‹ Manuel de pathologie interneChapitre 102 sur 404 · Fernet et Papillon, Revue des Sciences médicales · texte numérisé non relu

Fernet et Papillon, Revue des Sciences médicales

seau. En voici un cas que je trouve dans le bel ouvrage de Rayer1 : Une femme de soixante-cinq ans entre dans son service le 11 août 1836. Cette femme, autrefois sujette à des coliques néphrétiques, éprouve depuis quelques mois des douleurs au rein droit, avec fièvre et grand malaise. La région lombaire droite est extrêmement douloureuse à la pression; le flanc du côté droit est élargi, et la palpation y circonscrit une tumeur lombo-iliaque. Un nouvel examen fait constater une saillie plus manifeste à la région lombaire. On porte le diagnostic d'abcès extra-rénal et on pratique une incision qui donne issue à une pinte de pus d'odeur nauséabonde. Le doigt introduit dans l'incision constate l'étendue du foyer et circonscrit la face postérieure du rein; il s'agissait donc bien d'un phlegmon périnéphrétique. L'opération est suivie d'un soulagement considérable, tout annonce la guérison. Soudain, le treizième jour après l'opération, la malade est prise d'un frisson, de fièvre violente et de pneumonie droite. La pneumonie céda en quelques jours, la plaie lombaire donna encore issue à une petite quantité de pus ; finalement, la malade quitta l'hôpital complètement guérie.

Mon maître Trousseau, dans sa leçon sur les abcès périnéphrétiques2 qui est un pur chef-d'œuvre d'étude médicochirurgicale, insiste à plusieurs reprises sur les relations réciproques des suppurations périrénales et de la pleuropneumonie. « Les abcès périnéphrétiques, dit-il, peuvent devenir l'occasion d'une pleurésie et d'une pneumonie. » Et ailleurs : « Je dois vous faire remarquer que, dans le cas où les abcès périnéphrétiques sont compliqués de pleuropneumonie, c'est toujours du côté correspondant à l'abcès périnéphrétique, comme dans les observations de Desruelles, Cazalis, Demarquay, et Bernutz ». Encore ailleurs. « Desruelles a constaté avec Destouches l'existence d'un abcès périnéphrétique chez une femme âgée de soixante

t. Rayer. Maladies des reins, t. III, p. 264.

2. Trousseau. Des abcès périnéphrétiques. Clin. méd. de VHôtel-Diêu t. III, p. 6%.

ans et convalescente d'une pneumonie gangreneuse ». Des recherches récentes ont expliqué la pathogénie de ces infections réciproques signalées par les grands maîtres de la clinique française. Tuffier et Lejars ont décrit un hiatus costo-lombaire, à travers lequel la graisse sous-pleurale communique avec le tissu adipeux périrénal.

Hiatus costo-lombaire. Orifice à travers lequel la graisse sous-pteurale communique avec le tissu adipeux périrénal (Tuffier et Lejars).

C, 12e côte. — P, psoas. — MM, faisceaux du diaphragme qui s'attachent à l'interne à l'arcade du psoas, l'externe à la 12* côte. — L, toile fibreuse d'enveloppe qui s'étend de la face concave du diaphragme sur le carré lombaire.

L'hiatus est traversé par des veines et par des lymphatiques, voies de communication entre la zone cellulo-adipeuse périrénale et la cavité thoracique; aussi, les infections pleuro-pulmonaires peuvent-elles devenir périrénales et réciproquement. Tuffier a publié un cas concernant un phlegmon périnéphrétique à pneumocoques consécutif à une pneumonie1. Nous sommes donc actuellement édifiés sur la pathogénie des infections réciproques de l'enveloppe cellulo-graisseuse périrénale et des organes susdiaphragmatiques, plèvre et poumon.

D'une façon générale, le traumatisme joue un rôle important dans la genèse des maladies. L'éclosion de la pneumonie et

t. Tuffier. Soc. de biologie, avril 1892.

maladies des reins. 231

l'apparition de la tuberculose suite de traumatisme sont des faits bien connus, sans qu'il soit toujours aisé d'en expliquer la pathogénie. Pareille étiologie se retrouve dans l'histoire du phlegmon périnéphrétique; en voici un exemple que j'emprunte aux leçons de Guéneau de Mussy * : Une femme d'une quarantaine d'années, qui avait reçu un coup de pied de cheval à la région lombaire droite, éprouva après six mois de souffrances des douleurs beaucoup plus vives, avec fièvre et frisson. La douleur lombaire se propageait jusqu'à la région iliaque correspondante. Ces symptômes s'amendèrent sous l'influence d'un traitement antiphlogistique et émollient, puis ils reprirent huit jours plus tard avec violence. A ce moment, on pouvait constater dans l'espace qui sépare la crête iliaque de la dernière côte, une tuméfaction avec empâtement et œdème du tissu cellulaire. La pression sur la région lombaire droite provoquait des douleurs intolérables, la fièvre était continue avec frissons et exaspération vespérale. On porta le diagnostic de phlegmon périnéphrétique; Nélaton, appelé près de la malade, confirma ce diagnostic et pratiqua une ponction qui donna issue à une quantité de pus. Après amélioration momentanée, le pus ne trouvant pas un écoulement facile au dehors, les frissons et la fièvre reparurent. De nouvelles ponctions suivies d'injections iodées n'eurent pas raison des accidents, et quand on se décida à pratiquer une large incision, il était trop tard, la malade ne tarda pas à succomber.

Bergounhioux raconte qu'un paysan, en tombant d'un arbre, se fit une violente contusion dans la région lombaire droite. Vastes ecchymoses de la région et pissement de sang pendant quelques jours. Bientôt le malade éprouve des douleurs profondes, la fièvre s'allume; le pissement de sang cesse, mais la région contusionnée se tuméfie, et la fluctuation devient manifeste. Une incision en dehors de la masse sacro-lombaire donne issue à une quantité assez considérable de pus phlegmoneux. Au bout de quelques se-

Page 1