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Cornil et Ranvier. J ton. d'histol., p

MALADIES DE L’AI’PAREIL CIRCULATOIRE

seul tissu, celui de la tunique interne modifiée par Tin tlammation : « Le tissu de nouvelle formation qui constitue en partie ou en totalité la poche des anévrysmes est composé de lits de cellules plates séparées par une substance vaguement fibrillaire; il subit la transformation graisseuse, l’alhérome, la pétrification; on peut même observer des poches anciennes formées par une carapace calcaire inextensible. » (Cornil et Ranvier.)

De telles lésions expliquent bien la formation et le développement de l’anévrysme; la tunique moyenne disparait sous l’influence de l’endartérite et de la périartérite : dès lors la résistance du vaisseau devient insuffisante, l’artère cède à la pression sanguine et des points vulnérables se laissent distendre. La distension du vaisseau n’entraine pas forcément l'amincissement de ses parois, car l’évolution du tissu morbide se continue; néanmoins il peut se produire en certains points un amincissement qui favorise la rupture de la poche.

Quand on ouvre une poche anévrysmale, on y trouve des caillots cruoriques et des lames fibrineuses stratifiées. Les caillots sont mous et de formation récente, les lames fibrineuses sont élastiques et grisâtres; les plus externes, celles qui avoisinent les parois de la poche, sont les plus anciennes, elles sont résistantes, mais sans aucune trace d’organisation.

Je fais une mention spéciale des anévrysmes syphilitiques; on a dit avec raison que la syphilis tend à développer à l’aorte des anévrysmes multiples1. Je viens de vérifier ce fait. J’ai eu l’occasion de faire l'autopsie de deux malades manifestement syphilitiques, qui ont succombé l’un et l’autre à des accidents d’angine de poitrine d’origine aortique. Chez ces deux malades il existait de l’aortite chronique syphilitique, de plus la crosse do l'aorte était le siège d’une véritable éruption de petits anévrysmes; il yen avait quatre chez le premier malade

\ Jaccoud. Clin, méd., 1887, p. 528.

MALADIES DES VAISSEAUX

et cinq chez le second. Ces petits anévrysmes, dont la dimension ne dépassait pas le volume d’un pois ou d’une petite noisette, étaient presque tous cupuliformes. Chez deux d’entre eux les parois de la poche étaient tellement amincies qu’elles paraissaient prêtes à se rompre.

L’anévrysme aortique n’est pas toujours, il s’en faut, associé à une atliéromasie étendue ou à de l’artériosclérose; la lésion vasculaire, l’alhérome, peut ne siéger que sur l’aorte et nulle part ailleurs. C’est dire que l'aorte peut être malade pour son propre compte, indépendamment de toute autre lésion artérielle.

Le cœur que certains auteurs regardaient comme devant être toujours hypertrophié, au cas d’anévrysme aortique, le cœur conserve souvent sa texture normale et son volume normal, c’est encore un fait que j’ai plusieurs fois vérifié.

Au contact de l’anévrysme, les tissus et les organes voisins éprouvent des modifications importantes; les os (sternum, côtes, vertèbres, clavicule) présentent des excavations, des pertes de substance : il ne s'agit pas lü d'usure mécanique due, comme on l’avait supposé d’abord, aux mouvements de l’anévrysme, mais bien d’un travail irritatif, d’une ostéite, qui amène la résorption du tissu osseux. D'autres fois la poche de l'anévrysme se soude aux organes voisins, elle y propage le travail inflammatoire, et il en résulte un ramollissement, une ulcération, une perforation du tissu ou de l’organe envahi. Ainsi s’explique Youverture de l'anévrysme dans la plèvre, le péricarde, l’œsophage, la trachée, l'artère pulmonaire1, la veine cave supérieure *, l’oreillette droite3.

La communication de l’anévrysme aortique avec les vaisseaux à sang noir donne naissance à Y anévrysme arlérioso-veineux.

1. Laverai). Anévr. de l'aort. ouv. dans l’art, pulm. ( Union méd., décembre 1877).

2. Goupil. Anévr. artér. vein. de l'aorte et de la veine c. sup. Th. de Paris, 1855.

3. Plaisant. Anévr. artér. vein. de l'aorte cl de l'oreillette dr. Th. de Strasbourg, 18G8.

MALADIES DE L'APPAREIL CIRCULATOIRE

GM

Les malades atteints d’anévrysme de l'aorte sont fréquemment tuberculeux, le fait a été noté dix-huit fois sur quarante-six cas1. Cette phthisie secondaire a été diversement interprétée; on suppose qu’elle est préparée par la compression de l’artère pulmonaire et on la compare à la tuberculose qui accompagne le rétrécissement de ce vaisseau.

Symptômes. — L’anévrysme de l’aorte thoracique évolue quelquefois:) l’état latent, sans provoquer de troubles notables, et le sujet qui en est atteint peut être enlevé subitement presque sans avertissement antérieur. Je ne connais, sous ce rapport, aucune observation plus concluante que celle qui a été publiée par M. Roux2 et qui concerne un jeune soldat de vingt-deux ans enlevé subitement par un anévrysme ouvert dans le péricarde. Mais habituellement les choses ne se passent pas ainsi, et l’anévrysme se révèle par des symptômes et par des signes dont je vais étudier la fréquence et la valeur.

a. Douleur. Les phénomènes douloureux peuvent annoncer l’anévrysme avant tout autre symptôme. Le siège et la nature de la douleur dépendent du rameau nerveux atteint par la tumeur : telles sont les douleurs rachidiennes et les névralgies intercostales (lésion des nerfs spinaux à leur issue du trou vertébral), les douleurs du bras, de la main, et la névralgie cubitale (lésion des nerfs du plexus brachial), les douleurs angoissantes de l’angine de poitrine (lésion du plexus cardiaque), les douleurs diaphragmatiques et la névralgie phrénique (lésion du nerf phrénique). Ces douleurs affectent tous les types, elles sont continues, intermittentes, paroxystiques, et bien des gens se croient atteints d’une simple névralgie, d’une névralgie intercostale, d'une angine de poitrine, qui oui en réalité un anévrysme de l’aorte*.

1. Hanoi. Tuberc. et anivr. de l'aorte (Arch. de méd., 1877). Korli. Th. de Paris, 1892.

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