‹ Manuel de pathologie interne (volume 5)Chapitre 147 sur 293 · Jansclrae, Revue de médecine, juillet · texte numérisé non relu

Jansclrae, Revue de médecine, juillet

MALADIES DE LA PLÈVRE

de ces méfaits, accusation à laquelle, du reste, n’avait pas échappé le trocart de lteybard. Je m’empresse de dire que ces accusations n’ont rien de fondé. L’abus de la thoracentèse est né de l’aspiration, je le reconnais et je le regrette ; mais, à côté de cette question d’abus, peut-être y a-t-il parfois une question, sinon d’inexpérience, du moins de connaissance imparfaite de manuel opératoire ; car il ne suffit pas d'avoir en main une aiguille et un aspirateur, il faut encore savoir manier le vide. J’analyserai donc les accidents imputés à l’aspiration, j’en rechercherai la cause et j’en discuterai la valeur, espérant prouver qu’avec des indications précises et un manuel opératoire bien conduit, la thoracentèse par aspiration est la plus innocente de toutes les opérations.

a. Expectoration albumineuse. — Asphyxie. — Voici comment se présentent les accidents dyspnéiques et asphyxiques que je réunis dans un premier groupe. Aussitôt, ou peu après la thoracentèse, le malade est pris de toux et d’oppression, d’expectoration spumeuse, sanguinolente albumineuse, et l’on entend à l’auscultation des râles fins d’œdème pulmonaire. Dans les cas bénins, ces symptômes s’amendent rapidement., et l’accident est terminé. Mais, dans d’autres cas, la complication est plus redoutable; la toux est quinteuse, l’anxiété et l’oppression sont croissantes et le malade rend 30 grammes ( Woillez) * , 250 grammes (Vulpian), 1 litre (Desnos), et jusqu’à 2 litres (Moutard-Martin) d’une expectoration qui, dans le vase où elle est rejetée, se divise en plusieurs couches, la supérieure mousseuse et jaunâtre, l’inférieure plus dense et albumineuse. L’intensité de la dyspnée, la durée et la quantité de l’expectoration sont variables, et ce n’est qu’après une demi-journée ou une journée que le malade revient à son état normal. Enfin, dans quelques circonstances heureusement exceptionnelles (je n’en connais

1. Woillez. Trait£ des malad. aig. des voies resp., p. .168. — Vulpian. Thèse de Terrillon, p. 76. — Desnos, ld., obs. XIV. — Moutardllartin. ld., obs. IX.

MALADIES DE L'APPAREIL RESPIRATOIRE

que six observai ions), les accidents ont été rnorlels, et l’asphyxie s’est déclarée si rapidement après la thoracentèse, que les malades ont été emportés en dix minutes (Girard1), en un quart d’heure (Gombault), en quelques minutes (Legendre), très rapidement (Durnontpallier), en quatre heures (Béhier et Liouville), en deux heures (Bouveret).

Dès 1853, ces accidents dyspnéiques avaient été étudiés (PinaulL-, d’Espiue3, AVoille/,4, Marotte5), et différemment interprétés (Terrillon, Foucart6, Mercier7, Lereboullet8). A quoi donc les attribuer, comment expliquer l’expectoration albumineuse et l’asphyxie? On n’a pas trouvé de blessure du poumon dans les autopsies, et en supposant qu’une piqûre de cet organe ait permis au liquide pleural de passer dans les bronches, elle eût permis, réciproquement, à l’air des bronches de passer dans la plèvre : or, on eût constaté les symptômes d’un hydropneumothorax. Il ne faut donc pas accuser la blessure ou la perforation spontanée du poumon : ce qu'il faut accuser, c’est l'œdème aigu du poumon, c’est la congeslion pulmonaire rapide, qui déterminent l'expectoration albumineuse, la dyspnée et l’asphyxie (llérard)9.

Reste à expliquer la cause de la congestion et de l'œdème aigu des poumons.

On a accusé la méthode aspiratrice; on a prétendu que l'aspiration abaissait la tension pleurale et précipitait trop rapidement le liquide pleural au dehors. Pour dé-

1. Girard. Gaz. des hôpit., iStii, n* 55. — Gombault. Thèse de Terrillon. Expector. album., Paris, 1875, p. 52. — Legendre. Gaz. des liôpit., 30 janvier 1875. — Durnontpallier. Soc.de biol.. 1875. — Héhier «t Liouville. Soc. de biol., 1883. — Bouveret, France mcdic., 1878. n* 4.

2 Considérât, clin, sur la thoracentise. Thèse de Taris, 1855.

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