racines, car il arrive de trouver ces racines postérieures presque saines avec des cordons postérieurs très malades. Le tabes dorsalis débute donc par les cordons postérieurs pour s’étendre de là aux parties voisines, et celte sclérose, qui est systématique (Vulpian), c’est-à-dire qui intéresse un même système de fibres et qui y reste longtemps confinée, fait supposer que la myélite est d’abord parenchymateuse (Hallopeau) avant de devenir interstitielle, l'irritation initiale s’emparant du tube nerveux avant d’attaquer le tissu conjonctif.
La lésion primordiale et constante, avons-nous dit, est la sclérose systématique des cordons postérieurs de la moelle; c’est vrai, mais cela ne suffit pas et demande explication. 11 faut savoir (Pierret)2 que le cordon postérieur de la moelle est lui-même divisé en plusieurs territoires indépendants, dont les lésions distinctes provoquent des symptômes différents. Les notions tirées de l’embryologie, de l’anatomie et de la pathologie nous montrent que chaque cordon postérieur de la moelle se